Devant l'œuvre
Ce bas-relief de la Déposition est considéré comme le sommet de l'art de Jean Goujon en sculpture religieuse. Le Christ descend de la Croix, soutenu par Joseph d'Arimathie et un ange — mais c'est la figure de la Vierge Marie qui emporte tout : elle s'affaisse vers l'avant, les bras ouverts, dans un mouvement de désespoir total qui contraste avec la rigidité verticale de la Croix derrière elle. Goujon capture l'instant de l'effondrement — celui d'après la mort, quand la réalité s'installe.
Symbolisme & lecture iconographique
La Croix vide derrière les personnages est à la fois présence (le rappel de la mort) et absence (le Christ en est descendu). Cette Croix vide est le symbole du passage accompli — de la mort vers la Résurrection qui s'annonce. Goujon place ses personnages entre les deux moments : entre la mort et l'espérance.
Analyse des émotions
La Vierge de Goujon ne pleure pas — du moins, on ne le voit pas. Mais la courbure de son corps entier, l'angle de ses épaules, le relâchement de ses bras expriment quelque chose que les larmes ne pourraient pas dire : l'effondrement total de la force vitale. C'est la représentation de la douleur qui a passé le stade des larmes pour atteindre celui de l'absence.
Secrets & mystères
Ce relief fut probablement commis pour l'église Saint-Germain-l'Auxerrois à Paris (la 'paroisse royale' du Louvre), dont Goujon décorait le jubé vers cette époque. Les circonstances exactes de la commande sont inconnues. Il est remarquable que Goujon, probablement protestant, ait créé des œuvres d'art religieux catholique d'une telle profondeur — l'art transcende-t-il les convictions religieuses de l'artiste ?
Le saviez-vous ?
Le jubé de Saint-Germain-l'Auxerrois pour lequel Goujon travailla vers 1544–1545 fut détruit au XVIIIe siècle. Seuls quelques fragments subsistent — dont ce relief et d'autres pièces au Louvre. La destruction systématique des jubés (ces clôtures de bois et de pierre qui séparaient le chœur des fidèles dans les églises médiévales) fut une mode du XVIIIe siècle qui nous a privés d'une partie majeure de la sculpture Renaissance française.

