
Sur les pas de Jean Goujon — ses œuvres & ses lieux sur la carte →
Contributions & œuvres
Avec Germain Pilon, Jean Goujon est le plus grand sculpteur de la Renaissance française, maître d'une grâce et d'une légèreté sans égales. Au service d'Henri II, il invente un style où le relief se fait musique. Son chef-d'œuvre absolu est l'ensemble des Nymphes de la Fontaine des Innocents (1547), bas-reliefs d'une finesse aérienne où l'eau semble couler dans le marbre. Il taille les premières Cariatides monumentales de France pour la grande salle du Louvre, la Diane chasseresse dite Diane d'Anet, et tout un programme de bas-reliefs pour la façade du Louvre de Pierre Lescot.



La nuance : protestant, Goujon disparaît des archives après 1562, probablement emporté par les guerres de Religion — on ignore jusqu'au lieu et à la date de sa mort.
Importance historique
S'il fallait désigner un seul sculpteur comme symbole de la Renaissance française, ce serait probablement Jean Goujon. Pour la sculpture, Jean Goujon occupe une place comparable à celle de François Clouet pour le portrait ou du Primatice pour la peinture décorative. Son art est immédiatement reconnaissable:
- silhouettes élancées;
- drapés fluides;
- élégance aérienne;
- grâce presque irréelle;
- influence de l'Antiquité.
Il est souvent surnommé « Le Phidias français » en référence au plus grand sculpteur de la Grèce antique.
Une vie encore mystérieuse
La vie de Jean Goujon demeure mal connue. Les archives sont rares. On estime qu'il naît vers 1510, probablement en Normandie. Certaines hypothèses évoquent un séjour en Italie durant sa jeunesse. Aucune preuve définitive ne le confirme, mais son œuvre montre une connaissance remarquable de:
- la sculpture antique;
- l'art romain;
- la Renaissance italienne. Quoi qu'il en soit, lorsqu'il apparaît dans les archives françaises dans les années 1540, il est déjà un artiste accompli.
La France de François Ier
Jean Goujon travaille dans une période exceptionnelle. Le règne de François Ier transforme profondément le royaume. Le roi fait venir:
- Léonard de Vinci;
- Rosso Fiorentino;
- le Primatice;
- de nombreux artistes italiens. La France découvre alors:
- l'Antiquité;
- l'humanisme;
- les nouveaux principes artistiques de la Renaissance. Jean Goujon devient l'un des artistes capables d'adapter ces influences au goût français.
Une collaboration décisive: Pierre Lescot
L'événement fondamental de sa carrière est sa rencontre avec Pierre Lescot. Les deux hommes forment l'un des plus grands duos artistiques de la Renaissance française. Lescot conçoit l'architecture. Goujon lui donne vie par la sculpture. Leur collaboration atteindra son sommet au Louvre.
Le Louvre de la Renaissance


Aujourd'hui, lorsqu'on visite la Cour Carrée du Louvre, une partie de ce que l'on admire est directement liée au travail de Jean Goujon. Sous Henri II, le vieux château médiéval est progressivement transformé en palais Renaissance. Pierre Lescot dessine les façades. Jean Goujon réalise:
- reliefs;
- sculptures;
- décors monumentaux;
- figures allégoriques. Pour la première fois en France, architecture et sculpture sont pensées comme un ensemble harmonieux.
Le génie du relief
Jean Goujon excelle particulièrement dans le relief sculpté. Contrairement aux statues entièrement détachées du mur, ses figures semblent émerger de la pierre. Elles paraissent:
- flotter;
- glisser;
- danser. Cette légèreté est l'une des signatures de son style. Ses personnages semblent presque dépourvus de poids. Ils appartiennent davantage à un monde idéal qu'à la réalité quotidienne.
La Fontaine des Innocents
Son chef-d'œuvre absolu


S'il fallait choisir une seule œuvre pour résumer Jean Goujon, ce serait la Fontaine des Innocents. Réalisée entre 1547 et 1549, cette fontaine est aujourd'hui considérée comme l'un des chefs-d'œuvre absolus de la Renaissance française. Les célèbres nymphes sculptées qui l'ornent sont devenues emblématiques.
Les Nymphes
Ces figures sont extraordinaires. Leurs caractéristiques aux corps allongés, mouvements souples, drapés translucides et à l' élégance raffinée semblent inspirées à la fois:
- de la Grèce antique;
- de Raphaël;
- du maniérisme italien. Mais elles possèdent une grâce spécifiquement française. Elles ne sont ni héroïques ni monumentales mais élégantes.
La Tribune des Caryatides
Une autre réalisation majeure est la Salle des Caryatides. Les célèbres Caryatides soutiennent une tribune musicale.


