
Page de titre de la « Nova et prima motettorum editio » de Claudin de Sermisy — Paris, Pierre Attaingnant et Hubert Jullet, 1542. Le titre le dit sous-maître de la chapelle royale.
Contributions & œuvres
Claudin de Sermisy, né vers 1490, est l'homme d'une mélodie que la France entière sut par cœur. Avec Clément Janequin, il est le maître incontesté de la chanson parisienne, ce nouveau genre qui, dans les années 1520-1530, débarrasse la chanson française de la complexité flamande pour lui donner clarté, légèreté et une ligne mélodique immédiatement mémorisable. Son chef-d'œuvre absolu, Tant que vivray, publié en 1528 par Pierre Attaingnant sur un poème de Clément Marot, est de ces airs qui deviennent le portrait d'une époque : raffiné mais chantable, savant mais accessible à tous. Jouissance vous donneray, Au joly bois, Secourez moy prolongent ce triomphe de la grâce française. Mais Sermisy est aussi un grand compositeur sacré et un homme de chapelle accompli. Peut-être enfant de chœur à la Sainte-Chapelle de Paris, chanteur de la chapelle royale dès 1508, il suit François Iᵉʳ en Italie en 1515 et compte parmi les musiciens qui éblouirent l'assistance au Camp du Drap d'or en 1520. Il devient sous-maître de la Sainte-Chapelle en 1530, chanoine en 1533, et atteint enfin la dignité de maître de chapelle. Ses messes et ses motets témoignent d'un art plus grave, sobre et lumineux. Sa nuance tient à cette perfection même : à force de viser la clarté et l'agrément, sa chanson frôle parfois la formule, ce charme un peu lisse d'une écriture qui plaît sans jamais bouleverser. Mais c'est le prix d'un art qui voulait, avant tout, être aimé. Attaché à la chapelle royale — on le dit présent au Camp du Drap d'or en 1520 — puis à la Sainte-Chapelle, il donna à la chanson parisienne son modèle : une mélodie claire, syllabique, immédiatement chantable, que l'imprimeur Attaingnant diffusa par centaines dès 1528. @@AVERIFIER (présence au Camp du Drap d'or)
Anecdote mémorable
En 1520, au Camp du Drap d'or, cette rencontre fastueuse où François Iᵉʳ et Henri VIII d'Angleterre rivalisèrent de magnificence, la musique fut une arme diplomatique autant que les tentes d'or. Sermisy figurait parmi les chanteurs de la chapelle française dont on dit qu'ils enchantèrent l'assistance. Dans ce théâtre du pouvoir où chaque détail comptait, la voix des compositeurs royaux valait déclaration : la France chantait sa grandeur. @@AVERIFIER
Influences reçues
Chapelle royale française ; Jean Mouton ; Antoine de Févin ; tradition franco-flamande
Influences exercées
Chanson parisienne ; Pierre Certon ; Clément Janequin (émulation) ; éditions d'Attaingnant
Importance historique
Sermisy compte parce qu'il a inventé, avec quelques autres, le son de la chanson française — cette manière de faire chanter la langue avec naturel et tendresse que reprendront des générations d'amateurs, du luth de salon aux chœurs d'aujourd'hui. Tant que vivray reste l'une des mélodies les plus reconnaissables de toute la Renaissance. On s'attache à lui pour cette gaieté grave, cette élégance de cour qui n'oublie jamais l'auditeur, et pour la longévité d'une carrière au cœur de la musique royale française.
Le courant : l’École franco-flamande
Œuvres (14)
- ›Amour amour amour · c.1530–1580
- ›Amour me voyant sans tristesse · c.1520–1540
- ›Au joly bois · c.1520–1540
- ›Changeons propos, c'est trop chanté d'amours · c.1530–1580
- ›De mon triste desplaisir · c.1530–1580
- ›Dont vient cela · c.1520–1540
- ›Il me suffit de tous mes maulx · c.1520–1540
- ›Jouissance vous donneray · c.1520–1540
- ›Las il n'a nul mal · c.1530–1580
- ›Las je me plains · c.1520–1540
- ›Puisqu'ainsi est · c.1520–1540
- ›Secourez moy · c.1520–1540
- ›Tant que vivray · c.1520–1540
- ›Vous perdez temps · c.1520–1540
