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Illustre

Giuliano della Rovere, dit Jules II

Pape de 1503 à 1513, commanditaire de Saint-Pierre, de la Sixtine et des Chambres de Raphaël

1443-1513·Pape·Albisola / Savone (Ligurie)·mécénat · religion · politique

Contributions & œuvres

Aucun homme n'a jamais commandé autant d'art d'un seul coup. Élu pape en 1503, Giuliano della Rovere transforme sa terribilità — cette énergie impérieuse qui terrifie ses contemporains — en un chantier sans équivalent dans l'histoire. Il ose l'inconcevable : raser la vénérable basilique constantinienne de Saint-Pierre pour la rebâtir plus grande, et confie le projet à Bramante. La première pierre est posée en 1506. Dans le même élan, il enferme Michel-Ange sous la voûte de la chapelle Sixtine (1508-1512), lui arrachant de force les neuf cents mètres carrés de fresques les plus célèbres du monde, puis lui commande son propre tombeau colossal, chantier tourmenté d'où surgira le Moïse. À Raphaël, encore inconnu, il ouvre ses appartements privés : les Chambres du Vatican, dont l'École d'Athènes, naissent de sa confiance. Jules II est aussi le fondateur des collections d'antiques du Vatican : dès la découverte du Laocoon en 1506, il l'acquiert et l'installe dans la cour du Belvédère, aux côtés de l'Apollon — geste qui invente le musée pontifical. En dix ans, il concentre autour de lui Bramante, Michel-Ange et Raphaël, imposant une ambition d'échelle qui définit toute la Haute Renaissance romaine. Là où d'autres papes accumulaient des œuvres, lui commande un décor total, pensé comme l'affirmation d'une Rome ressuscitée.

Anecdote mémorable

Le face-à-face avec Michel-Ange est légendaire. L'artiste, rétif, se querelle avec le pape sur l'échafaudage de la Sixtine et fuit un temps Rome. Plus tôt, à Bologne reconquise en 1506, Jules II lui impose de couler une statue de bronze le représentant. Michel-Ange lui aurait demandé s'il fallait un livre dans la main gauche ; le pape répondit @@AVERIFIER (formule exacte) qu'il n'entendait rien aux lettres et voulait plutôt une épée. La statue, dressée sur la façade de San Petronio, sera renversée puis fondue par les Bentivoglio de retour au pouvoir — coulée, dit-on, en pièce d'artillerie.

Influences reçues

Son oncle Sixte IV, bâtisseur de la chapelle Sixtine, dont il hérite le goût du mécénat monumental et le nom des della Rovere. La Rome antique, qu'il rêve de faire renaître. L'exemple des grands commanditaires florentins et l'humanisme ambiant qui place l'Antiquité au sommet.

Influences exercées

Bramante, Michel-Ange et Raphaël, dont il oriente durablement l'œuvre. Léon X et les papes suivants, héritiers du chantier de Saint-Pierre. Toute la Haute Renaissance romaine, dont il fixe l'échelle et l'ambition. Le modèle du musée d'antiques, inauguré au Belvédère.

Importance historique

Jules II est le plus grand commanditaire d'art de l'histoire occidentale. Sans lui, ni la Sixtine de Michel-Ange, ni les Chambres de Raphaël, ni la basilique Saint-Pierre telle que la Renaissance la rêve. Il a su réunir au même moment, au même lieu, les trois plus grands génies de son siècle et leur imposer une démesure à la mesure de sa terribilità. Sa part d'ombre — le « pape guerrier » en cuirasse, menant ses armées pour reconstituer l'État pontifical, au point de scandaliser Érasme — ne se sépare pas de sa grandeur : la même audace qui le jette sur les champs de bataille lui fait rebâtir Rome. Il incarne le pouvoir mis tout entier au service de la création.

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