HitsMap
Hôtel de Ville de Beaugency — architecture civile à Beaugency (45), monument historique (Classé MH)

Monument

Hôtel de Ville de Beaugency

1526·Architecture civile·Beaugency (45)·Classé MH

Contes, légendes & anecdotes

En 1152, le concile de Beaugency annula le mariage entre Louis VII de France et Aliénor d'Aquitaine — pour cause de consanguinité. Aliénor, libre, épousa deux mois plus tard Henri Plantagenêt, futur Henri II d'Angleterre. Ce mariage apporta à l'Angleterre la Guyenne, le Poitou, la Saintonge — des provinces françaises que les Anglais conservèrent pendant trois siècles. La Guerre de Cent Ans est née, au moins en partie, de ce divorce prononcé à Beaugency. L'hôtel de ville de 1526 est bâti sur la mémoire de cette décision — 374 ans plus tôt. La ville qui avait accueilli ce concile capital voulait une mairie à la hauteur de sa mémoire.

Histoire

L'hôtel de ville de Beaugency est l'un des premiers hôtels de ville Renaissance de France et l'un des plus délicatement proportionnés. Construit en 1526 — onze ans seulement après Marignan, en plein essor de la Renaissance française — pour la petite ville ligérienne de Beaugency, dont le pont traversant la Loire était d'une importance stratégique depuis le Moyen Âge (Jeanne d'Arc y passa en 1429), il illustre la diffusion précoce du nouveau style dans les villes moyennes de la Loire. L'édifice présente une façade de tuffeau articulée sur deux niveaux : un rez-de-chaussée à arcades en plein cintre (ouvert sur la rue comme une loggia), un premier étage à fenêtres à meneaux encadrées de pilastres. La tour d'escalier hexagonale, en hors-œuvre, est surmontée d'un toit en ardoise à l'impériale. La conception générale révèle la connaissance, par les bâtisseurs de Beaugency, des expériences en cours au château de Blois (aile François Ier, 1515-1524) et à Chambord (chantier ouvert en 1519). C'est la Renaissance du roi, vue de la petite ville.

À voir

Récit incarné

Beaugency, petite ville de la Loire, à 25 kilomètres d'Orléans. La rue principale descend vers le pont médiéval sur la Loire — l'un des plus anciens de France encore debout (XIe siècle). Sur la place du Docteur-Hyvernaud, l'hôtel de ville de 1526 s'ouvre sur la rue par sa loggia à arcades. C'est une mairie humaine — pas intimidante comme les grandes mairies des capitales, mais élégante et accueillante. Une Renaissance à l'échelle humaine.

La loggia du rez-de-chaussée — galerie couverte ouverte sur la place — servait autrefois de lieu d'assemblée. Les marchands s'y retrouvaient par temps de pluie, les magistrats y rendaient leurs décisions de façon publique. C'est une architecture de transparence et d'accessibilité : la ville ouvre ses portes au peuple, physiquement, par ces arcades.

Montez à l'étage. Les fenêtres à meneaux donnent sur la place et sur le fleuve. La Loire est là, à 200 mètres — ce fleuve tranquille qui a tout vu, les armées de Jeanne d'Arc, les carrosses des rois, les marchands de vin.

Lecture architecturale

L'hôtel de ville de Beaugency présente la composition bipartite classique de l'hôtel de ville Renaissance : un rez-de-chaussée ouvert (loggia à arcades semi-circulaires) et un premier étage fermé à fenêtres à meneaux. Cette composition — loggia + chambre — est héritée des loges italiennes médiévales (Loggia dei Lanzi à Florence, palais ducal d'Urbin). Les Français l'adaptèrent au XVIe siècle pour leurs hôtels de ville et hôtels particuliers. Les pilastres du premier étage sont d'ordre ionique simplifié. La tour hexagonale d'escalier, en hors-œuvre, est couverte d'un toit à pans en ardoise bleue — la couleur des toits de Loire.

Symboles à observer

1. Les arcades du rez-de-chaussée : trois arcades en plein cintre. La clef centrale de chaque arcade est ornée d'un mascaron différent. Cherchez le mascaron central — le plus grand, avec sa barbe stylisée.

2. Les pilastres ioniques : au premier étage, des pilastres plats à chapiteaux ioniques encadrent les fenêtres. Les chapiteaux ont des volutes en spirale — le signe distinctif de l'ordre ionique.

3. La tour hexagonale : six pans, six faces. L'hexagone était au XVIe siècle une forme géométrique chargée de symbolisme — la perfection de la ruche, la solidité de la forteresse. À Chambord, les escaliers sont circulaires (la perfection du cercle). À Beaugency, l'escalier est hexagonal — la perfection de la raison commune.

4. La Loire : depuis les fenêtres de l'hôtel de ville, regardez le fleuve. C'est la Loire qui explique tout — la prospérité des villes de la Loire, la présence des rois dans la région, la disponibilité du tuffeau et de l'ardoise. L'architecture de la Renaissance ligérienne est fille du fleuve.

Anecdote mémorable

Jeanne d'Arc traversa Beaugency le 16 juin 1429 — après sa victoire à Patay. Elle avait levé le siège d'Orléans en mai, battu les Anglais à Jaumeville, et se dirigeait maintenant vers Reims pour le sacre de Charles VII. Elle traversa le pont de Beaugency, salua les habitants, passa la nuit dans la ville. Quatre-vingt-dix-sept ans plus tard, les habitants de Beaugency construisaient leur hôtel de ville. Ils portaient encore la mémoire de la Pucelle qui avait traversé leur pont.

Contexte historique dense

Beaugency en 1526 était une ville de taille modeste (peut-être 3 000 habitants) mais d'une importance stratégique ancienne : son pont sur la Loire en faisait un nœud de circulation entre le nord et le sud de la France. La décision de construire un hôtel de ville Renaissance en 1526 — la même année que la construction de la Fontaine de Beaune-Semblançay à Tours — témoigne de la diffusion rapide du nouveau style dans les villes ligériennes, sous l'impulsion de la cour royale itinérante de François Ier.

Échos artistiques

Musique : J'attends secoursde Claudin de Sermisy (v.1520) — une chanson de la cour de François Ier, contemporaine de la construction. Peinture : les tableaux de Léonard de Vinci à Amboise (Sainte Anne, La Joconde) — le maître que François Ier avait fait venir à 50 km de Beaugency. Architecture : l'hôtel de ville de La Rochelle (1595) — le descendant de cette tradition des hôtels de ville à loggia Renaissance.

Pour aller plus loin

  • Pont médiéval de Beaugency (XIe siècle) — l'un des plus anciens de France sur la Loire.
  • Château de Chambord (45 km) — le chef-d'œuvre royal de la Renaissance ligérienne.
  • Hôtel de ville d'Orléans (25 km) — une autre mairie Renaissance du Val de Loire.

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Ce moys de may
Clément Janequin · c.1520–1558

Hôtel de Ville de Beaugency (1526), sur les bords de la Loire : Janequin, poète chansonnier de la Loire, compose Ce moys de may, chanson printanière qui évoque exactement le paysage ligérien des bords du fleuve et la fête civique des villes de la Loire.

Lire l'explication complète de l'œuvre →