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La Dame à la licorne — Tapisserie 'Mon seul désir' (6e pièce)

Tapisserie

La Dame à la licorne — Tapisserie 'Mon seul désir' (6e pièce)

Cartons attribués au Maître d'Anne de Bretagne (Jean d'Ypres ?, mort 1508), ateliers flamands

v. 1484–1538 (débat ouvert, consensus vers 1500–1510)·Tapisserie millefleurs — laine et soie, teinture de garance (rouge), indigo (bleu)·Musée de Cluny — Musée national du Moyen Âge

Devant l'œuvre

On l'appelle 'la Joconde de la tapisserie' — et la comparaison tient. Comme la Joconde, elle fascine autant par ce qu'elle cache que par ce qu'elle montre. Six tapisseries : cinq représentent les cinq sens (le Toucher, le Goût, l'Odorat, l'Ouïe, la Vue), et la sixième — la plus grande, la plus mystérieuse — porte une inscription : 'À mon seul désir.' Que veut dire cette formule ? Personne ne le sait avec certitude. La dame semble remettre ses bijoux dans un coffret, comme si elle y renonçait. S'agit-il du renoncement aux plaisirs des sens que les cinq autres pièces viennent de décrire ? D'une déclaration d'amour ? D'un sixième sens — celui de l'âme, du cœur, de la volonté ? Le mystère est entier depuis cinq siècles.

Symbolisme & lecture iconographique

La licorne est le symbole médiéval de la pureté et de la chasteté — elle ne peut être capturée que par une vierge. Le lion est le symbole de la force et de la noblesse. Ensemble, ils encadrent la Dame comme des gardes d'honneur. Le fond millefleurs (les 'mille fleurs') n'est pas décoratif — chaque plante est identifiable et symbolique : la rose (amour), l'œillet (fidélité), le muguet (espoir), l'oranger en fleur (pureté). Les animaux aussi : le lapin (fertilité), le singe (imitation, mais aussi les cinq sens dans l'iconographie médiévale), le chien fidèle (loyauté). La tapisserie est une encyclopédie symbolique médiévale.

Analyse des émotions

Entrer dans la salle ovale de Cluny pour la première fois et se retrouver entouré des six tapisseries est une expérience physique unique : on est enveloppé de rouge et de bleu, de fleurs et d'animaux, de silence et de présence. La Dame est partout autour de vous, toujours la même mais jamais identique — cinq activités différentes, cinq poses, cinq moments. Et la sixième pièce, 'Mon seul désir', vous regarde de face devant sa tente bleue azur. L'émotion est celle d'une beauté qui résiste à l'explication — plus on cherche à comprendre, plus elle échappe.

Secrets & mystères

La tapisserie fut découverte en 1841 dans le château de Boussac (Creuse) dans un état de dégradation avancée — des souris l'avaient en partie grignotée. George Sand la décrit dans un roman avant que Prosper Mérimée ne suggère son acquisition par l'État (1841). Elle entra à Cluny en 1882. Qui l'a commandée ? Les armoiries présentes (gueules à bande d'azur chargée de trois croissants d'argent) ont été identifiées comme celles de la famille lyonnaise Le Viste — mais quel membre de cette famille, et pour quelle occasion (fiançailles ? mariage ? commémoration ?), reste débattu. Qui en a dessiné les cartons ? Le Maître d'Anne de Bretagne est une attribution par convention — on ne sait pas son nom. Où fut-elle tissée ? Probablement à Bruxelles ou dans les Pays-Bas du Sud, mais aucun atelier n'est identifié.

Le saviez-vous ?

La tapisserie a quitté le musée de Cluny pour la première fois depuis des décennies en 2021, pour une exposition aux Abattoirs de Toulouse — le temps des travaux de modernisation du musée. Elle a voyagé au Japon en 2013 et en Australie en 2018. Emmanuel Macron la visita lors d'une visite diplomatique à Sydney. Une tapisserie devenue instrument de soft power français.

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