Sur la fortune de la laine et le savoir de l'université, l'Est de l'Angleterre voit s'élever une chapelle de dentelle et débattre la Réforme.
Avant les Tudors, l'Est-Anglie est l'une des régions les plus riches d'Angleterre, engraissée par le commerce de la laine et du drap : les « villes de la laine » du Suffolk — Lavenham, Long Melford — couvrent leurs marais de vastes églises à la charpente d'ange, tandis que Cambridge, au bord de ses fens, abrite depuis le Moyen Âge l'une des deux universités du royaume. C'est un pays plat, prospère et pieux, tourné vers la mer du Nord et les Flandres.
La Renaissance y arrive par le livre et par la pierre. À Cambridge s'achève, sous Henri VII puis Henri VIII, la chapelle du King's College : sa voûte en éventail, la plus vaste du monde, est un chant d'adieu du gothique, mais son jubé de bois porte déjà l'ornement Renaissance et les initiales entrelacées d'Henri et d'Anne Boleyn. Dans les tavernes de la ville, une génération d'humanistes — Érasme y enseigna le grec — discute les idées nouvelles ; c'est de Cambridge que sortiront les grands réformateurs anglais, Cranmer, Latimer et Ridley. Après la dissolution des monastères, les serviteurs de la Couronne bâtissent d'immenses « prodigy houses » : William Cecil élève Burghley House, son fils Robert dresse Hatfield.
Ainsi, entre les clochers des églises de la laine et les collèges de Cambridge, l'Est de l'Angleterre marie l'argent des marchands, le savoir des lettrés et l'ambition des ministres. C'est une Renaissance de l'esprit autant que de la pierre : celle qui donna au royaume sa langue savante, sa Bible et ses hommes d'État.
Pouvoirs et conflits
Cambridge fut le laboratoire de la Réforme anglaise : c'est là que se formèrent Cranmer, Latimer et Ridley, futurs martyrs ou artisans de l'Église nouvelle. Après la dissolution des monastères, les grands ministres des Tudors — les Cecil au premier rang — bâtirent leur puissance dans la région.
Arts, architecture et savoirs
La chapelle du King's College couronne le gothique perpendiculaire tout en accueillant l'ornement Renaissance. Érasme enseigne à Cambridge ; l'humanisme et l'imprimerie y prennent racine. Les prodigy houses de Burghley et de Hatfield déploient la nouvelle architecture des courtisans.
Vivre à la Renaissance
La laine et le drap ont fait la fortune du Suffolk : les villes de Lavenham et de Long Melford couvrent leurs marais d'églises de la laine. Étudiants, marchands, drapiers et fermiers des fens peuplent un pays plat, prospère et tourné vers les Flandres.
Figures
- William Cecil, Lord Burghley
- Érasme
- Thomas Cranmer
- Robert Cecil
- Matthew Parker
Repères
- 1515 — achèvement de la chapelle du King's College
- vers 1511 — Érasme enseigne le grec à Cambridge
- 1555 — début de Burghley House
- 1555 — martyre de Latimer et Ridley (Oxford), formés à Cambridge
À voir
- Chapelle du King's College (Cambridge)
- Trinity College (Cambridge)
- Burghley House (près de Stamford)
- Hatfield House (Hertfordshire)
- Lavenham (Suffolk)
- Long Melford (Suffolk)
- Layer Marney Tower (Essex)
- Oxburgh Hall (Norfolk)
De la voûte du King's College aux tours de Burghley, l'Est-Anglie unit l'or de la laine et le savoir de l'université — la Renaissance y fut d'abord une affaire d'esprit.


