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La Renaissance, ville par ville

Delft à la Renaissance

Delft est la ville où la République est née d'un assassinat : le 10 juillet 1584, Guillaume d'Orange tombe dans l'escalier du Prinsenhof, et la Nieuwe Kerk, faute de Breda, devient le tombeau de sa maison. Trente ans plus tard, Hendrick de Keyser y élève son mausolée (1614-1623) puis, après l'incendie de 1618, l'hôtel de ville. Huit lieux et figures pour parcourir Delft.

Le Markt : l'hôtel de ville face à la Nieuwe Kerk

Commencez sur la place, entre deux monuments qui se regardent. L'Hôtel de ville brûla le 4 mars 1618 ; la ville confia à Hendrick de Keyser, l'architecte-sculpteur d'Amsterdam alors au sommet, le soin de le rebâtir, et il éleva en deux ans une façade symétrique de pierre rouge et grise, rythmée de brique, coiffée de pignons et d'un fronton. Regardez la tour grise qui perce le toit : c'est Het Steen, tour du XIIIᵉ siècle, prison de la cour comtale puis beffroi, que De Keyser enveloppa sans la détruire — Balthasar Gérard, l'assassin du prince, y fut enfermé avant son supplice. En face, la Nieuwe Kerk, gothique, bâtie de 1396 à 1496, dresse une tour de brique de 108,75 mètres, la deuxième des Pays-Bas ; depuis 1584, presque tous les membres de la maison d'Orange-Nassau reposent dans le caveau sous son chœur.

Le mausolée de Guillaume d'Orange

Dans ce chœur s'élève le mausolée de Guillaume d'Orange, commandé en 1614 par les États généraux à De Keyser : l'œuvre la plus célèbre de l'architecte et la sculpture la plus importante de la Renaissance néerlandaise. Sous un baldaquin de marbre noir et blanc repose l'effigie du prince en marbre blanc ; à une extrémité, une statue de bronze le montre assis en habits d'apparat, à l'autre la Renommée s'élance, trompette au vent ; aux quatre angles veillent les Vertus, et à ses pieds gît son petit chien. De Keyser mourut en 1621 ; son fils Pieter acheva l'ensemble en 1623. C'est ici que naît l'iconographie du pouvoir orangiste.

L'Oude Kerk et le Prinsenhof

L'Oude Kerk, le « Scheve Jan », penche sa tour de brique de près de deux mètres sur le canal ; l'édifice, gothique tardif, fut agrandi vers 1520 par Rombout Keldermans. Cherchez la chaire de bois de 1548, posée quand l'église servait encore le culte catholique : les quatre évangélistes autour de Jean-Baptiste, et en bas des diables enchaînés à pattes de bouc — l'un des rares meubles Renaissance d'avant la Révolte conservés à Delft. Après 1572, l'église devient le panthéon de la République maritime : tombeau de l'amiral Piet Hein, gisant de Pieter de Keyser (1629), tombeau de Maarten Tromp. Le Museum Prinsenhof occupe le couvent Sainte-Agathe, repris en 1572 et donné à Guillaume d'Orange comme résidence : dans l'escalier, les impacts des balles de Balthasar Gérard sont conservés derrière une vitre, et la collection réunit portraits et tapisseries du prince, faïence et argenterie civique. Louise de Coligny, sa veuve, y perdit son second mari assassiné après avoir perdu le premier à la Saint-Barthélemy.

Les fils de Delft

Hugo de Groot naît à Delft en 1583 : à onze ans il entre à l'université de Leyde, à quinze il éblouit la cour de France ; Mare Liberum(1609) puisLe Droit de la guerre et de la paix fondent le droit international, et son évasion de Loevestein dans un coffre à livres fait la légende. Willem van Tetrode, né à Delft vers 1525, apprend le bronze chez Cellini à Florence et rapporte au Nord la statuette à l'antique : son [Hercule Pomarius →] est au Rijksmuseum. Ludolph van Ceulen, maître d'escrime et calculateur de π, tint école à Delft avant Leyde.

Avant de partir

Le récit de l'aire — l'université, le prince, le vitrail — est sur la page de la Hollande-Méridionale : Le cœur de la République. Pour comprendre 1584 et ce qui suivit : La Révolte et la naissance de la République ; pour le mausolée et les bronzes : Sculptures. Les autres villes : Leyde, La Haye, Amsterdam — et le tronc : La Renaissance aux Pays-Bas.

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