Contexte économique, social et religieux
Dans l'église de village d'Oxborough, en Norfolk — à deux pas d'Oxburgh Hall, le manoir des Bedingfeld — se cachent deux monuments qui n'ont pas d'équivalent en Angleterre : des tombeaux en terre cuite de la Renaissance, si fins et si italiens qu'on les croirait importés de Toscane. Ce sont, de l'avis général, les plus beaux de leur matière dans tout le pays.
Une Renaissance de terre cuite
Entre 1525 et 1550, la famille catholique des Bedingfeld fit élever dans sa chapelle deux tombeaux non de pierre ni de marbre, mais de terre cuite moulée et cuite — technique venue d'Italie. Regarde le décor : dais à crêtes, chérubins, dauphins, pilastres, rinceaux — tout le vocabulaire de la première Renaissance italienne, transposé dans l'argile. C'est la même veine, et probablement la même main d'artisans italiens (et flamands formés en Italie), que la célèbre terre cuite de Layer Marney dans l'Essex : une petite colonie d'ornemanistes du Sud a semé, dans quelques églises anglaises, ces fleurs d'argile.
Le luxe d'un matériau neuf
Pourquoi la terre cuite ? Parce qu'elle permettait, par le moulage, une profusion d'ornements « à l'antique » impossible ou ruineuse en pierre — et parce qu'elle était, dans l'Angleterre des années 1520, le comble de la modernité, le signe d'un commanditaire au fait des modes continentales. Les Bedingfeld, restés fidèles à Rome, ont ainsi laissé dans leur église un manifeste de goût Renaissance. À voir : les deux tombeaux à dais, les chérubins et dauphins, les pilastres à l'antique, la parenté avec Layer Marney.
Le saviez-vous ?
La terre cuite ornementale n'a fleuri en Angleterre que très brièvement, dans les années 1520-1540, avant de disparaître presque aussitôt : la Réforme tarit les grands chantiers religieux, et le matériau, exotique, n'eut pas de relève. Oxborough et Layer Marney sont les rares survivants de cette mode éclair — une Renaissance italienne d'argile, éteinte avant d'avoir pris.

