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La Renaissance en Royaume-Uni

La Renaissance britannique

Le grand récit de la Renaissance en Royaume-Uni — ses foyers, ses figures et ses œuvres. Puis explorez-la région par région.

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La Renaissance dans les îles Britanniques se développe principalement entre la fin du XVe siècle et le début du XVIIe siècle. Mais elle ne ressemble ni à Florence, ni à Fontainebleau, ni à Nuremberg. L'Angleterre du début de la Renaissance sort d'une longue période de conflits dynastiques. La guerre des Deux-Roses a opposé les maisons de Lancastre et d'York. En 1485, la bataille de Bosworth change la situation. Richard III est tué. Henri Tudor devient roi sous le nom d’Henri VII. Une nouvelle dynastie commence : les Tudor. Et c'est pratiquement avec elle que s'ouvre la grande séquence Renaissance anglaise.

Mais pour HitsMap, il faut immédiatement élargir le regard. Le Royaume-Uni actuel n'existe évidemment pas encore. L'Angleterre et le pays de Galles sont progressivement réunis juridiquement sous les Tudor. L'Écosse demeure un royaume indépendant. L'Irlande possède sa propre histoire politique complexe, avec une autorité anglaise très inégale. L'histoire Renaissance des îles Britanniques est donc celle de plusieurs territoires qui reçoivent et transforment différemment les influences européennes.

Une Renaissance qui arrive par les hommes et les objets

Contrairement à l'Italie, l'Angleterre n'est pas le foyer initial de la Renaissance artistique. Les influences arrivent progressivement. Par les livres. Par les ambassades. Par les marchands. Par les mariages. Par les artistes étrangers. Par les diplomates. Par les étudiants. Par les objets. Et par les cours européennes. Les élites anglaises regardent vers : l'Italie, la France, les Pays-Bas, les territoires germaniques. Mais elles ne copient pas simplement leurs modèles. Elles les adaptent à une culture locale encore profondément marquée par la tradition gothique. Comme en France et en Allemagne, l'une des clés est donc :

IMPORTER → ADAPTER → TRANSFORMER.

Henri VII : reconstruire après la guerre

Henri VII ne correspond pas à l'image flamboyante que nous associons généralement à la Renaissance. Mais son rôle est fondamental. Après plusieurs décennies de conflits dynastiques, il cherche à stabiliser le royaume et à renforcer la monarchie. Son mariage avec Élisabeth d'York réunit symboliquement les maisons rivales de Lancastre et d'York. La célèbre rose Tudor matérialise cette réconciliation dynastique. Architecture, emblèmes, généalogie et cérémonial deviennent déjà des instruments politiques. Sa magnifique chapelle à Westminster Abbey témoigne encore largement du gothique tardif anglais.

Et c'est précisément intéressant. La Renaissance anglaise ne remplace pas brutalement le Moyen Âge. Elle grandit à l'intérieur d'un monde encore gothique.

Henri VIII : le grand basculement

S'il fallait choisir un personnage central pour comprendre la Renaissance anglaise, ce serait évidemment Henri VIII. Lorsqu'il monte sur le trône en 1509, Henri est jeune, cultivé, sportif et ambitieux. Il parle plusieurs langues. Il s'intéresse à la musique. Il participe aux tournois. Il veut apparaître comme un prince européen de premier rang. Son règne va pourtant transformer l'Angleterre d'une manière qu'il n'avait probablement pas imaginée au départ. Et l'élément déclencheur est une question dynastique : qui héritera du trône ?

Catherine d’Aragon : l’Europe entre dans la cour Tudor

Le mariage d'Henri VIII avec Catherine d'Aragon rappelle immédiatement que la Renaissance européenne est également une histoire de mariages dynastiques. Catherine est la fille des Rois Catholiques, Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon. Elle avait d'abord épousé Arthur, frère aîné d'Henri. Après la mort d'Arthur, elle épouse Henri. Le couple a plusieurs enfants, mais seule Marie survit jusqu'à l'âge adulte. Henri veut un héritier masculin. Cette obsession dynastique finit par produire une révolution religieuse.

Anne Boleyn : une femme au cœur d’un bouleversement européen

Henri souhaite épouser Anne Boleyn. Mais son mariage avec Catherine doit être annulé. Rome refuse de lui accorder la solution qu'il souhaite. L'affaire, compliquée par les rapports de force européens et notamment la puissance de Charles Quint, ne reste pas une simple affaire matrimoniale. Elle devient une affaire politique. Puis religieuse. Puis constitutionnelle. En quelques années, la question : « Henri peut-il épouser Anne ? » contribue à provoquer : « Qui détient l'autorité suprême sur l'Église en Angleterre ? » C'est exactement le type de basculement narratif qui fonctionne pour HitsMap :

une histoire intime finit par transformer un royaume.

1534 : la rupture avec Rome

L'Acte de suprématie de 1534 affirme la suprématie royale sur l'Église d'Angleterre. Henri VIII rompt institutionnellement avec l'autorité pontificale. Mais il serait trop simpliste de présenter immédiatement Henri comme un protestant au sens doctrinal. La situation est beaucoup plus complexe. Henri conserve de nombreuses convictions catholiques traditionnelles. La rupture est d'abord largement une question d'autorité. Mais ses conséquences deviennent gigantesques. Pour HitsMap, 1534 constitue l'équivalent britannique de certaines grandes dates charnières de nos autres pays. Après cette date, le paysage religieux, économique, politique et architectural anglais commence à changer profondément.

La dissolution des monastères : quand une décision politique transforme le paysage

Entre 1536 et 1540, la Couronne supprime les monastères. C'est l'un des événements les plus importants de toute l'histoire patrimoniale britannique. Abbayes. Prieurés. Couvents. Terres. Bibliothèques. Reliques. Objets liturgiques. Revenus. Des siècles de patrimoine religieux sont bouleversés en quelques années. Une immense quantité de terres change de propriétaires. Certaines abbayes sont détruites. D'autres deviennent des carrières de pierre. Certaines parties sont transformées en résidences. D'autres deviennent des ruines monumentales. Pour HitsMap, c'est capital. Lorsque le visiteur se promène aujourd'hui dans les ruines spectaculaires d'une abbaye anglaise, il ne regarde pas simplement un vestige médiéval.

Il peut regarder la trace physique de la révolution Tudor.

Hampton Court : le pouvoir devient architecture

S'il fallait choisir un palais pour expliquer la Renaissance Tudor, Hampton Court serait incontournable. Le palais est initialement développé par le cardinal Thomas Wolsey. Wolsey devient l'un des hommes les plus puissants du royaume. Son palais doit refléter son statut. Mais sa chute politique change le destin du bâtiment. Henri VIII prend possession de Hampton Court. Le palais devient alors une gigantesque scène monarchique. Appartements. Cours. Cuisines. Chapelle. Grande salle. Jardins. Tennis. Chasse. Cérémonial. Hampton Court permet de comprendre que le palais Renaissance anglais reste visuellement très différent du palais italien.

Brique rouge. Cheminées monumentales. Tours. Cours. Références gothiques. Mais les influences nouvelles s'y infiltrent. C'est une Renaissance hybride.

Nonsuch : construire quelque chose que personne n’a jamais vu

Henri VIII entreprend également Nonsuch Palace à partir de 1538. Le nom est déjà un programme : « none such » — aucun autre pareil. Le palais, aujourd'hui disparu, était célèbre pour son extraordinaire décoration Renaissance. Artisans étrangers. Reliefs. Stucs. Décors inspirés de l'Antiquité. Nonsuch représente probablement l'une des tentatives les plus spectaculaires d'importation de la Renaissance continentale en Angleterre. Et pour HitsMap, sa disparition le rend presque encore plus intéressant. Comme les Tuileries en France : faire apparaître un palais disparu grâce à la narration et à la reconstitution devient une expérience culturelle.

Le Field of the Cloth of Gold : François Ier contre Henri VIII

L'un des événements les plus extraordinaires pour votre narration européenne se déroule en 1520. Henri VIII rencontre François Ier près de Calais lors du Camp du Drap d'Or. Ce n'est pas une bataille. C'est une bataille de prestige. Palais temporaires. Tentes. Banquets. Tournois. Vêtements somptueux. Or. Musique. Cadeaux. Chaque roi veut impressionner l'autre. Pour HitsMap, cette rencontre est fondamentale car elle montre la Renaissance comme compétition politique par le spectacle. France et Angleterre ne se battent pas seulement avec des armées. Elles se battent aussi avec : l'architecture, les vêtements, les fêtes et l'image.

Holbein : regarder les Tudor

Hans Holbein le Jeune constitue l'un des plus beaux fils rouges de votre Renaissance européenne. Né à Augsbourg. Actif à Bâle. Puis installé en Angleterre. Il devient peintre de la cour d'Henri VIII. Ses portraits façonnent encore aujourd'hui notre image mentale des Tudor. Henri VIII. Thomas More. Thomas Cromwell. Anne de Clèves. Courtisans. Diplomates. Marchands. Holbein ne se contente pas de représenter les visages. Il représente : les vêtements, les bijoux, les tissus, les objets, les symboles, le statut social. Ses portraits sont presque des documents politiques codés.

Les Ambassadeurs : un tableau HitsMap parfait

Les Ambassadeurs de Holbein constitue presque une œuvre idéale pour votre série La Renaissance du Mystère. Deux hommes. Livres. Globe. Instruments scientifiques. Musique. Mathématiques. Astronomie. Religion. Diplomatie. Et au premier plan : une étrange forme. Lorsqu'on regarde le tableau sous le bon angle, elle devient un crâne. Une anamorphose. Le tableau réunit presque tout : science, pouvoir, religion, illusion, mort, perspective, symbolisme. La Renaissance entière semble tenir dans une seule image.

Thomas More : humanisme contre pouvoir

Thomas More constitue une autre figure essentielle. Humaniste. Ami d'Érasme. Auteur d'Utopia. Juriste. Homme politique. Chancelier d'Henri VIII. Puis opposant à la suprématie religieuse du roi. Il refuse de reconnaître pleinement le nouvel ordre voulu par Henri. Il est exécuté en 1535. Son destin résume une tension fondamentale de la Renaissance : que se passe-t-il lorsque la conscience intellectuelle rencontre le pouvoir absolu ?

Érasme, Oxford, Cambridge : l’humanisme traverse la Manche

La Renaissance anglaise est également intellectuelle. Les humanistes entretiennent des liens constants avec le continent. Érasme séjourne en Angleterre. Il fréquente notamment Thomas More. Oxford et Cambridge deviennent des foyers importants. Les textes antiques sont étudiés. Le grec progresse. La Bible est relue dans ses langues anciennes. L'imprimerie accélère la circulation des idées. Comme ailleurs en Europe, humanisme et réforme religieuse finissent par se rencontrer.

William Caxton : imprimer l’anglais

Avant même Henri VIII, un personnage est fondamental : William Caxton. Vers 1476, il installe une presse à Westminster. L'imprimerie transforme progressivement la circulation des textes en Angleterre. Mais elle produit également un effet linguistique majeur. En imprimant des œuvres en anglais, elle participe indirectement à une certaine stabilisation de la langue écrite. Là encore, nous retrouvons un thème transversal de HitsMap : imprimer une langue contribue à la transformer.

Édouard VI : la Réforme s’accélère

À la mort d'Henri VIII en 1547, son fils Édouard VI monte sur le trône. Il est encore enfant. Sous son règne, l'Angleterre évolue beaucoup plus nettement vers le protestantisme. Les transformations liturgiques s'accélèrent. Les images religieuses sont supprimées dans de nombreux lieux. Les églises changent. Les pratiques changent. Le Book of Common Prayer devient un élément essentiel de la nouvelle liturgie anglaise. La Renaissance britannique devient alors indissociable de la Réforme.

