Devant l'œuvre
L'hôtel Carnavalet lui-même est l'une des œuvres les plus importantes du musée — construit entre 1548 et 1560 pour Jacques de Ligneris, président au Parlement de Paris, c'est l'un des rares hôtels particuliers Renaissance encore debout à Paris. La cour d'honneur avec ses arcades à grotesques, ses reliefs sculptés de nymphes et de masques, ses fenêtres à meneaux — tout dit l'italianisme de la cour de Henri II et de François Ier qui importait la Renaissance italienne dans la capitale française. François Mansart l'agrandit en 1661 en respectant le style Renaissance de l'original — un exemple précoce de restauration respectueuse du patrimoine.
Symbolisme & lecture iconographique
L'hôtel particulier parisien est l'institution architecturale qui dit le mieux la société française de l'Ancien Régime — le lieu où la noblesse et la haute bourgeoisie vivaient, recevaient, construisaient leurs réseaux. Ces cours d'honneur, ces façades sculptées, ces jardins intérieurs disent la vie sociale des élites dans un Paris encore médiéval dans ses rues étroites.
Analyse des émotions
Se promener dans la cour d'honneur de l'hôtel Carnavalet — les arcades Renaissance, les sculptés en relief, le jardin intérieur — c'est traverser cinq siècles de Paris dans quelques mètres carrés. Ce bâtiment a vu passer Ligneris le magistrat, Sévigné l'épistolière, les révolutionnaires, Haussmann le préfet, les musées contemporains.
Secrets & mystères
L'hôtel Carnavalet doit son nom à une ancienne propriétaire, Mme de Kernevenoy — surnommée 'Carnavalet' par ses contemporains, déformation du nom breton. Madame de Sévigné l'habita de 1677 à 1696 — et c'est cette occupation illustre qui lui donna son renom littéraire. La mairie de Paris acheta l'hôtel en 1866 pour y installer le musée de la ville — une des premières grandes initiatives patrimoniales d'Haussmann qui par ailleurs détruisait des milliers d'immeubles anciens. Ce paradoxe dit l'ambiguïté du rapport au patrimoine dans la modernisation haussmannienne.
Le saviez-vous ?
Haussmann, le préfet baron qui transforma Paris entre 1853 et 1870 — perçant les grands boulevards, détruisant des quartiers médiévaux entiers, créant les grands espaces actuels — fut aussi celui qui sauva l'hôtel Carnavalet en le transformant en musée de la ville. Ce même homme qui détruisait Paris gardait les preuves de ce qu'il détruisait. Cette ambiguïté est caractéristique de la modernisation du XIXe siècle.

