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Portrait de Claude Goudimel (1514–1572)

✦ Illustre ✦

Claude Goudimel

Harmonisateur des Psaumes de Genève — massacré à la Saint-Barthélemy

v.1514-1572·Compositeur·Besançon (Doubs)·Musique

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« Le psaume est la prière qui chante. »

Contributions & œuvres

Claude Goudimel (né à Besançon vers 1514-1520) a donné au protestantisme francophone sa voix polyphonique. Étudiant à l'université de Paris (attesté en 1542), il travaille d'abord comme correcteur puis associé de l'imprimeur parisien Nicolas Du Chemin, et compose messes, motets et chansons dans le style savant de son temps. Sa conversion à la Réforme (vers 1560) réoriente tout : Goudimel entreprend d'habiller de polyphonie les mélodies du Psautier de Genève, ces airs syllabiques que Calvin voulait simples et chantables par tous. Son audace n'est pas de compliquer, mais de servir : il compose plusieurs recueils de complexité croissante, du plus dépouillé — la mélodie du psaume placée note contre note, à quatre voix, pour le chant en famille — jusqu'à des motets plus ornés. La version complète des 150 psaumes harmonisés à quatre voix paraît en 1564-1565. Ces harmonisations, d'une beauté sobre et lumineuse, assurent au psaume huguenot une diffusion mondiale : on les chante dans les Églises réformées d'Europe pendant deux siècles. La part d'ombre est double. D'abord une légende tenace, longtemps répétée, faisait de Goudimel le maître de Palestrina à Rome : la musicologie a établi que Goudimel n'a jamais séjourné à Rome et n'a pu être son professeur — un mythe forgé au XIXᵉ siècle. Ensuite, et surtout, sa fin fut tragique : pris dans les massacres de la Saint-Barthélemy qui gagnent la province, Goudimel est tué à Lyon fin août 1572 et son corps jeté dans le Rhône. L'homme qui avait mis en musique la prière des réformés mourut pour sa foi.

Anecdote mémorable

Pendant des générations, les manuels ont écrit que le grand Palestrina avait été l'élève de Goudimel dans une « école romaine » qu'il aurait dirigée. La tradition était si solide qu'elle figurait dans les dictionnaires. Or les recherches— notamment de F. X. Haberl— ont montré que Goudimel ne mit jamais les pieds à Rome: Palestrina y fut formé par d'autres maîtres. Belle leçon d'histoire, où la gloire posthume d'un homme s'était bâtie sur un compagnonnage imaginaire.

Influences reçues

Polyphonie franco-flamande ; Josquin des Prez (modèle) ; milieu de l'imprimerie musicale parisienne (Nicolas Du Chemin)

Influences exercées

Psautier huguenot harmonisé ; Claude Le Jeune ; Paschal de L'Estocart ; hymnodie réformée européenne

Importance historique

Goudimel compte parce qu'il a transformé un chant de combat en patrimoine universel. Sans ses harmonisations, le psaume huguenot n'aurait pas eu la beauté musicale qui assura sa survie et sa diffusion mondiale, du temple genevois aux Églises réformées d'Amérique. On s'attache à lui aussi pour sa trajectoire bouleversante : un musicien devenu martyr, dont l'œuvre paisible contraste avec la violence de sa mort, et que l'on continue de chanter là où l'on chante les psaumes.

Le courant : l’École franco-flamande

Œuvres (19)

Monuments associés (5)

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