Contes, légendes & anecdotes
Léonard de Vinci mourut le 2 mai 1519 au château du Clos-Lucé, à 30 kilomètres de Tours. Ses obsèques eurent lieu en grandes pompes à l'église Saint-Florentin d'Amboise. Mais ses cartons de dessins, ses manuscrits, ses instruments — tout ce que François Ier avait acheté ou reçu en héritage — furent transportés à Tours pour y être conservés. Les chanoines de la Psalette, qui voyaient passer ces caisses mystérieuses, savaient-ils ce qu'elles contenaient ? Des études, des calculs, des rêves de machines. La quintessence d'un génie, entre les mains d'un roi qui ne comprenait peut-être pas tout ce qu'il possédait.
Histoire
Le cloître de la Psalette — du latin psallere, 'chanter les psaumes' — est le cloître canonial de la cathédrale Saint-Gatien de Tours. Construit entre 1508 et 1524 pour abriter les chanoines de la cathédrale (les clercs responsables de l'office liturgique quotidien), il est l'un des exemples les plus précoces et les plus raffinés de la Renaissance dans le Val de Loire. Il se compose de trois galeries à arcades semi-circulaires portées par des colonnes à chapiteaux composites (mélangeant les ordres ionique et corinthien), entourant un jardin intérieur. L'escalier en vis hors-œuvre, dans sa tourelle octogonale, est un chef-d'œuvre de la stéréotomie tourangelle — l'art de la taille de pierre en volume complexe. La bibliothèque du chapitre, qui occupait une aile du cloître, conservait des manuscrits médiévaux aujourd'hui dispersés dans les bibliothèques publiques. Le cloître est accessible depuis la cathédrale Saint-Gatien, dont il constitue la dépendance la plus élégante.
À voir
Récit incarné
Derière la cathédrale Saint-Gatien de Tours, un portail discret. Une inscription : Cloître de la Psalette. Entrez. Vous quittez le tumulte touristique de la ville pour entrer dans un monde de pierre blanche et de silence vert. Trois galeries à arcades semi-circulaires entourent un jardin intérieur — quelques ifs taillés, un puits, la lumière dorée d'un après-midi de Loire.
Les colonnes sont en tuffeau, la pierre légère et poreuse du Val de Loire — cette pierre blanche que François Ier aimait pour sa facilité à tailler et son éclat calcaire. Les chapiteaux sont composites : des volutes ioniques mêlées à des feuilles d'acanthe corinthiennes, comme si le tailleur de pierre avait décidé d'inventer son propre ordre. C'est la Renaissance en train de se chercher — audacieuse, libre, pas encore académique.
Dans l'angle de la galerie nord, une tourelle octogonale abrite un escalier en vis. Montez-y : les marches en colimaçon sont sculptées d'un seul bloc, sans jointure visible. L'escalier 'suspendu' — sans axe central — crée l'illusion d'une rampe flottante dans l'air. C'est la virtuosité des tailleurs de pierre tourangeaux, qui avaient fait de leur art une performance.
Lecture architecturale
Le cloître de la Psalette se compose de trois galeries à arcades (la quatrième, côté cathédrale, est fermée par un mur). Les arcades sont semi-circulaires, portées par des colonnes à fûts lisses et à chapiteaux composites. L'entablement continu au-dessus des arcades présente une frise sculptée de rinceaux végétaux. Le sol de carrelage d'origine, partiellement conservé, est en tommettes hexagonales de terre cuite — typiques de la fabrication tourangelle. L'escalier en tourelle octogonale est le morceau de bravoure technique du cloître : son noyau évidé crée une spirale 'suspendue' que les maîtres maçons tourangeaux appelaient vis de Saint-Gilles.
Symboles à observer
1. Les chapiteaux composites : aucun chapiteau n'est tout à fait identique. Cherchez celui qui mêle des dauphins (référence au dauphin de France, héritier du trône) avec des feuilles d'acanthe. Les dauphins dans les chapiteaux d'un cloître canonial — est-ce une allusion au Dauphin ou un jeu décoratif ?
2. La vis de Saint-Gilles : dans la tourelle octogonale, l'escalier en vis sans noyau central. Regardez depuis le bas : les marches semblent flotter dans l'air, spirale suspendue d'un art architectural qui défie la gravité apparente.
3. Les rinceaux de la frise : au-dessus des arcades, une frise sculptée de rinceaux végétaux — arabesques de feuillages qui serpentent d'un bout à l'autre de la galerie. C'est la grotesque italienne, adaptée par les ateliers tourangeaux.
4. La porte de la bibliothèque : dans la galerie est, une porte en tuffeau sculpté donnait accès à la bibliothèque du chapitre. Le linteau ornemental est l'un des plus élaborés du cloître.
Anecdote mémorable
François Ier (roi de 1515 à 1547) avait son château d'Amboise à 30 km de Tours. Il faisait régulièrement la route entre ses résidences de la Loire — Amboise, Blois, Chambord — et passait parfois par Tours. Les chanoines de la Psalette, dont le cloître était en construction (1508-1524), virent peut-être le jeune roi s'arrêter pour regarder leurs travaux. François Ier n'était pas un passif spectateur de l'architecture — il intervenait, corrigeait, demandait des changements. C'était l'époque où un roi considérait l'architecture comme une compétence royale, au même titre que l'équitation ou la chasse.
Contexte historique dense
Le chapitre cathédral de Tours était l'une des institutions ecclésiastiques les plus riches du Val de Loire. Ses chanoines — des clercs souvent issus de familles nobles ou bourgeoises, titulaires de prébendes (revenus attachés à leur office) — avaient les moyens de construire un cloître de cette qualité. La construction (1508-1524) coïncide avec le règne de Louis XII puis les débuts de François Ier — les premières décennies de la Renaissance en Val de Loire, quand les châteaux royaux d'Amboise et de Blois se transforment en laboratoires de la Renaissance française.
Échos artistiques
Musique : les psaumes du Psautier de Genève(Claude Goudimel, 1565) — les mêmes textes que les chanoines de la Psalette chantaient, mis en musique une génération plus tard dans le contexte protestant. Peinture :La Vierge aux rochers de Léonard de Vinci (Louvre, 1483-1486) — le maître qui vivait à 30 km du cloître, dont les dessins dormaient dans les caisses royales de Tours. Architecture : le château de Chenonceau (Indre-et-Loire, 1513-1521) — contemporain du cloître, même tuffeau, même esprit tourangeau.
Pour aller plus loin
- Cathédrale Saint-Gatien de Tours — attenante, ses vitraux du XVe-XVIe siècle.
- Château de Villandry (37 km, Indre-et-Loire) — le jardin Renaissance le plus complet de France.
- Hôtel Goüin (Tours) — hôtel particulier de la Renaissance tourangelle, avec sa façade flamboyante.



