Ici, la Renaissance a le visage de la perte : les plus belles abbayes du royaume deviennent des squelettes de pierre, et le Nord se soulève contre son roi.
Avant les Tudors, le Nord de l'Angleterre est une terre de foi et de frontière. Le Yorkshire porte les plus grandes abbayes cisterciennes du royaume — Fountains, Rievaulx, Whitby — dont les tours dominent les vallées ; York, seconde ville d'Angleterre, est la capitale spirituelle du Nord ; et vers l'Écosse, une ligne de châteaux garde une frontière toujours inquiète, pays des raids et des ballades de la Border. C'est une région dévote, rude et fière, longtemps rétive à Londres.
La Réforme d'Henri VIII y frappe comme nulle part ailleurs. En 1536, la dissolution des monastères vide et abat les grandes abbayes : Fountains, la plus vaste, est vendue et livrée aux carriers ; Rievaulx tombe dans le silence. Cette même année, le Nord se dresse : c'est le Pèlerinage de Grâce, immense soulèvement catholique mené par l'avocat Robert Aske, qui rassemble des dizaines de milliers d'hommes pour défendre les monastères et l'ancienne foi. Henri VIII promet le pardon, puis se venge : Aske est pendu enchaîné aux murs d'York en 1537. Le Nord, mâté, gardera longtemps sa fidélité secrète à Rome.
Mais du désastre naît une beauté nouvelle. Les abbayes ruinées, envahies par le lierre et l'herbe, deviennent les plus émouvants paysages d'Angleterre ; deux siècles plus tard, on dessinera autour de Fountains le grand jardin de Studley Royal. Et le siècle finissant voit enfin s'élever ici quelques demeures neuves — Burton Agnes, Bolsover. Le Nord de la Renaissance, c'est cette mémoire à ciel ouvert : la grandeur d'un monde englouti, et la révolte de ceux qui refusèrent de le voir disparaître.
Pouvoirs et conflits
Le Nord fut le foyer de la résistance à la Réforme : le Pèlerinage de Grâce (1536), mené par Robert Aske, y rassembla des dizaines de milliers d'hommes avant d'être écrasé. Longtemps fidèle en secret à l'ancienne foi, la région resta la terre du recusancy catholique et de la frontière écossaise.
Arts, architecture et savoirs
La dissolution transforma les grandes abbayes cisterciennes — Fountains, Rievaulx, Whitby — en ruines majestueuses, futurs joyaux du paysage anglais. La fin du siècle vit s'élever les premières demeures Renaissance du Nord, de Burton Agnes à Bolsover, et York garder son rôle de capitale du Nord.
Vivre à la Renaissance
Entre les vallées du Yorkshire, les landes et la frontière écossaise, le Nord vit de l'élevage du mouton, du drap et de la garde des marches. Les raids frontaliers et les ballades de la Border rythment une vie rude, à l'écart des fastes de la cour du Sud.
Figures
- Robert Aske
- Henri VIII
- Thomas Wolsey
- Marguerite Clitherow
- Charles Cavendish (Bolsover)
Repères
- 1536 — début de la dissolution des grandes abbayes du Nord
- 1536 — Pèlerinage de Grâce
- 1537 — exécution de Robert Aske à York
- 1601-1610 — construction de Burton Agnes Hall
À voir
- Fountains Abbey (Yorkshire)
- Rievaulx Abbey (Yorkshire)
- York (Minster et King's Manor)
- Whitby Abbey (Yorkshire)
- Burton Agnes Hall (Yorkshire)
- Château de Bolsover (Derbyshire)
- Château de Carlisle (Cumbria)
- Hardwick Old Hall (Derbyshire)
Des ruines de Fountains au gibet de Robert Aske, le Nord porte la mémoire à ciel ouvert de la Renaissance anglaise : la grandeur d'un monde englouti et la révolte de ceux qui le pleurèrent.


