Contes, légendes & anecdotes
La devise de Jeanne de Balsac — gravée sur la corniche de la cour d'honneur — est l'une des plus émouvantes de la Renaissance française : Plus d'espoir(en occitan : 'Plus d'espoir'). Elle avait fait construire ce château en attendant le retour de son fils Robert de Montal, parti guerroyer en Italie pour François Ier. Les années passèrent. Robert ne revint pas — il mourut en Italie. Quand Jeanne apprit la nouvelle, elle fit murer les fenêtres côté vue qui donnaient sur la route d'Italie — celles qu'elle avait ouvertes pour guetter le retour de son fils.Plus d'espoir. La mère qui n'attendrait plus jamais. Les fenêtres murées sont encore visibles.
Histoire
Le château de Montal, bien qu'il porte le nom de 'château', est en réalité une résidence civile noble sans fonction défensive — l'un des premiers exemples de demeure de plaisance Renaissance en région Quercy. Construit entre 1523 et 1534 pour Jeanne de Balsac d'Entraygues, veuve de Amaury de Montal, il est d'une cohérence stylistique et d'une qualité sculpturale absolument remarquables pour une province aussi éloignée des centres de la Renaissance française. Jeanne de Balsac fit venir des sculpteurs qui avaient travaillé sur les chantiers de la Loire pour décorer les façades et l'escalier intérieur. La frise sculptée qui court au premier étage des façades est parmi les plus belles de la Renaissance française : bucranes, rinceaux, médaillons, cartouches, personnages en haut-relief, le tout dans un calcaire du Quercy d'une finesse remarquable. Le château est aujourd'hui propriété de l'État et géré par le Centre des Monuments Nationaux.
À voir
Récit incarné
Saint-Céré, Lot. Une route de campagne qui monte vers les causses du Quercy. La tour du château de Montal apparaît soudainement, coiffée d'un chapeau de pierre — une silhouette inattendue dans ce paysage de chênes verts et de calcaire blanc. Vous descendez de voiture. La cour d'honneur s'ouvre.
C'est la première fois que vous voyez un château Renaissance dans le Quercy, et vous ne vous y attendiez pas. Ici, dans cette campagne reculée du Lot, une veuve a fait construire en 1523-1534 un édifice dont la qualité sculpturale rivalise avec les grandes résidences royales de la Loire. Elle a fait venir de Tours ou d'Amboise des sculpteurs qui connaissaient les ordres antiques, les rinceaux d'acanthe, les médaillons à profils. Et ils ont taillé dans le calcaire blanc du Quercy une frise qui n'a rien à envier aux meilleures œuvres de leur époque.
Regardez la frise du premier étage : des bucranes (têtes de bœufs ornées de bandelettes et de fleurs), des rinceaux végétaux, des médaillons avec des portraits en haut-relief. Ces portraits — Jeanne de Balsac, ses enfants, peut-être quelques serviteurs de confiance — sont représentés avec une intimité et une précision qui font que l'on croit les reconnaître. Ce sont des vrais gens, sculptés dans la pierre du Quercy pour être regardés de la cour de leur maison.
Lecture architecturale
Le château de Montal est construit sur un plan en L, avec deux corps de bâtiments formant une cour d'honneur ouverte côté village. Les façades intérieures (sur cour) sont les plus ornées. La frise sculpturale du premier étage est continue — elle court sans interruption sur toute la longueur des deux corps de logis, des dizaines de mètres de bas-relief d'une qualité exceptionnelle. L'escalier intérieur à vis, dans une cage carrée, est l'autre morceau de bravoure de l'édifice : ses voûtes en cul-de-four décorées de caissons sculptés auraient fait honneur à n'importe quel château royal.
Symboles à observer
1. La devise Plus d'espoir: gravée sur la corniche de la cour, en lettres capitales. C'est la voix de Jeanne de Balsac après la mort de son fils en Italie. Cherchez la corniche au-dessus du premier niveau de la façade principale.2. Les fenêtres murées: côté est (la façade qui donne vers la route d'Italie), certaines fenêtres ont été murées après la mort du fils. Cherchez les contours des fenêtres aveugles dans la maçonnerie.3. Les portraits de la frise: dans les médaillons circulaires de la frise, des portraits en haut-relief. Tentez d'identifier des ressemblances entre les différents médaillons — certains portraits reviennent dans plusieurs endroits.4. Les bucranes : les têtes de bœufs ornées de bandelettes et de guirlandes sont un motif funèbre romain — rappel de la mort, des sacrifices, de la fragilité de la vie. Peut-être la conscience du deuil de Jeanne de Balsac s'est-elle exprimée dans ce choix iconographique.
Anecdote mémorable
Lors de la Révolution, le château de Montal fut vendu comme bien national. Ses sculptures — la frise, les portraits, les chapiteaux — furent démontées et vendues pierre à pierre à des marchands d'antiquités, qui les dispersèrent dans les musées d'Europe et d'Amérique. Il fallut attendre 1879-1908 pour qu'un mécène, Maurice Fenaille, rachète un à un les fragments dispersés aux quatre coins du monde, les rapporte à Montal et les remonte à leur place d'origine. Une pierre vendue à un musée de Berlin. Une autre à un collectionneur londonien. Une autre encore à un musée de Boston. Toutes retrouvèrent Montal grâce à un homme et à sa fortune.
Contexte historique dense
Jeanne de Balsac d'Entraygues appartenait à la noblesse du Rouergue et du Quercy — une noblesse provinciale dont les membres servaient souvent dans les armées royales en Italie. Son fils Robert de Montal fut l'un de ces nobles français qui tombèrent lors des campagnes italiennes de François Ier (1515-1547). La construction du château (1523-1534) coïncide avec les grandes campagnes d'Italie — Marignan (1515), Pavie (1525). Le château fut construit pendant la captivité de François Ier à Madrid (1525-1526) et sa reconstruction politique post-Pavie.
Échos artistiques
Musique : Hélas mon Dieude Claudin de Sermisy (v.1530) — une lamentation polyphonique contemporaine de la douleur de Jeanne de Balsac. Peinture :Le Chevalier, la Mort et le Diable d'Albrecht Dürer (gravure, 1513) — l'image du chevalier parti guerroyer, peut-être le Robert de Montal que sa mère attendait. Architecture : le château d'Assier (Lot, 1526-1535) — construit au même moment dans le même département par un autre noble quercinois revenu d'Italie.
Pour aller plus loin
- Château d'Assier (46, 25 km) — château Renaissance du Quercy, contemporain de Montal, CMN.
- Grotte de Pech Merle (Cabrerets, 30 km) — les peintures préhistoriques du Lot.
- Rocamadour (30 km) — le site de pèlerinage médiéval le plus célèbre du Quercy.

