Contexte économique, social et religieux
Sous les voûtes en éventail de la plus parfaite des chapelles gothiques anglaises se dresse une intrusion venue d'un autre monde : un jubé de chêne sombre, tout en pilastres, guirlandes et grotesques Renaissance. Érigé entre 1533 et 1536, il porte, gravé partout, le secret d'un mariage — celui d'Henri VIII et d'Anne Boleyn.
Un écran daté par un amour
Le jubé sépare l'avant-chœur du chœur et porte l'orgue. Il fut posé par Henri VIII pour célébrer son union avec Anne Boleyn, et l'iconographie le date au jour près : on y lit les chiffres entrelacés HR (Henricus Rex) et RA (Regina Anna), les armes des deux époux accolées, des nœuds d'amour, un profil de femme et une tête de taureau (le taureau, bull, emblème parlant des Boleyn). Comme Anne fut exécutée en mai 1536, ces chiffres ne purent être taillés qu'entre 1533 et 1536 — un rare monument qui ait survécu à la damnatio memoriae de la reine décapitée.
Le premier chef-d'œuvre Renaissance d'Angleterre
Ce jubé est la première grande structure de bois entièrement dans le style de la Renaissance élevée en Angleterre. Pevsner y voyait « le plus exquis morceau de décoration italienne subsistant en Angleterre ». Face au gothique perpendiculaire de la chapelle, il annonce, en 1533, le goût nouveau — et il proclame, sous ses guirlandes, le droit divin d'Henri à régner sur l'Église d'Angleterre. À voir : les chiffres HR et RA, les armes accolées, la tête de taureau Boleyn, les grotesques Renaissance, l'orgue au-dessus.
Le saviez-vous ?
Anne Boleyn fut décapitée en 1536, et Henri VIII effaça sa mémoire partout où il le put — portraits détruits, emblèmes martelés. Mais le jubé de King's College, trop beau ou trop coûteux pour être défait, garda ses initiales. C'est l'un des rares endroits au monde où le chiffre d'Anne, reine quelques mois, survit encore, gravé dans le chêne au-dessus des fidèles.



