La frontière orientale de l'Italie entre châteaux, ports et menaces venues de la mer
Dans les Pouilles, la Renaissance ne prend pas d'abord la forme d'une cour brillante comparable à Florence, Urbino ou Mantoue. Elle apparaît dans l'épaisseur d'un rempart, le dessin d'un bastion, la transformation d'un château médiéval ou l'inquiétude d'un guetteur observant l'Adriatique.
Ici, l'horizon n'est jamais neutre.
À l'est se trouvent Venise, Raguse, l'Albanie, la Grèce, Constantinople et les routes du Levant. Par la mer arrivent les marchandises, les pèlerins, les diplomates, les artistes et les idées. Mais c'est aussi de cette mer que peuvent surgir les corsaires et les flottes ottomanes.
La Renaissance des Pouilles est donc une Renaissance de frontière : militaire et maritime, agricole et marchande, italienne et profondément méditerranéenne. Elle ne rompt pas brutalement avec le Moyen Âge. Elle transforme lentement les forteresses normandes, souabes et angevines, adapte les villes à l'artillerie et fait circuler entre Naples, Milan, Venise, l'Espagne et les Balkans des ingénieurs, des humanistes et des populations déplacées.
Un territoire partagé entre trois provinces
Aux XVe et XVIe siècles, les Pouilles ne forment pas encore une région administrative unifiée. Elles appartiennent au royaume de Naples et se répartissent principalement entre :
la Capitanata, autour de Foggia et du Gargano la Terre de Bari, au centre
- la Terre d'Otrante, comprenant le Salento et une partie du territoire de Tarente.
La Capitanata est dominée par les plaines céréalières, les grands pâturages et la transhumance. La Terre de Bari s'organise autour de villes portuaires, d'oliveraies et de puissants domaines féodaux. La Terre d'Otrante constitue la pointe avancée du royaume face à l'Empire ottoman.
Après la conquête du royaume de Naples par Alphonse V d'Aragon en 1442, les Pouilles entrent dans l'espace politique aragonais. Les guerres d'Italie bouleversent ensuite le territoire. En 1503, le royaume passe sous domination espagnole et devient gouverné par un vice-roi installé à Naples.
Les Pouilles sont donc administrées depuis Naples, mais elles continuent de regarder vers l'autre rive de l'Adriatique.
1480 : le traumatisme d'Otrante
L'événement qui marque le plus profondément la Renaissance pugliese est la prise d'Otrante par les Ottomans en 1480.
Une flotte commandée par Gedik Ahmed Pacha débarque à proximité de la ville. Après un siège violent, Otrante tombe. Une partie de la population est tuée ou réduite en esclavage. L'archevêque Stefano Pendinelli est mis à mort et plusieurs centaines d'habitants, traditionnellement identifiés comme les martyrs d'Otrante, sont exécutés après avoir refusé d'abjurer leur foi.
L'occupation est brève. La ville est reprise en 1481, après la mort du sultan Mehmed II et le retrait progressif des forces ottomanes. Mais le choc dépasse largement Otrante : pendant plusieurs mois, une progression ottomane vers Naples et Rome semble possible.
La couronne aragonaise lance alors un vaste programme de consolidation du système défensif de la Terre d'Otrante : châteaux, fossés, murailles urbaines et tours côtières sont construits ou renforcés.
L'ancienne muraille médiévale, haute et verticale, ne suffit plus face aux canons. Il faut construire plus bas, plus large et plus épais. Les tours deviennent circulaires ou polygonales afin de mieux dévier les projectiles. Les bastions permettent des tirs croisés et suppriment les angles morts.
Dans les Pouilles, l'architecture de la Renaissance devient une science de la survie.
Otrante, ville blessée et reconstruite
Après la reconquête, le château d'Otrante est profondément remanié. Sa forme actuelle répond aux exigences de la guerre moderne : fossé, tours cylindriques, murailles épaisses et bastion tourné vers la mer.
Le château est moins un palais qu'une machine militaire.
Depuis ses remparts, le regard embrasse l'Adriatique. Par temps clair, les montagnes albanaises semblent presque accessibles. Cette proximité explique l'histoire de la ville : Otrante est une porte entre les mondes, mais une porte que l'on a appris à verrouiller.
Dans la cathédrale, les reliques des martyrs entretiennent la mémoire de 1480. Le grand pavement de mosaïque du XIIe siècle, antérieur à la Renaissance, rappelle quant à lui la profondeur des échanges entre l'Occident latin, Byzance et l'Orient.
Otrante superpose ainsi plusieurs mémoires : le monde médiéval, le traumatisme ottoman et la réponse militaire de la Renaissance.
Tarente : une forteresse entre deux mers
Tarente occupe une position exceptionnelle entre la mer Grande et la mer Petite. Elle commande un passage stratégique et constitue une pièce essentielle du dispositif défensif aragonais.
À partir de 1487, Ferdinand Ier d'Aragon fait reconstruire l'ancienne forteresse. Le projet du château aragonais, également appelé Castel Sant'Angelo, est probablement confié à Francesco di Giorgio Martini, l'un des grands architectes militaires de la Renaissance. Les principaux travaux sont réalisés entre 1487 et 1492.
Les tours circulaires, les murs épais et les embrasures destinées aux canons répondent directement à l'évolution de l'artillerie.
