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Illustre

Agostino Chigi

Financier de la Curie romaine, commanditaire de la Farnesina

1466-1520·Banquier et mécène·Sienne / Rome·banque · mécénat · commerce

Contributions & œuvres

On l'appelait « il Magnifico », et à Rome, au tournant du XVIe siècle, personne ne portait mieux le surnom. Fils d'une famille de banquiers siennois, Agostino Chigi bâtit à Rome la plus grosse fortune privée de son temps. Sa force : les monopoles. Il tient le quasi-monopole européen de l'alun de Tolfa — ce minéral sans lequel les teinturiers ne peuvent fixer les couleurs sur les étoffes —, brasse le sel, le grain, et prête aux princes comme aux papes. Trésorier pontifical, il finance Jules II puis Léon X ; ses avances soutiennent la politique et les guerres de la papauté.

Mais Chigi n'accumule pas seulement : il dépense en prince. Sur la rive droite du Tibre, il fait élever par l'architecte siennois Baldassare Peruzzi une villa suburbaine d'un raffinement inédit — la future Villa Farnesina. Il en confie le décor aux plus grands : Raphaël y peint la Galatée et orchestre la Loggia de Psyché, tandis que Sebastiano del Piombo, le Sodoma et Peruzzi couvrent les autres salles. À Santa Maria del Popolo, il commande à Raphaël le dessin de sa chapelle funéraire, la chapelle Chigi, synthèse audacieuse d'architecture, de mosaïque et de sculpture. Chez lui, l'argent de la banque devient programme artistique : un mécène qui traite les peintres en hôtes et fait de sa maison un manifeste de la Haute Renaissance.

Anecdote mémorable

On raconte qu'au cours de ses banquets sur la rive du Tibre, Chigi faisait jeter dans le fleuve la vaisselle d'or et d'argent après chaque service, pour éblouir ses convives par tant de dédain de la richesse. Le geste était surtout un calcul : des filets tendus sous l'eau, dit-on, permettaient de tout repêcher une fois les invités partis. Théâtre de la prodigalité plus que gaspillage réel — une mise en scène de la magnificence, exactement le genre de faste dont sa légende s'est nourrie. @@AVERIFIER (récit rapporté, à considérer comme tradition plus que fait établi)

Influences reçues

Tradition bancaire siennoise et florentine (modèle des grandes maisons marchandes toscanes) ; culture humaniste de la Rome des papes Jules II et Léon X ; goût antiquisant de la Haute Renaissance romaine.

Influences exercées

Raphaël et son atelier ; Baldassare Peruzzi ; Sebastiano del Piombo ; le Sodoma ; le modèle de la villa suburbaine décorée, dont la Farnesina devient une référence ; le mécénat de banquier comme instrument de prestige.

Importance historique

Agostino Chigi incarne le lien entre l'argent et l'art à la Renaissance : sans le financier, pas la même Rome de Jules II et Léon X, ni certains des chefs-d'œuvre de Raphaël. La Villa Farnesina et la chapelle Chigi comptent parmi les commandes privées les plus ambitieuses de la Haute Renaissance, et fixent durablement le modèle du mécène fastueux. Sa trajectoire éclaire aussi les ressorts moins glorieux de cette splendeur — monopoles, spéculation, alliance étroite avec le pouvoir pontifical. En lui se lisent à la fois la puissance créatrice de l'argent et sa part d'ombre.

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