Le modèle vient directement de l'Antiquité grecque. Mais Goujon lui apporte une finesse nouvelle. Les figures semblent soutenir la structure sans effort. Leur élégance l'emporte sur la démonstration de force.
Le style Goujon
Ce qui distingue Jean Goujon de ses contemporains est immédiatement identifiable.
Les corps
Ils sont:
- longs;
- souples;
- élancés.
Les visages
Ils sont:
- sereins;
- idéalisés;
- presque intemporels.
Les drapés
Ils coulent sur les corps comme de l'eau.
Les mouvements
Ils évoquent une danse permanente. Aucun autre sculpteur français de son temps n'atteint cette grâce.
L'influence de l'Antiquité
Comme tous les grands artistes de la Renaissance, Goujon admire l'Antiquité. Mais il ne copie pas les modèles antiques. Il les réinterprète. Il crée un langage nouveau où l'Antiquité, l'Italie, la sensibilité française se rencontrent. C'est précisément cela qui fait de lui un artiste de la Renaissance.
Un artiste protestant?
À partir des années 1560, les guerres de Religion bouleversent la France. Jean Goujon semble avoir adopté les idées protestantes. Cette hypothèse est largement acceptée par les historiens. Dans un climat de tensions croissantes, sa situation devient délicate. Il quitte probablement la France vers 1562.
L'exil
Il se réfugie vraisemblablement en Italie ou dans une région protestante. Les détails restent incertains. On perd ensuite sa trace. La date exacte de sa mort demeure inconnue. On la situe généralement autour de 1567. Cette disparition mystérieuse ajoute encore à la légende du personnage.
Son influence
L'influence de Jean Goujon sur l'art français est immense. On la retrouve chez:
- Germain Pilon;
- Barthélemy Prieur;
- les sculpteurs maniéristes français;
- les décorateurs du Louvre;
- plusieurs générations d'artistes du XVIIe siècle. Son idéal de grâce restera longtemps une référence.
Jean Goujon et la Renaissance française
Jean Goujon représente parfaitement l'esprit de la Renaissance française. Contrairement à l'Italie où la puissance physique est souvent mise en avant, son art privilégie l'élégance, la finesse, l'harmonie, le raffinement. Il transforme les leçons italiennes en quelque chose de profondément français.
Profil psychologique (reconstitution historique)
Les archives sont trop rares pour connaître précisément son caractère. Mais son œuvre révèle probablement:
- une grande sensibilité esthétique;
- une recherche constante d'harmonie;
- un goût pour l'idéalisation;
- une remarquable maîtrise technique;
- une fascination pour la beauté antique. Ses sculptures traduisent moins une volonté de puissance qu'une quête d'équilibre.
Se glisser dans l'époque
Imaginez Paris vers 1550. Le vieux monde médiéval disparaît progressivement. Les forteresses deviennent des palais. Les tours défensives se transforment en galeries. Les façades s'ornent de dieux antiques. Au milieu de cette métamorphose, Jean Goujon sculpte des femmes de pierre qui semblent vivantes. Leurs drapés flottent. Leurs corps se balancent doucement. Leurs visages restent calmes malgré le tumulte du siècle. Car pendant que la France découvre la Renaissance, ces nymphes incarnent déjà quelque chose de nouveau: une beauté fondée non sur la force, mais sur la grâce. Et c'est peut-être là que réside le génie de Jean Goujon. Là où Michel-Ange impressionne. Là où Donatello émeut. Jean Goujon séduit.
C'est pourquoi, cinq siècles plus tard, ses nymphes de la Fontaine des Innocents demeurent l'une des images les plus parfaites de la Renaissance française.
Œuvres (11)

Tombeau de Louis de Brézé, sénéchal de Normandie
1535–1544
📍 Musée du Louvre — Sculptures et Arts décoratifs Renaissance

Déposition du Christ (bas-relief)
v. 1544–1545
📍 Musée du Louvre — Sculptures et Arts décoratifs Renaissance