Marie Tudor : le mouvement s’inverse

Édouard meurt en 1553. Après le très bref épisode de Lady Jane Grey, Marie Tudor devient reine. Fille de Catherine d'Aragon, elle est catholique. Elle cherche à restaurer l'union avec Rome. Les persécutions religieuses marquent son règne. Mais Marie meurt en 1558. Et une nouvelle période commence.

Élisabeth Ire : la Renaissance devient identité nationale

Élisabeth Ire est probablement, avec Henri VIII, l'autre grande figure de la Renaissance anglaise. Son règne dure quarante-cinq ans. La question religieuse reste centrale. Mais progressivement apparaît également une nouvelle représentation du royaume. Élisabeth utilise magistralement son image. La reine devient : Gloriana. Astraea. la Virgin Queen. Ses portraits sont remplis de symboles. Perles. Couronnes. Globes. Colonnes. Arcs-en-ciel. Soleils. Yeux. Serpents. La peinture devient propagande politique. Pour HitsMap, les portraits élisabéthains constituent un extraordinaire terrain de décryptage.

1588 : l’Armada espagnole

En 1588, Philippe II d'Espagne lance l'Armada contre l'Angleterre. L'expédition échoue. Les causes sont multiples : combats, tactique, logistique, vents, tempêtes. Mais politiquement, l'événement devient immense. La victoire est intégrée au récit national élisabéthain. Une Angleterre protestante semble avoir résisté à la grande puissance catholique espagnole. L'événement nourrit l'image d'Élisabeth. Dans certains portraits, la reine apparaît littéralement associée à la défaite de l'Armada. Une bataille devient : une image politique.

Shakespeare : quand la Renaissance devient théâtre

Puis apparaît l'une des plus grandes figures de toute la culture européenne : William Shakespeare. Avec Shakespeare, la Renaissance anglaise trouve probablement son expression la plus universelle. Pouvoir. Amour. Jalousie. Ambition. Guerre. Folie. Trahison. Mort. Identité. Le théâtre devient un laboratoire de l'être humain. Hamlet. Macbeth. Othello. Roméo et Juliette. Richard III. Henri V. Le Songe d'une nuit d'été. Mais il faut surtout replacer Shakespeare dans son environnement physique.

Londres : une ville qui regarde le théâtre

À la fin du XVIe siècle, Londres connaît une formidable culture théâtrale. Des théâtres permanents apparaissent. The Theatre. The Rose. The Swan. Puis le Globe en 1599. Le théâtre n'est pas réservé à une petite élite. Il rassemble différentes catégories sociales. Le public mange. Parle. Réagit. Applaudit. Hue. Le théâtre élisabéthain est vivant, populaire et commercial. Pour HitsMap, Londres permet donc une Renaissance complètement différente de Florence ou Fontainebleau : une Renaissance que l'on paie quelques pennies pour aller voir sur scène.

Marlowe, Spenser et la Renaissance des mots

Shakespeare ne doit évidemment pas effacer les autres. Christopher Marlowe apporte au théâtre une puissance extraordinaire. Edmund Spenser développe une poésie complexe associée à l'imaginaire élisabéthain. Philip Sidney incarne l'idéal du courtisan, du soldat et du poète. La Renaissance anglaise devient ainsi fortement littéraire. C'est une différence importante avec votre narration italienne. En Italie, l'image architecturale et artistique domine immédiatement notre imaginaire. En Angleterre, l'un des monuments majeurs de la Renaissance est la langue elle-même.

Le portrait : l’arme artistique anglaise

La peinture anglaise du XVIe siècle n'a pas produit l'équivalent exact de la fresque florentine ou romaine. En revanche, elle développe une culture extraordinaire du portrait. Holbein. Nicholas Hilliard. Isaac Oliver. Portraits royaux. Miniatures. Courtisans. Diplomates. La miniature devient particulièrement importante. Elle peut être offerte. Portée. Conservée secrètement. Elle est à la fois : portrait, bijou, souvenir, objet politique, objet intime. C'est un support remarquable pour HitsCollector.

