HitsMap
Diane chasseresse (Diane d'Anet)

Sculpture

Diane chasseresse (Diane d'Anet)

Jean Goujon

v.1549-1555·Renaissance française·Marbre blanc·Musée du Louvre · Paris

Devant l'œuvre

Trois clés. 1. Anet : rappelez que l'œuvre vient du château de Diane de Poitiers (Philibert de l'Orme architecte) et couronnait une fontaine — elle est pensée pour l'eau et la hauteur. 2. La devise : cherchez le croissant de lune, signe de Diane et chiffre partagé avec Henri II ; c'est la clé du portrait caché. 3. L'attribution : dites franchement que le nom du sculpteur reste discuté (Goujon, Cellini, Pilon…), et que ce flou fait partie de l'histoire de l'œuvre. À emporter : « une maîtresse royale qui se fait déesse, pour régner sans couronne. »

Éléments remarquables

Diane allongée de tout son long, appuyée sur un cerf aux bois branchus. Bras droit tendant l'arc. Corps nu d'une beauté classique parfaite. Chien de chasse à ses pieds. Posture maniériste serpentine. Robe demi-ôtée. Surface de marbre d'une perfection absolue. Visage au sourire énigmatique.

Signification historique et artistique

La Diane d'Anet est le symbole du château d'Anet et de la culture raffinée de la cour de Henri II. L'identification de Diane de Poitiers à la déesse — femme de 50 ans éternellement jeune et belle comme la lune — est l'illustration parfaite de l'utilisation humaniste de la mythologie antique au service de la représentation du pouvoir.

Contexte économique, social et religieux

Le château d'Anet est construit par Philibert de l'Orme pour Diane de Poitiers, maîtresse d'Henri II. Tout le programme iconographique d'Anet exalte Diane de Poitiers à travers l'identification à la déesse Diane. Jean Goujon réalise plusieurs sculptures pour ce château — le plus renaissant de France. La déesse Diane, patronne de la chasse et de la lune, est le symbole de la maîtresse royale.

Symbolisme & lecture iconographique

Cette déesse nue accoudée à un cerf est un portrait déguisé. Diane de Poitiers, favorite d'Henri II, s'est toute sa vie identifiée à Diane, déesse de la chasse et de la chasteté — jeu sur son prénom, et emblème politique. La sculpture couronnait une fontaine du château d'Anet, la demeure que Philibert de l'Orme bâtit pour elle : la maîtresse du roi s'y montre en divinité intouchable, souveraine d'un domaine à son nom. Le croissant de lune, attribut de Diane, était aussi la devise que Diane de Poitiers partageait avec Henri II. Nudité, cerf, arc : tout dit la puissance froide d'une femme qui régna sur le roi sans jamais être reine.

Analyse des émotions

La sensualité y est réelle mais glacée. Le corps est long, lisse, d'un maniérisme élégant jusqu'à la froideur ; la déesse ne regarde personne, ne s'offre pas, se tient hors d'atteinte. C'est l'érotisme d'une souveraine, pas d'une amante : on éprouve devant elle l'admiration distante qu'inspire un pouvoir sûr de lui. Beauté aristocratique, marmoréenne, qui tient le spectateur à distance — exactement l'effet qu'une favorite avait intérêt à produire.

Secrets & mystères

Le grand mystère est celui de la main qui l'a taillée. Longtemps donnée à Jean Goujon, l'œuvre a aussi été attribuée à Benvenuto Cellini, à Germain Pilon, à Ponce Jacquiot — le débat n'est pas tranché. Second point : la statue n'était pas faite pour un musée mais pour jaillir au-dessus de l'eau, au centre d'une fontaine d'Anet ; on la lit mal aujourd'hui, isolée sur son socle du Louvre, coupée de l'élément liquide qui lui donnait sens. Enfin, l'ambiguïté même du sujet : nul contrat ne dit « c'est Diane de Poitiers » — l'identification tient à tout le programme d'Anet, où la favorite se met partout en scène sous les traits de la déesse.

Le saviez-vous ?

Diane de Poitiers avait vingt ans de plus qu'Henri II et le domina sa vie durant : à la mort du roi en 1559, Catherine de Médicis, enfin libre, lui reprit le château de Chenonceau. La déesse d'Anet est le monument d'un pouvoir qui semblait éternel — et qui s'effondra en un jour, celui du tournoi fatal où Henri II reçut la lance de Montgomery dans l'œil.

Le commanditaire

 Henri II

Henri II

1519-1559

Roi

« Henri II ou Diane de Poitiers — château d'Anet »

Voir la fiche complète →

Le sculpteur

Jean Goujon

Jean Goujon

v.1510–v.1565

Sculpteur

Le plus grand sculpteur de la Renaissance française avec Pilon. Nymphes de la Fontaine des Innocents = chef-d'œuvre absolu du bas-relief. Cariatides du Louvre = premières cariatides françaises. Programme sculptural complet du Louvre sous Henri II (avec Pierre Lescot). Disparaît après 1562 — probablement victime des guerres de Religion (protestant). Style : grâce et légèreté inimitables, stiacciato d'une finesse aérienne.

Voir la fiche complète →

Autres sculptures à découvrir

À voir aussi