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Portrait d'Adrian Willaert, peintre non identifié.

Adrian Willaert, maître de chapelle de Saint-Marc de Venise — portrait daté de 1527, année de sa nomination

Illustre

Adrian Willaert

Compositeur

1490-1562·Compositeur·musique

Contributions & œuvres

Adrian Willaert est le pont vivant entre la Flandre et Venise, l'homme par qui le contrepoint du Nord devient l'école vénitienne. Né vers 1490 à Rumbeke, près de Roulers en Flandre, il part étudier le droit à Paris — mais y rencontre Jean Mouton, musicien de la chapelle royale et disciple de Josquin, et abandonne les lois pour la musique. De Josquin, par Mouton, Willaert hérite en droite ligne la grande tradition franco-flamande. Après un séjour romain, il est nommé le 12 décembre 1527 maître de chapelle de Saint-Marc de Venise : il occupera ce poste, le plus convoité d'Italie, pendant trente-cinq ans, jusqu'à sa mort. Là, il refonde tout. Willaert transforme la chapelle ducale en foyer de la modernité européenne et forme une génération entière — Cipriano de Rore, Andrea Gabrieli, le théoricien Gioseffo Zarlino, Nicola Vicentino. Il systématise les cori spezzati, ces chœurs séparés qui se répondent d'une tribune à l'autre de Saint-Marc, exploitant l'architecture de la basilique pour inventer la polychoralité — germe de tout le splendide baroque vénitien à venir. Son recueil Musica nova, publié en 1559, réunit motets et madrigaux d'une profondeur nouvelle, où la musique épouse enfin le sens et la syntaxe du texte. Willaert est aussi un grand pédagogue : par Zarlino, ses principes deviendront la grammaire de la composition pour deux siècles. La part d'ombre est celle du fondateur discret — sa musique, exigeante et savante, séduit moins immédiatement que celle de ses élèves ; on célèbre le maître à travers eux, et son nom, capital pour les musiciens, reste moins connu du grand public que ceux de Gabrieli ou de Monteverdi, ses lointains héritiers. Il n'en est pas moins la clé de voûte de toute la filiation.

Anecdote mémorable

Le jeune Willaert, arrivé à Rome, entendit un jour la chapelle pontificale chanter un motet — Verbum bonum et suave — qu'il reconnut aussitôt : c'était le sien. Mais les chantres refusèrent de le croire, persuadés que l'œuvre était de Josquin, autrement plus célèbre. Piqué, Willaert dut se battre pour qu'on lui rendît sa paternité. L'anecdote, rapportée par son élève Zarlino, dit tout d'une époque : la gloire de Josquin était telle qu'on lui attribuait spontanément tout chef-d'œuvre — et tout ce qu'un cadet pouvait espérer, c'était qu'on le prît pour lui. @@AVERIFIER

Influences reçues

Jean Mouton ; Josquin des Prez ; école franco-flamande

Influences exercées

Cipriano de Rore ; Andrea Gabrieli ; Gioseffo Zarlino ; Nicola Vicentino ; Giovanni Gabrieli ; Claudio Monteverdi ; école vénitienne ; polychoralité (cori spezzati)

Importance historique

Willaert est l'un des deux pivots de la Route des polyphonistes. Il ferme la lignée Josquin-Mouton dont il est l'héritier, et il ouvre la lignée vénitienne — Rore, les Gabrieli, Monteverdi — qui mènera au baroque. Sans lui, la démonstration n'a pas de charnière : c'est en lui que le contrepoint franco-flamand se fait polychoralité italienne. Fondateur de l'école vénitienne, maître de Saint-Marc pendant trente-cinq ans, il est le point exact où le Nord et le Sud se rejoignent et changent la face de la musique.

Le courant : l’École franco-flamande

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