Les prodigy houses : quand les nobles bâtissent pour recevoir la reine

Sous Élisabeth Ire apparaît un phénomène architectural particulièrement intéressant : les prodigy houses. De grandes résidences aristocratiques sont construites ou transformées. Hardwick Hall. Burghley House. Longleat. Wollaton Hall. Kirby Hall. Montacute House, légèrement plus tardive. Ces demeures associent traditions anglaises et influences classiques. Les fenêtres deviennent gigantesques. D'où la célèbre formule associée à Hardwick : « Hardwick Hall, more glass than wall. » La maison aristocratique devient une scène de représentation. Et accueillir la reine peut coûter une fortune.

Le noble bâtit donc aussi pour montrer : qu'il mérite d'être vu par le pouvoir.

Inigo Jones : l’Italie arrive vraiment en Angleterre

Au début du XVIIe siècle, un changement architectural majeur apparaît avec Inigo Jones. Jones voyage sur le continent. Il étudie notamment l'architecture italienne et Palladio. Avec lui, l'architecture classique italienne est assimilée d'une manière beaucoup plus systématique. La Queen's House de Greenwich, commencée en 1616, marque cette transformation. Nous arrivons déjà à la frontière de notre période. Mais le fil rouge est extraordinaire : Palladio → livres → voyages → Inigo Jones → Angleterre. La Renaissance italienne a traversé l'Europe.

L’Écosse : une Renaissance tournée vers la France et l’Europe

Il serait historiquement faux de raconter la Renaissance britannique uniquement depuis Londres. L'Écosse possède sa propre Renaissance. Les rois Stuart développent leurs résidences. Stirling Castle. Linlithgow Palace. Falkland Palace. Holyroodhouse. Les relations avec la France sont particulièrement importantes à travers la Auld Alliance. Les influences françaises et continentales sont donc visibles dans l'architecture et la culture de cour.

Jacques IV et Jacques V : la Renaissance des Stuart

Sous Jacques IV puis Jacques V, la cour écossaise développe une culture Renaissance ambitieuse. Jacques V épouse d'abord Madeleine de France puis Marie de Guise. Les liens franco-écossais deviennent particulièrement visibles. À Stirling, le palais royal présente un extraordinaire programme sculpté. Les Stirling Heads, grands médaillons de bois sculpté représentant personnages historiques, mythologiques et contemporains, constituent un ensemble fascinant. Pour HitsMap, Stirling pourrait devenir le grand équivalent écossais de certaines résidences royales françaises.

Marie Stuart : une vie européenne

Marie Stuart est l'un des personnages les plus extraordinaires de votre narration européenne. Reine d'Écosse presque dès sa naissance. Élevée en France. Épouse du roi François II. Reine de France brièvement. Puis retour en Écosse. Conflits religieux. Abdication. Fuite en Angleterre. Captivité. Exécution en 1587. Son existence relie directement : Écosse → France → Angleterre → catholicisme → protestantisme → rivalité dynastique. Elle constitue presque à elle seule un circuit européen HitsMap.

1603 : les couronnes se rejoignent

Élisabeth Ire meurt sans enfant en 1603. Le roi d'Écosse Jacques VI, fils de Marie Stuart, devient également roi d'Angleterre sous le nom de Jacques Ier. C'est l'Union des Couronnes. Angleterre et Écosse restent juridiquement des royaumes distincts, mais elles partagent désormais le même souverain. Cette date constitue une frontière narrative extrêmement forte pour HitsMap. L'histoire des Tudor s'achève. L'ère Stuart commence en Angleterre.

Le pays de Galles : des Tudor à l’intégration politique

Le pays de Galles possède une place particulière. La dynastie Tudor elle-même possède des origines galloises. Henri Tudor exploite cette ascendance dans sa construction dynastique. Les Laws in Wales Acts de 1535 et 1542 renforcent l'intégration juridique et administrative du pays de Galles au royaume d'Angleterre. La Renaissance galloise ne se lit donc pas seulement dans les bâtiments. Elle se lit aussi dans : l'administration, la langue, la religion, les demeures, les réseaux aristocratiques.

