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Cariatides de la Salle des Caryatides du Louvre

Sculpture

Cariatides de la Salle des Caryatides du Louvre

Jean Goujon

1550-1551·Renaissance française·Pierre de taille (calcaire)·Musée du Louvre · Paris

Devant l'œuvre

Trois clés. 1. Vitruve : racontez la légende antique des femmes de Caryes, réduites en servitude et condamnées à porter les charges — c'est l'origine mythique du motif, que Goujon venait d'illustrer dans sa traduction de Vitruve. 2. Le regard vers le haut : faites lever les yeux vers la tribune des musiciens que les cariatides soutiennent, pour comprendre qu'elles sont de l'architecture autant que de la sculpture. 3. L'aile Lescot : reliez-les au grand chantier du Louvre d'Henri II mené par l'architecte Pierre Lescot et Goujon — même duo que la Fontaine des Innocents. À emporter : « la Grèce entre au Louvre par la porte de la pierre. »

Éléments remarquables

Quatre cariatides colossales soutenant la tribune des musiciens. Corps féminins drapés d'une monumentalité sereine. Visages idéalisés. Draperies de style grec — chiton et himation. Attitudes légèrement différentes pour chaque figure évitant la monotonie. Équilibre parfait entre la fonction porteuse et la grâce sculpturale.

Signification historique et artistique

Les Cariatides du Louvre sont les premières grandes cariatides de la sculpture française — emprunt direct à l'architecture grecque (Érechthéion) via la connaissance humaniste des textes de Vitruve. Elles illustrent la volonté de Henri II de placer son royaume dans la continuité de la grandeur antique.

Contexte économique, social et religieux

Pierre Lescot reconstruit l'aile du Louvre pour Henri II à partir de 1546. Jean Goujon en est le sculpteur attitré. Les Cariatides — figures féminines servant de colonnes — sont empruntées à l'architecture grecque antique (Érechthéion d'Athènes). Leur introduction dans le Louvre royal marque la volonté de Henri II d'égaler la grandeur de l'Antiquité.

Symbolisme & lecture iconographique

Ce sont les premières cariatides de France : quatre femmes de pierre portant sur leur tête la tribune des musiciens, dans la grande salle du Louvre d'Henri II. Le motif vient tout droit de l'Antiquité et Goujon le connaît par Vitruve, qu'il venait d'illustrer. En dressant des cariatides au cœur du palais, la monarchie française revendique ouvertement l'héritage de la Grèce et de Rome : le roi de France se pose en successeur des Anciens. Porter l'édifice sur sa tête, c'est aussi une image du service et de l'ordre — la beauté au soutien du pouvoir royal.

Analyse des émotions

L'impression est celle d'une gravité sereine. Rien ne pèse malgré la charge qu'elles portent : les visages sont calmes, les drapés tombent droit comme des colonnes, le temps semble suspendu. On ressent la solennité d'un lieu de pouvoir, la dignité tranquille de figures qui ne se plaignent jamais de leur fardeau. C'est une émotion d'ordre et de permanence, presque architecturale.

Secrets & mystères

Goujon ne copie pas des modèles vivants : il travaille d'après des moulages de statues antiques rapportés d'Italie, si bien que ces Françaises de 1550 ont le corps d'idoles gréco-romaines. La salle elle-même cache une histoire lourde : cette « salle des Caryatides » servit tour à tour de salle de bal royale, de lieu de fêtes, puis, plus sombre, elle passa pour avoir vu s'entasser des corps lors des heures noires de la Révolution avant de devenir la première salle des antiques du musée du Louvre. Les gardiennes de pierre de Goujon ont ainsi veillé sur quatre siècles d'histoire de France dans une même pièce.

Le saviez-vous ?

La pièce qu'elles gardent est l'une des plus chargées d'histoire de Paris : salle de fêtes des derniers Valois, elle accueillit la cour aux plus belles heures de la Renaissance, puis devint sous le musée le premier lieu où la France exposa ses statues antiques. Les cariatides de Goujon, sculptées pour porter une tribune, ont fini par porter la mémoire du Louvre lui-même.

Le commanditaire

 Henri II

Henri II

1519-1559

Roi

« Henri II, roi de France — renovation du Louvre par Pierre Lescot »

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Le sculpteur

Jean Goujon

Jean Goujon

v.1510–v.1565

Sculpteur

Le plus grand sculpteur de la Renaissance française avec Pilon. Nymphes de la Fontaine des Innocents = chef-d'œuvre absolu du bas-relief. Cariatides du Louvre = premières cariatides françaises. Programme sculptural complet du Louvre sous Henri II (avec Pierre Lescot). Disparaît après 1562 — probablement victime des guerres de Religion (protestant). Style : grâce et légèreté inimitables, stiacciato d'une finesse aérienne.

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