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Fontaine de Beaune-Semblançay — architecture utilitaire à Tours (37), monument historique (Classé MH)

Monument

Fontaine de Beaune-Semblançay

v. 1515-1525·Architecture utilitaire·Tours (37)·Classé MH

Contes, légendes & anecdotes

Jacques de Beaune de Semblançay fut pendu le 12 août 1527 en place de Grève à Paris, à 70 ans passés. Il était le financier le plus puissant de France — surintendant des finances, organisateur des campagnes d'Italie, prêteur des rois. François Ier lui devait des sommes considérables. Pour ne pas rembourser, le roi le fit accuser de malversations. Le procès fut inique, le verdict prévisible. Clément Marot, poète de la cour, écrivit pour lui une épitaphe amère : 'Plus vif que ceux qui l'ont fait mourir.' La fontaine de Tours, que Semblançay ne vit jamais achevée pour certains historiens, est son seul monument survivant. L'argent passe. La pierre reste.

Histoire

La Fontaine de Beaune-Semblançay est l'un des monuments Renaissance les plus élégants de Tours — et l'un des plus méconnus, caché dans une ruelle du centre historique. Érigée vers 1515-1525 pour embellir le jardin de l'hôtel de Semblançay (le palais du surintendant des finances Jacques de Beaune de Semblançay), elle présente une colonne corinthienne en calcaire de Tours surmontée d'un baldaquin sculpté, posée sur un socle carré orné de bas-reliefs. Les bas-reliefs du socle représentent des figures allégoriques en haut-relief — des Victoires, des Renommées, des génies — d'une qualité sculpturale qui suggère un atelier ayant peut-être travaillé sur les tombeaux royaux de Saint-Denis. La fontaine était le centre décoratif du jardin de Semblançay — un jardin de plaisance Renaissance dans lequel le surintendant des finances recevait le roi et sa cour lors de leurs passages à Tours.

À voir

Récit incarné

Ruelle longeant la mairie de Tours, derrière la cathédrale. La fontaine de Beaune-Semblançay est là — posée contre un mur, dans un espace public discret. Une colonne corinthienne cannelée sur un socle carré, surmontée d'un baldaquin ajouré. Autour de la colonne, un bassin circulaire en pierre calcaire — aujourd'hui sans eau.

C'est l'une des plus belles fontaines Renaissance de France — et l'une des moins connues. Pas de queue de touristes, pas de barrière, pas de panneau voyant. Juste la fontaine et vous. Et, si vous regardez bien, les bas-reliefs du socle.

Approchez-vous. Les figures en haut-relief sont d'une finesse étonnante pour une fontaine de jardin. Des Victoires aux ailes déployées, des Renommées soufflant dans leur trompette, des génies portant des guirlandes. Ce vocabulaire allégorique — les mêmes figures qui ornent les tombeaux royaux de Saint-Denis — dit que Semblançay voulait une fontaine royale dans son jardin. Une façon d'affirmer sa dignité : le financier du roi traite son jardin comme un jardin de roi.

Lecture architecturale

La Fontaine de Beaune-Semblançay est un monolithe en tuffeau de Tours (calcaire tendre blanc-crème des carrières tourangelles). La colonne corinthienne est cannelée — ses sillons verticaux capturent la lumière et donnent du mouvement au fût. Le chapiteau à feuilles d'acanthe est d'une exécution soignée. Le baldaquin — petite architecture circulaire ajourée — qui surmonte le chapiteau est le morceau le plus élaboré : ses colonnettes, ses arcs, ses nervures imitent l'architecture des ciboires liturgiques. Le socle carré est orné de bas-reliefs sur trois faces — figures allégoriques en haut-relief d'une grande qualité.

Symboles à observer

1. Les Victoires ailées : dans les bas-reliefs du socle, des figures féminines ailées portant des couronnes de laurier ou des palmes. Ce sont les Victoires romaines — les 'Nikè' de la tradition antique. Semblançay se plaçait sous le signe de la victoire.

2. Le chapiteau corinthien : les feuilles d'acanthe du chapiteau. Cherchez l'hélice centrale — la petite volute qui surgit entre les feuilles du chapiteau corinthien. C'est l'élément le plus difficile à sculpter correctement.

3. Le baldaquin : la petite architecture qui surmonte la colonne. Ses arcs nervurés imitent les baldaquins des autels et des tabernacles — Semblançay sacralise sa fontaine.

4. Le bassin circulaire : le bassin en pierre calcaire, aujourd'hui sans eau. Imaginez-le avec l'eau qui débordait de la colonne — la fontaine jouant, le jardin vivant autour.

Anecdote mémorable

François Ier, qui avait ruiné Semblançay en le faisant pendre pour récupérer ses dettes, avait une conscience. Ou peut-être pas — mais en tout cas, il conserva la fontaine du jardin de Semblançay telle quelle, sans la faire détruire. Peut-être parce qu'elle était trop belle. Peut-être parce qu'il était gêné. La fontaine que le surintendant avait fait construire pour recevoir le roi en beauté était maintenant propriété du roi qui l'avait fait pendre. L'ironie de l'histoire.

Contexte historique dense

Jacques de Beaune de Semblançay (v.1457-1527) incarnait le type du grand financier de la Renaissance française — un homme sorti de la bourgeoisie marchande tourangelle qui avait fait sa carrière dans la finance royale, devenant surintendant des finances de Louis XII puis de François Ier. Sa fortune était immense — il possédait des hôtels à Tours, à Paris, des terres dans toute la région. Son jardin à Tours, avec sa fontaine Renaissance, était un lieu de réception royal — il y recevait François Ier lors des passages de la cour dans la vallée de la Loire.

Échos artistiques

Musique : Tant que vivrayde Claudin de Sermisy (1528) — la chanson la plus populaire de la cour de François Ier, contemporaine de la construction de la fontaine. Peinture :Portrait de François Ier de Jean Clouet (Louvre, v.1527) — le roi qui fit pendre le commanditaire de la fontaine. Sculpture : les tombeaux royaux de Saint-Denis (Jean Juste, 1516-1531) — la famille stylistique des bas-reliefs de la fontaine.

Pour aller plus loin

  • Cloître de la Psalette (Tours) — à 100 mètres, le cloître Renaissance de la cathédrale.
  • Hôtel Goüin (Tours) — la maison Renaissance la plus ornée de Tours.
  • Château d'Amboise (20 km) — la résidence royale de la Loire.

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Ce moys de may
Clément Janequin · c.1520–1558

Fontaine de Beaune-Semblançay (v.1515-1525) à Tours, commandée par Jacques de Beaune-Semblançay, surintendant des finances de François Ier : Janequin, musicien ligérien, compose Ce moys de may avec la légèreté printanière de Tours. La fontaine et la chanson partagent l'atmosphère de la Renaissance ligérienne.

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