L’Irlande : conquête, résistance et colonisation

L'Irlande doit être racontée avec beaucoup de prudence. La Renaissance n'y correspond pas simplement à une diffusion artistique anglaise. Elle s'inscrit dans une histoire de pouvoir et de conquête. L'autorité anglaise s'étend progressivement. Les rébellions se multiplient. Les politiques de plantations modifient progressivement certains territoires. Les guerres de la fin du règne d'Élisabeth, notamment la guerre de Neuf Ans, sont particulièrement violentes. Au début du XVIIe siècle, la Plantation d'Ulster transforme profondément le Nord. Pour HitsMap, le paysage architectural de l'Ulster peut donc raconter :

colonisation + fortification + migration + religion + contrôle territorial. Les bawns, maisons fortifiées et implantations nouvelles ne sont pas simplement des objets architecturaux. Ils matérialisent une politique.

Architecture : une Renaissance différente de l’Italie

Comme pour la France et l'Allemagne, c'est fondamental. Un visiteur cherchant uniquement : colonnes, coupoles, frontons, palais symétriques pourrait passer devant une partie de la Renaissance britannique sans la reconnaître. Pourquoi ? Parce que les traditions locales restent très fortes. Brique. Pierre. Pignons. Tours. Cheminées. Grandes fenêtres. Cours. Plans irréguliers. Architecture gothique tardive. À ces formes viennent progressivement s'ajouter : pilastres, ordres classiques, symétrie, médaillons, grotesques, décors antiques, façades ordonnancées. La Renaissance britannique est donc elle aussi une hybridation.

Et le classicisme italien véritablement systématique n'arrive que progressivement.

Navigation : regarder au-delà de l’Europe

Une autre caractéristique essentielle de la Renaissance élisabéthaine est l'ouverture maritime. Francis Drake. Walter Raleigh. Martin Frobisher. John Hawkins. Exploration. Commerce. Course maritime. Tentatives coloniales. Confrontation avec l'Espagne. Mais il faut éviter ici toute narration héroïque simplifiée : certains de ces hommes sont également liés à la violence coloniale et, dans le cas de Hawkins notamment, aux débuts de la participation anglaise à la traite transatlantique. C'est précisément pourquoi cette histoire doit être racontée dans toute sa complexité. Le monde s'élargit.

Mais cet élargissement comporte également : conquête, exploitation et violence.

Cartographie : posséder le monde par l’image

La cartographie devient stratégique. Les cartes permettent : de naviguer, de défendre les côtes, de représenter le royaume, de revendiquer des territoires, de préparer des opérations militaires. Comme ailleurs dans la Renaissance européenne, mesurer le territoire devient une forme de pouvoir. Pour HitsMap, c'est un excellent prolongement de votre catégorie Scientifica.

Musique : une Renaissance anglaise exceptionnelle

La musique britannique mérite une place importante. Thomas Tallis. William Byrd. John Dowland. Orlando Gibbons, à la charnière de la période. Musique religieuse. Musique de cour. Madrigaux. Luth. La période est d'autant plus fascinante que les compositeurs doivent parfois s'adapter aux changements religieux successifs. Catholicisme. Protestantisme. Retour catholique. Nouvel établissement protestant. La musique elle-même doit s'adapter au pouvoir.

Une Renaissance britannique plus théâtrale ?

Comme pour l'Italie « lumineuse », la France « élégante » ou l'Allemagne « sombre », il faut éviter le cliché. Mais une identité particulière apparaît effectivement. Théâtre. Portrait. costume. cérémonial. emblèmes. propagande royale. architecture domestique spectaculaire. La Renaissance britannique semble souvent moins centrée sur l'espace public monumental italien et davantage sur : la cour, la demeure, le portrait, la scène et le texte. C'est une distinction éditoriale extrêmement intéressante pour HitsMap.

