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Nymphes de la Fontaine des Innocents, Jean Goujon

✦ Sculpture ✦

Nymphes de la Fontaine des Innocents

Jean Goujon

1547-1549·Renaissance française·Marbre blanc·Musée du Louvre · Paris
  • Nymphes de la Fontaine des Innocents — vue 2

Devant l'œuvre

Trois clés pour faire voir l'œuvre. 1. La lumière rasante : le relief est d'une extrême platitude (technique du stiacciato héritée de Donatello) — invitez à regarder de biais, l'image n'apparaît qu'en lumière frisante, comme un dessin dans la pierre. 2. Le bon lieu : rappelez que les originaux sont au Louvre et que la fontaine du square des Innocents (Les Halles) porte des copies — et cherchez avec le public la face « en trop » ajoutée par Pajou en 1788. 3. Le réseau : reliez la fontaine au chantier du Louvre mené au même moment par Goujon et l'architecte Pierre Lescot — mêmes hommes, même style, même roi (Henri II). Une phrase à emporter : « la première œuvre de la Renaissance parisienne offerte au peuple, et non au roi seul. »

Éléments remarquables

Cinq nymphes aquatiques en bas-relief d'un relief extrêmement plat (stiacciato). Draperies mouillées collant aux corps — technique héritée de l'Antiquité grecque. Mouvement des corps d'une grâce serpentine absolue. Urnes versant l'eau. Végétation aquatique. Composition en frise horizontale d'une élégance sans égale dans la sculpture française.

Signification historique et artistique

Les Nymphes de la Fontaine des Innocents sont le chef-d'œuvre de Jean Goujon et l'un des chefs-d'œuvre absolus de la sculpture française de tous les temps. La technique du bas-relief plat (stiacciato) héritée de Donatello y est poussée à sa perfection. Les draperies humides collant aux corps inaugurent un genre français qui perdurera jusqu'au XVIIIe siècle.

Contexte économique, social et religieux

La Fontaine des Innocents est construite par Pierre Lescot pour l'entrée solennelle d'Henri II à Paris (16 juin 1549). Les bas-reliefs de Jean Goujon sont commandés dans le cadre des festivités royales — Paris décore sa ville pour recevoir son roi en grande pompe. La fontaine devient le premier monument renaissant de Paris accessible au peuple.

Symbolisme & lecture iconographique

Ces nymphes ne sont pas un décor : ce sont des naïades, les divinités des sources, placées là pour justifier l'eau qui coule. En les sculptant, Goujon fait d'une fontaine urbaine une fontaine antique — comme si Paris possédait, lui aussi, ses sources sacrées. Le geste est politique autant que poétique : la fontaine est offerte à la Ville pour l'entrée solennelle d'Henri II (16 juin 1549), et ces corps drapés à l'antique proclament que la France des Valois est l'héritière de Rome. La draperie mouillée, collée au corps comme sur les statues grecques, est le vrai emblème : elle dit la renovatio, la renaissance de l'Antiquité, jusque dans le pli d'un tissu. L'eau réelle de la fontaine et l'eau feinte des draperies se répondent — le marbre devient liquide.

Analyse des émotions

Ce qui saisit, c'est le calme. À la veille de trente-six ans de guerres civiles, Goujon sculpte une sérénité sans une ride. Les corps n'ont pas de poids : ils glissent, ils ondulent, ils versent l'eau d'un geste suspendu. On ne ressent ni effort, ni tension, seulement une grâce serpentine qui semble respirer. La sensualité y est extrême mais jamais appuyée — c'est la draperie, plus que la nudité, qui trouble. Devant ces nymphes, l'émotion est celle d'un apaisement presque irréel, la beauté d'un monde qui s'ignore au bord du gouffre.

Secrets & mystères

Le premier secret est une question d'arithmétique. La fontaine de 1549 était adossée à un immeuble, à l'angle de la rue Saint-Denis : elle n'avait que trois faces visibles, donc trois faces sculptées par Goujon. Lorsqu'on la démonte en 1788 pour en faire une fontaine isolée au centre d'une place, il manque un côté. C'est le sculpteur Augustin Pajou qui taille alors les nymphes de la quatrième face, en imitant Goujon deux siècles plus tard. Autrement dit : certaines « nymphes de Goujon » sont en réalité du XVIIIe siècle. Second secret : ce qu'on admire aujourd'hui square des Innocents n'est qu'une copie ; les reliefs originaux de Goujon sont conservés au musée du Louvre. Enfin, un mystère qui n'a jamais été résolu : après 1562, Jean Goujon disparaît des archives, sans doute contraint à l'exil par ses convictions protestantes, à la veille des guerres de Religion. On ignore où et quand meurt le plus grand sculpteur de la Renaissance française.

Le saviez-vous ?

La fontaine a survécu au cimetière qui lui a donné son nom. Elle jouxtait le cimetière des Saints-Innocents, la plus grande nécropole de Paris, saturée de morts depuis le Moyen Âge. En 1786, on vide le cimetière et l'on transporte des millions d'ossements dans les Catacombes ; la place est assainie, et c'est alors qu'on déplace la fontaine, en 1788, pour l'ériger seule au milieu du nouveau marché. Les nymphes de Goujon, sculptées pour fêter l'entrée d'un roi vivant, sont ainsi restées debout là où reposaient les morts de tout Paris.

Sources

  1. 1.Musée du Louvre
  2. 2.Ministère de la Culture — Plateforme Ouverte du Patrimoine (POP)

Le commanditaire

 Henri II

Henri II

1519-1559

Roi

« Ville de Paris / Henri II »

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Le sculpteur

Jean Goujon

Jean Goujon

v.1510–v.1565

Sculpteur

Avec Germain Pilon, Jean Goujon est le plus grand sculpteur de la Renaissance française, maître d'une grâce et d'une légèreté sans égales. Au service d'Henri II, il invente un style où le relief se fait musique. Son chef-d'œuvre absolu est l'ensemble des **Nymphes de la Fontaine des Innocents** (1547), bas-reliefs d'une finesse aérienne où l'eau semble couler dans le marbre. Il taille les premières **Cariatides** monumentales de France pour la grande salle du Louvre, la **Diane chasseresse** dite Diane d'Anet, et tout un programme de **bas-reliefs pour la façade du Louvre** de Pierre Lescot. ![Nymphes de la Fontaine des Innocents](/media/place-photos/optimized/sculpture/nymphes-de-la-fontaine-des-innocents-jean-goujon-renaissance-francaise-marbre-blanc-1547-p545-688.webp) ![Cariatides du Louvre](/media/place-photos/optimized/sculpture/cariatides-de-la-salle-des-caryatides-du-louvre-jean-goujon-renaissance-francaise-pierre-de-taille-calcaire-1550-800.webp) ![Diane chasseresse (Diane d'Anet)](/media/place-photos/optimized/sculpture/diane-chasseresse-diane-d-anet-jean-goujon-renaissance-francaise-marbre-blanc-1549-800.webp) ![Bas-reliefs de la façade du Louvre](/media/place-photos/optimized/sculpture/bas-reliefs-de-la-facade-du-louvre-henri-ii-jean-goujon-renaissance-francaise-pierre-de-taille-calcaire-1546-800.webp) La nuance : protestant, Goujon disparaît des archives après 1562, probablement emporté par les guerres de Religion — on ignore jusqu'au lieu et à la date de sa mort.

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