Façade de l'Hôtel Carnavalet
v.1545-1548
📍 Musée Carnavalet

Bas-reliefs de la façade du Louvre (Henri II)
1546-1555
📍 Musée du Louvre

Nymphes de la Fontaine des Innocents
1547-1549
📍 Musée du Louvre

L'Allégorie de la France (façade du Louvre)
1548-1555
📍 Musée du Louvre

Diane chasseresse (Diane d'Anet)
v.1549-1555
📍 Musée du Louvre

Cariatides de la Salle des Caryatides du Louvre
1550-1551
📍 Musée du Louvre

Buste de femme dit La Terre (allégorie)
v.1550-1555
📍 Musée du Louvre

Panneau décoratif avec putti et guirlandes
v.1550
📍 Musée du Louvre

Fronton du Pavillon de l'Horloge (Louvre)
1550-1555
📍 Musée du Louvre
Monuments associés (13)

Château d'Écouen
Écouen (95)
cité — e la Renaissance Montmorency fait appel aux meilleurs créateurs du royaume. Parmi eux : - Jean Goujon - Bernard Palissy - Jean Bullant - des artistes liés à l'École de Fontainebleau. Le château d'Ecouen devie

Église Saint-Eustache
Paris (1er) (75)
cité — r aller plus loin - **Fontaine des Innocents** (Paris 1er, à 300 m) — le chef-d'œuvre de Jean Goujon. - **Centre Pompidou** (Paris 4e, à 500 m) — la modernité du XXe siècle à côté du XVIe. - **Sainte-Chapelle**

Hôtel d'Escoville
Caen (14)
cité — ques des atlantes — les filles de Karyai qui soutiennent les entablements de leurs têtes. Jean Goujon avait mis des caryatides au Louvre (1550) — l'atelier normand en avait connaissance. **3. Les cartouches à e

Fontaine de Diane (Anet)
Anet (28)
cité — encore in situ d'un dispositif hydraulique et sculptural conçu par Philibert de l'Orme et Jean Goujon pour la résidence de Diane de Poitiers. Construite vers 1549-1552, elle représente Diane chasseresse couchée

Louvre – aile Lescot
Paris (1er) (75)
cité — e copier l'Italie pour inventer son propre langage architectural. Ce que Pierre Lescot et Jean Goujon réalisent ici entre 1546 et le milieu des années 1550 deviendra le modèle de l'architecture royale française

Aile Lescot du Louvre (Cour Carrée)
Paris (75)
cité — jeu d'ombre et de lumière qui anime la composition. Les lucarnes du comble, sculptées par Jean Goujon, sont des chefs-d'œuvre de fantaisie sculpturale — chaque lucarne est différente. ## Symboles à observer **

Église Saint-Acceul d'Écouen
Écouen (95)
cité — es aux plus grands artistes (**Bernard Palissy**, **Léonard Limosin**, **Jean Cousin**, **Jean Goujon**). Il fut **tué à la bataille de Saint-Denis** le 10 novembre 1567 (à 74 ans !) en combattant les **huguenot

Église Saint-Germain-l'Auxerrois
Paris (1er) (75)
cité — e gothique. Les deux styles cohabitent pendant plusieurs générations. # Pierre Lescot et Jean Goujon Au milieu du XVIe siècle, l'église accueille deux des plus grands artistes de la Renaissance française. Vers

Église Saint-Maclou
Rouen (76)
cité — rnière extravagance. Mais regardez les vantaux de la porte centrale. Le bois sculpté par Jean Goujon en 1551 : les putti, les rinceaux, les médaillons à profils. La Renaissance dans le gothique. Deux siècles en

Fontaine des Innocents
Paris (75)
cité — réclamait pour le français la dignité littéraire du grec et du latin. Sept ans plus tard, Jean Goujon sculptait ses nymphes à quelques pas de la rue où du Bellay logeait lors de ses séjours parisiens. La Défense

Château d'Ussé
Rigny-Ussé (37)
cité — ce de Pons**. Dédiée à la Vierge et à sainte Anne, elle abrite des **stalles attribuées à Jean Goujon** (gothique rehaussé de décor italien) et une **Vierge en faïence émaillée attribuée à l'atelier des della Ro

Hôtel Carnavalet
Paris (75)
cité — de fleurs), Été (gerbe de blé), Automne (grappe de raisin), Hiver (manteau fourré). C'est Jean Goujon ou quelqu'un de son atelier. Ce 'vêtement mouillé' sur les figures allégoriques — ce tissu qui colle au corps

Chapelle du château d'Anet
Anet (28)
cité — net réunit les plus grands artistes du siècle : **Philibert Delorme** à l'architecture, **Jean Goujon** à la sculpture, et, au-dessus de l'entrée du château, un bronze d'après la nymphe de **Cellini**. Le célèbr
