
Cipriano de Rore, miniature de Hans Mielich, 1559 — le cartouche le nomme « Cyprianus de Rore musicus ».
Contributions & œuvres
Cipriano de Rore est le grand madrigaliste franco-flamand, l'homme qui fit du madrigal italien un théâtre des passions. Né vers 1515-1516 à Renaix (Ronse), à la frontière des langues en Flandre, il passe presque toute sa vie en Italie. Proche de Willaert à Venise, il entre vers 1546 au service du duc Hercule II d'Este à Ferrare, la cour la plus raffinée de la péninsule, comme maître des chanteurs. C'est là qu'il donne sa mesure. Rore prend le madrigal, genre encore léger, et en fait un art grave et expressif : il ose la chromatique, plie le contrepoint au sens de chaque mot, fait éclater la douleur ou l'extase sur une syllabe. Ses livres de madrigaux, à quatre et cinq voix, sont un choc pour ses contemporains — Monteverdi le revendiquera comme le père de la seconda prattica, cette seconde manière où la musique se fait servante du texte et de l'émotion. Son madrigal Ancor che col partire fut peut-être la pièce profane la plus célèbre du siècle, arrangée et imitée sans fin, et son cycle des Vergine sur Pétrarque dit sa gravité spirituelle. En 1563, il succède enfin à Willaert comme maître de chapelle de Saint-Marc, consécration suprême ; mais, trouvant la charge trop lourde, il retourne dès l'année suivante à son poste de Parme, auprès des Farnèse, où il meurt en 1565, à moins de cinquante ans. La nuance est là, dans cette gloire inquiète : Rore n'a pas su, ou pas voulu, tenir le trône vénitien qu'on lui offrait ; homme du madrigal plus que de l'institution, il a préféré la liberté d'une cour à la gestion d'une basilique. Sa mort précoce l'a privé du rayonnement qu'un Lassus connut au même moment.
Anecdote mémorable
En 1563, Cipriano de Rore obtint ce dont rêvait tout musicien d'Europe : la maîtrise de chapelle de Saint-Marc de Venise, le fauteuil même de Willaert. Il n'y tint qu'un an. Les mille tâches de la basilique — administrer, recruter, régler les cérémonies — pesèrent trop à cet homme du madrigal, et dès 1564 il repartit servir les Farnèse à Parme, où il mourut l'année suivante. Rares sont ceux qui, ayant conquis le sommet, choisissent d'en redescendre pour composer en paix. @@AVERIFIER
Influences reçues
Adrian Willaert ; Josquin des Prez ; école vénitienne ; école franco-flamande
Influences exercées
Claudio Monteverdi ; Andrea Gabrieli ; Luca Marenzio ; seconda prattica ; madrigal italien
Importance historique
Rore est l'un des deux ponts, avec de Monte, entre l'école vénitienne de Willaert et le monde de Monteverdi. En faisant du madrigal l'art de l'expression du texte, il ouvre la voie qui mène droit à la seconda prattica et au premier opéra. Monteverdi le nommait comme son maître fondateur. On s'attache à ce Flamand devenu le plus italien des compositeurs, qui donna aux mots leur pleine charge d'émotion et changea pour toujours la musique profane.