À Tarente, le château, le chenal, les navires et les batteries côtières forment un seul système défensif. Mais la ville conserve également l'empreinte prestigieuse de la Grande-Grèce. Les vestiges antiques alimentent la curiosité des humanistes et inscrivent le territoire dans une histoire beaucoup plus ancienne.
Bari : la cour de deux duchesses
Bari présente un autre visage de la Renaissance.
Son château, fondé à l'époque normande puis développé sous Frédéric II, devient au XVIe siècle une résidence princière autour de deux femmes : Isabelle d'Aragon et sa fille Bona Sforza.
Veuve de Jean Galéas Sforza, Isabelle revient dans le royaume de Naples et devient duchesse de Bari. Formée à la cour de Milan, elle apporte une culture politique et artistique nourrie par la Renaissance lombarde.
Sa fille Bona grandit entre les héritages aragonais et milanais. En 1518, elle épouse Sigismond Ier et devient reine de Pologne et grande-duchesse de Lituanie. Elle conserve néanmoins ses droits sur Bari et revient dans la ville en 1556.
Sous Isabelle et Bona, le Castello Svevo est radicalement transformé. Une enceinte bastionnée est élevée autour du noyau médiéval pour résister à l'artillerie lourde. Parallèlement, les espaces intérieurs sont aménagés comme une élégante résidence Renaissance. Une double rampe d'escalier conduit aux grandes salles de l'étage noble.
Le château de Bari résume toute la Renaissance des Pouilles : derrière les murailles destinées à repousser l'ennemi se développe une cour ouverte à Milan, Naples, Cracovie et l'Europe centrale.
Bona Sforza, de Bari à Cracovie
Bona Sforza est l'une des personnalités les plus européennes de la Renaissance italienne.
Duchesse de Bari, reine de Pologne et grande propriétaire terrienne, elle intervient dans la diplomatie, l'administration et la politique dynastique. Elle tente de renforcer l'autorité royale face aux grandes familles aristocratiques polonaises.
Son retour à Bari s'achève tragiquement. Elle meurt en 1557 au château, probablement empoisonnée dans le cadre d'une affaire financière et diplomatique complexe. Son mausolée se trouve dans la basilique Saint-Nicolas.
Lecce avant le Baroque
Lecce est aujourd'hui célèbre pour son architecture baroque. Cette image peut masquer la ville du XVIe siècle, déjà profondément transformée sous Charles Quint.
Face aux menaces ottomanes et corsaires, l'empereur ordonne le renforcement de la ville. À partir de 1537, l'ancien château médiéval est intégré dans une vaste forteresse moderne. Le projet est confié à Gian Giacomo dell'Acaya, architecte, ingénieur militaire et membre de la noblesse locale.
Le château de Charles Quint devient une « forteresse à l'italienne », avec de puissants bastions adaptés à l'artillerie. Les travaux se poursuivent approximativement jusqu'en 1550.
Le destin de Gian Giacomo dell'Acaya semble presque inventé pour une narration historique : après avoir conçu la forteresse, l'architecte tombe en disgrâce et finit emprisonné dans le château même qu'il avait contribué à transformer.
Autour de la forteresse, les palais, cours intérieures et portails témoignent de l'arrivée des formes renaissantes. Le Palazzo Adorno constitue un exemple majeur de cette architecture civile.
La basilique Santa Croce est commencée au XVIe siècle, même si son célèbre décor appartient surtout aux phases ultérieures. La pierre de Lecce, tendre lors de son extraction puis plus résistante au contact de l'air, permet aux sculpteurs de développer progressivement le vocabulaire qui conduira au baroque leccese.
Acaya : la ville comme machine défensive
À proximité de Lecce, Gian Giacomo dell'Acaya transforme son fief familial de Segine en une petite cité fortifiée qui porte désormais son nom.
Château, bastions, portes, courtines et tracé urbain répondent à une conception rationnelle de la défense. Acaya n'est pas seulement un château isolé : c'est une tentative d'organiser un habitat entier selon les principes de l'urbanisme militaire moderne.
L'idéal italien de la ville rationnelle se traduit ici dans un langage adapté à la frontière ottomane.
Copertino : de la forteresse au palais
Le château de Copertino est l'un des ensembles les plus cohérents de la Renaissance militaire dans le Salento.
Sa transformation est attribuée à Evangelista Menga, ingénieur pugliese spécialisé dans les fortifications et actif dans le royaume de Naples ainsi qu'à Malte. Le complexe est achevé vers 1540. Son plan quadrangulaire, ses bastions angulaires en forme de lance et son large fossé montrent une parfaite compréhension de la guerre d'artillerie.
Lorsque la pression militaire diminue, la fonction résidentielle devient plus importante. À la fin du XVIe siècle, un palais est aménagé à l'intérieur. La chapelle Saint-Marc reçoit en 1568 des fresques de Gianserio Strafella, commandées par la famille Squarciafico.
La forteresse commence alors à devenir une résidence aristocratique destinée à manifester le rang de ses propriétaires.
Barletta et les guerres d'Italie
Barletta est à la fois une ville portuaire, commerciale et militaire. Son château, d'origine normande et souabe, est remanié par les Angevins, les Aragonais puis les Espagnols.
La ville est surtout associée à la Disfida di Barletta de 1503.
Durant les guerres opposant Français et Espagnols pour le contrôle du royaume de Naples, treize chevaliers italiens affrontent treize chevaliers français. Les Italiens, conduits par Ettore Fieramosca, remportent le combat.
L'événement est militairement secondaire, mais sa postérité est immense. