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Portrait de Clément Janequin (1485–1558)

✦ Illustre ✦

Clément Janequin

Premier grand compositeur de la chanson française polyphonique

v.1485-1558·Compositeur·Châtellerault (Vienne)·Musique

Sur les pas de Clément Janequin — ses œuvres & ses lieux sur la carte →

« La musique est la voix de l'âme sans paroles. »

Contributions & œuvres

Prêtre et chanteur avant d'être maître de chapelle, Clément Janequin (né à Châtellerault vers 1485) a inventé un genre que personne n'avait osé écrire : la chanson descriptive, où la polyphonie ne chante plus seulement l'amour, mais imite le monde. Dans La Guerre — dite La Bataille de Marignan (vers 1515) —, quatre voix se changent en fanfares, galops et fracas d'artillerie : « fan frere le le lan fan », « pon pon pon », les onomatopées deviennent musique et l'auditeur croit entendre la mêlée. Il récidive avec Le Chant des oiseaux, où rossignols, coucous et étourneaux gazouillent en syllabes ; Les Cris de Paris, catalogue des marchands ambulants de la capitale ; La Chasse, Le Caquet des femmes, L'Alouette. Publié en masse par l'imprimeur parisien Pierre Attaingnant, chanté dans toute l'Europe, Janequin devient le compositeur le plus populaire de son siècle : sa chanson est un théâtre miniature, drôle, virtuose, bruyant, qui fait entrer le rire et le vacarme quotidien dans un art jusque-là réservé au sacré et à la courtoisie. Son audace est là : traiter la voix humaine comme un instrument mimétique, transformer la chanson en tableau sonore. La nuance assombrit pourtant ce portrait éclatant. Malgré une gloire européenne, Janequin n'obtint jamais de charge stable ni de vraie fortune. Il ne reçut le titre convoité de « compositeur ordinaire du Roi » qu'en 1555, à soixante-dix ans passés, tout au bout de sa vie. Des documents le disent « povre », endetté ; il finit ses jours à Paris sans bénéfice important, et aucune déploration ne fut composée à sa mort — silence troublant pour un homme dont l'Europe fredonnait les airs.

Anecdote mémorable

La tradition rapporte que Janequin aurait tiré La Bataille de Marignan de la victoire de François Iᵉʳ en 1515, certains récits le disant proche de l'entourage militaire royal (le père de Ronsard, dit-on)— d'où le réalisme saisissant de l'œuvre. Ce qui est sûr, c'est l'effet: dès sa parution chez Attaingnant, la pièce fit fureur, fut arrangée pour luth et pour orgue, imitée dans toute l'Europe, et resta pendant plus d'un siècle le modèle de la « musique de bataille ».

Influences reçues

École polyphonique franco-flamande ; génération de Josquin des Prez ; chanson parisienne d'Attaingnant

Influences exercées

Chanson descriptive et programmatique ; Pierre Certon ; Roland de Lassus ; la « musique de bataille » européenne

Importance historique

On s'attache à Janequin parce qu'il a osé faire entrer la vie — le bruit, le rire, les oiseaux, la rue — dans la musique savante. Ses chansons descriptives restent d'une modernité stupéfiante : quand un ensemble redonne aujourd'hui Le Chant des oiseaux ou La Guerre, le public sourit, reconnaît le gazouillis ou la bataille, et mesure qu'un compositeur de la Renaissance a inventé, cinq siècles avant le cinéma, l'idée d'une musique qui peint. Il incarne aussi le paradoxe touchant du génie populaire mais jamais récompensé.

Le courant : l’École franco-flamande

Œuvres (16)

Monuments associés (5)

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