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Hôtel de Guise (Archives nationales — hôtel de Soubise) — architecture civile à Paris (75), monument historique (Classé MH)

Monument

Hôtel de Guise (Archives nationales — hôtel de Soubise)

1371 (orig.) — remaniements Renaissance 1550-1600·Architecture civile·Paris (75)·Classé MH

Contes, légendes & anecdotes

Henri de Guise dit 'le Balafré' fut assassiné le 23 décembre 1588 au château de Blois, sur ordre d'Henri III. Le lendemain, son frère le cardinal de Guise fut à son tour assassiné. Henri III aurait dit en voyant les corps : 'Maintenant je suis vraiment roi de France.' Mais il ne le fut pas longtemps — il fut lui-même assassiné par le moine Jacques Clément le 1er août 1589. De l'hôtel de Guise à Paris, la nouvelle des assassinats de Blois fut accueillie avec une fureur populaire : des barricades, des émeutes, la menace de lynchage du roi. Paris catholique pleurait ses princes ligueurs. Le roi dut fuir sa capitale.

Histoire

Le site des Archives nationales occupe depuis 1808 l'hôtel de Soubise — mais les murs qui le constituent en partie sont ceux de l'hôtel de Guise, résidence des ducs de Guise à Paris du milieu du XVIe siècle au début du XVIIe. Les Guise — François de Guise (1519-1563), Henri de Guise dit 'le Balafré' (1550-1588) et leurs descendants — étaient les princes catholiques les plus puissants de France, les adversaires des protestants, les organisateurs présumés de la Saint-Barthélemy. Leur hôtel parisien, considérablement remanié dans la seconde moitié du XVIe siècle, intégrait des éléments de décoration Renaissance (galeries, portiques, jardins à la française) qui en faisaient l'un des plus luxueux de Paris. La Grande Salle de la chancellerie, partie des bâtiments médiévaux, date en partie du XIVe siècle. Les Archives nationales conservent les fonds documentaires les plus importants de l'histoire de France — dont les originaux de l'Édit de Nantes (1598) et du traité de Westphalie (1648).

À voir

Récit incarné

Rue des Archives, Paris 3e. Les Archives nationales occupent un ensemble de bâtiments dont les parties les plus anciennes remontent au XIVe siècle. Ce quartier du Marais, avant d'être le Marais tel que nous le connaissons, était au XVIe siècle le fief des Guise — les princes catholiques qui ont voulu régner sur la France et qui ont failli réussir.

Entrée par la rue des Quatre-Fils. La cour intérieure est impressionnante par ses dimensions. Imaginez-y les carrosses des ducs de Guise, les gardes en livrée, les émissaires du pape, les ambassadeurs espagnols — car les Guise entretenaient des relations directes avec Philippe II d'Espagne et le Saint-Siège, par-dessus la tête du roi de France. C'était une politique étrangère parallèle, conduite depuis cet hôtel.

Le Musée des Archives nationales conserve les documents fondateurs de la France. Cherchez la vitrine qui présente l'Édit de Nantes (1598) — le parchemin original, avec le sceau de cire de Henri IV. Ce document, signé à Nantes, fut amené à Paris et conservé ici. Il accorda aux protestants la liberté de conscience pour quatre-vingt-sept ans, avant que Louis XIV ne le révoque en 1685.

Lecture architecturale

L'ensemble des Archives nationales est un palimpseste architectural — des couches successives de XIVe, XVIe et XVIIIe siècles superposées. Les éléments Renaissance (XVIe siècle, époque des Guise) sont visibles dans certaines galeries et la cour intérieure : arcades semi-circulaires, pilastres à chapiteaux, frises sculptées. L'hôtel de Soubise du XVIIIe siècle (bâtiment principal actuel, Germain Boffrand, 1705-1709) a recouvert une grande partie des structures Renaissance.

Symboles à observer

1. Les armes des Guise : dans les clefs de certaines arcades médiévales conservées, cherchez les armes de la Maison de Lorraine-Guise — d'or à la bande de gueules chargée de trois alérions d'argent.

2. L'Édit de Nantes (Musée des Archives) : le parchemin original porte le sceau de cire de Henri IV. C'est un document qui garantissait la paix religieuse de la France. Louis XIV le révoqua en 1685 — 450 000 protestants quittèrent le royaume.

3. Le plan des Archives : cherchez l'orientation des bâtiments — ils s'inscrivent dans la trame médiévale du quartier, orientée nord-sud, non selon l'axe Renaissance est-ouest. La Renaissance n'a pas tout réorganisé — elle a composé avec l'héritage.

Anecdote mémorable

La nuit du 23 au 24 août 1572 — la Saint-Barthélemy — fut planifiée depuis l'hôtel de Guise, selon les historiens. Henri de Guise, fils de François (assassiné par un protestant en 1563), voulait venger son père. L'amiral de Coligny, chef protestant, était la cible principale. Dans la nuit, les arquebusiers de Guise tirèrent les premiers. Puis la folie se propagea. L'hôtel de Guise fut l'un des centres opérationnels de cette nuit. Des milliers de protestants moururent à Paris. Les Guise avaient gagné une bataille et perdu la guerre — Henri III les fit finalement assassiner seize ans plus tard.

Contexte historique dense

Les Guise étaient les chefs de la Ligue catholique — une coalition religieuse et politique qui, dans les années 1570-1590, contrôlait une grande partie de la France et voulait exclure du trône tout prince protestant. Leur puissance reposait sur leurs fiefs lorrains, leurs alliances avec l'Espagne et le Saint-Siège, et leur popularité dans le peuple catholique parisien. Leur hôtel était l'ambassade officieuse de cette politique — une cour parallèle à celle du roi.

Échos artistiques

Musique : les Chansons spirituellesde Claude Goudimel (1565) — le compositeur protestant massacré lors de la Saint-Barthélemy à Lyon. Son sang est lié à cet hôtel autant que ses chansons. Peinture :Le Massacre de la Saint-Barthélemy de François Dubois (v.1572-1584, Lausanne) — le seul tableau contemporain du massacre, peint par un huguenot survivant. Architecture liée : le château de Joinville (Haute-Marne) — résidence principale des Guise.

Pour aller plus loin

  • Musée des Archives nationales (dans le bâtiment) — l'Édit de Nantes, la Déclaration des droits de l'homme, les originaux de l'histoire de France.
  • Hôtel de Clisson (rue des Archives) — portail médiéval de 1380, conservé dans le mur des Archives.
  • Place des Vosges (Paris 4e) — à 500 mètres.

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Las, que me sert
Antoine de Bertrand · c.1550–1585

Hôtel de Guise / de Soubise (remaniements Renaissance 1550-1600) : les Guise sont la grande famille catholique des guerres de religion. Las que me sert de Bertrand, mélancolie de cour, convient à l'hôtel de la famille qui déclencha le massacre de la Saint-Barthélemy.

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