La grande chronologie HitsMap

Je structurerais l'histoire britannique autour de jalons très lisibles :

1476 — Caxton installe sa presse à Westminster
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1485 — Bosworth : Henri VII fonde la dynastie Tudor
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1509 — Henri VIII devient roi
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1513 — Flodden : Jacques IV d'Écosse est tué
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1520 — Camp du Drap d'Or : Henri VIII rencontre François Ier
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années 1520 — humanisme, Holbein, influence croissante de la Réforme
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1534 — Acte de suprématie : rupture avec Rome
↓
1535 — exécution de Thomas More
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1536-1540 — dissolution des monastères
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1538 — début de Nonsuch Palace
↓
1542 — naissance de Marie Stuart
↓
1547 — mort d'Henri VIII ; Édouard VI devient roi
↓
1553 — Marie Tudor devient reine
↓
1558 — Élisabeth Ire monte sur le trône
↓
années 1560-1580 — essor des prodigy houses et de la culture élisabéthaine
↓
1587 — exécution de Marie Stuart
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1588 — défaite de l'Armada espagnole
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années 1590 — apogée du théâtre élisabéthain
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1599 — construction du Globe
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1603 — mort d'Élisabeth ; Jacques VI d'Écosse devient Jacques Ier d'Angleterre
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1605 — conspiration des Poudres
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1611 — Bible du roi Jacques
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1616 — mort de Shakespeare et début de la Queen's House d'Inigo Jones

La période 1603-1616 constitue donc une excellente zone de transition entre Renaissance Tudor/élisabéthaine et premier monde Stuart.

Le point essentiel pour le Royaume-Uni HitsMap

Je ne présenterais surtout pas la Renaissance britannique comme : « la Renaissance italienne arrive tardivement en Angleterre ». Ce serait passer à côté de ce qui la rend véritablement passionnante. Je construirais son identité autour de cinq forces : RÉGNER / SE REPRÉSENTER — Henri VII, Henri VIII, Élisabeth Ire, portraits, palais, emblèmes et cérémonial. CROIRE / ROMPRE — Réforme, rupture avec Rome, dissolution des monastères, conflits catholiques-protestants. ÉCRIRE / JOUER — More, Shakespeare, Marlowe, Spenser, théâtre et transformation de la langue anglaise. BÂTIR / RECEVOIR — Hampton Court, prodigy houses, Stirling, Falkland, Hardwick, Burghley et finalement Inigo Jones.

NAVIGUER / CONQUÉRIR — cartographie, Armada, exploration, commerce et début de l'expansion outre-mer. Cela donnerait au Royaume-Uni une identité immédiatement distincte dans HitsMap. L’ITALIE INVENTE. LA FRANCE ABSORBE ET MET EN SCÈNE LE POUVOIR. L’ALLEMAGNE IMPRIME, DIFFUSE ET FRACTURE L’EUROPE RELIGIEUSE. LE ROYAUME-UNI S’APPROPRIE, TRANSFORME ET MET EN SCÈNE. Et surtout, les connexions avec vos autres pays deviennent extrêmement fortes : Italie → humanisme → Angleterre. Palladio → traités d'architecture → Inigo Jones → Londres. Allemagne/Suisse → Holbein → cour d'Henri VIII.

Réforme germanique → Angleterre → rupture religieuse anglaise. France → Écosse → Marie Stuart → Angleterre. François Ier ↔ Henri VIII → Camp du Drap d'Or. Italie → France → modes et culture de cour → Angleterre. Pays-Bas → commerce, artistes et imprimeurs → Angleterre. Mais il existe une différence fondamentale. En Italie, une partie de la Renaissance cherche à comprendre et représenter le monde. En France, elle devient progressivement un moyen de magnifier la monarchie. En Allemagne, l'imprimerie et la Réforme en font un instrument de diffusion et de confrontation des idées.

Dans les îles Britanniques, elle finit par devenir quelque chose de profondément lié à l'identité. Quelle religion devons-nous pratiquer ? Qui peut gouverner ? Qui héritera de la couronne ? Que signifie être anglais, écossais ou irlandais ? Comment représenter le souverain ? Comment raconter notre histoire ? Et quelle place voulons-nous prendre dans le monde ? C'est pourquoi la meilleure conclusion pour le chapitre britannique serait peut-être : La Renaissance britannique commence en regardant l’Europe. Elle atteint son apogée lorsqu’elle commence à raconter sa propre histoire.

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