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Comprendre la Renaissance

La Beeldenstorm de 1566 : ce que la fureur iconoclaste a laissé

La Beeldenstorm est la vague iconoclaste qui, en quelques semaines de l'été 1566, vida les églises des Pays-Bas de leurs statues, retables et autels. Partie de Steenvoorde, en Flandre, le 10 août, elle atteint Anvers le 20, Amsterdam le 23, Utrecht le 24, Delft et Leyde le 25. Elle a laissé au pays des églises blanches sans images, une sculpture rare — et quelques rescapés que l'on peut encore voir.

L'été 1566, de Steenvoorde au Nord

Le printemps avait chauffé le pays : prêches calvinistes en plein champ, les hagenpreken, et, en avril, le Compromis des Nobles porté à la gouvernante par des seigneurs dont Philippe de Marnix, pour demander la fin des poursuites contre les hérétiques. Le 10 août, après un prêche près de Steenvoorde, une troupe saccage un couvent voisin. En dix jours, la Flandre est traversée ; Anvers, la plus riche église de l'Europe du Nord, est vidée le 20 août. La vague remonte alors les provinces : Amsterdam le 23, où la Vieille Église est frappée tandis que la Nieuwe Kerk est épargnée ; Utrecht le 24, où la Geertekerk, près des remparts, est l'une des premières touchées avant la cathédrale ; Delft et Leyde le 25 ; puis, en septembre, la Gueldre — l'église d'Elburg perd ses statues et ses peintures sont blanchies — et la Frise. Groningue, tenue par son magistrat, est largement épargnée.

Les casseurs sont peu nombreux : des bandes de quelques dizaines d'hommes, marteaux et cordes, qui abattent les statues, éventrent les retables, brisent les vitraux à portée de main, pendant que le magistrat hésite ou ferme les yeux. La répression suit : le duc d'Albe arrive en 1567, le Conseil des troubles condamne, et en 1568 les comtes d'Egmont et de Hornes sont décapités à Bruxelles. La Révolte commence là.

Deux vagues, pas une

Il faut distinguer la fureur de 1566 et ce qui vint après. La première détruit en quelques heures ; la seconde, méthodique, accompagne le passage des villes à la Réforme entre 1572 et 1594. Quand les Gueux prennent Brielle le 1ᵉʳ avril 1572, ils pillent images et autels de l'église. Amsterdam ne bascule que le 26 mai 1578, l'Alteratie : c'est alors, et non en 1566, que la Nieuwe Kerk perd son mobilier catholique. Zwolle réquisitionne sa Grande Église en décembre 1578, Utrecht passe au culte réformé en 1580, Zutphen en 1591, Groningue en 1594. Cette seconde vague ne brise pas toujours : elle décroche, vend, badigeonne. C'est elle qui donne aux églises néerlandaises leur intérieur blanc — et c'est elle, paradoxalement, qui a conservé des peintures murales sous la chaux.

Ce qui a survécu, et où le voir

Les rescapés tiennent en une liste que l'on peut parcourir.

Les vitraux. Les Verres de Gouda ont traversé 1566 presque intacts ; mieux, la ville protestante a fait achever le cycle entre 1594 et 1603, en remplaçant les donateurs catholiques par des villes et des États.

Les retables. Le Jugement dernier de Lucas de Leyde fut décroché de la Pieterskerk et confié à l'hôtel de ville, comme chef-d'œuvre civique et non comme idole ; il n'a jamais quitté Leyde. Les Sept Œuvres de miséricorde du Maître d'Alkmaar, aujourd'hui au Rijksmuseum, gardent des visages martelés que la restauration a laissés visibles. À Utrecht, capitale de la sculpture sur bois et sur pierre, il ne reste que des fragments de retables et des têtes de pierre retrouvés en fouilles, réunis au Museum Catharijneconvent et au Centraal Museum.

Le mobilier de chœur. À Haarlem, la grille de cuivre, le lutrin au pélican (1499) et les stalles (1512) de la Grote Kerk sont restés en place. À Breda, ville espagnole jusqu'en 1590 et nécropole des Nassau, la Prinsenkapel garde ses voûtes peintes par Vincidor et ses stalles. Les jubés, presque tous abattus comme papistes, survivent à Amersfoort (pierre, v. 1475-1480, portes Renaissance), à Easterein en Frise (bois, daté 1554) et à Krewerd, seul jubé maçonné du pays, sous un orgue de 1531. Les chaires de la Vieille Église de Delft (1548) et de la Grote Kerk de La Haye, attribuée à Colijn de Nole (1550), datent d'avant la tourmente ; à Tiel, douze médaillons sculptés ont été remployés sur une chaire moderne.

Les orgues et les voûtes. La Der Aa-kerk de Groningue conserve un orgue de 1539, la Koorkerk de Middelburg le plus ancien orgue du pays, avec un buffet Renaissance de 1560. Dans les villages des Ommelanden, la chaux protestante a protégé quatre siècles durant les voûtes de Middelstum, peintes d'après Dürer, et les peintures de Loppersum.

Ce que la fureur a fait à l'art

La Beeldenstorm n'a pas seulement détruit : elle a orienté. Trois effets durables.

L'église réformée d'abord. Sans autel ni image, il fallait inventer un bâtiment pour la parole : la Zuiderkerk d'Amsterdam (1603-1611), première église du pays construite comme telle, puis la Noorderkerk à plan centré sur la chaire. Ce blanc devient un sujet de peinture : Pieter Saenredam, en 1628, peint l'intérieur de la Sint-Bavokerk comme une architecture de lumière. Et l'ornement revient, sans idole : le koorhek de Zwolle (1597), chêne et colonnes de cuivre offerts par les guildes.

La sculpture ensuite, devenue rare. Les sculpteurs du Nord font carrière ailleurs — Tetrode à Florence et Rome, Van der Schardt à Nuremberg, Adriaen de Vries à Prague — et Colijn de Nole taille des cheminées d'hôtel de ville. Il faut la République pour relancer le marbre, avec Hendrick de Keyser : le tombeau de Van Heemskerck (1608) et le mausolée de Guillaume d'Orange (1614-1623).

La peinture enfin, qui change de sujets. Les retables de Pieter Aertsen ont brûlé, ses étals de boucher ont survécu : portrait, scène de genre, paysage prennent la place de l'image sainte — c'est le fil de Peindre avant le Siècle d'or. Les catholiques, eux, prient à l'abri des regards, dans des schuilkerken comme celle cachée derrière la façade de la Maison Penninck à Deventer.

Pour aller plus loin

Ce qui précède et suit : Quand commence et finit la Renaissance aux Pays-Bas ? et La Révolte et la naissance de la République. Les églises classées : Églises ; les rescapés en œuvres : Sculptures, Peintures, Musées. Villes à parcourir : Utrecht, Amsterdam, Delft, Leyde ; Gouda et ses vitraux sont sur l'aire Hollande-Méridionale — et le tronc : La Renaissance aux Pays-Bas.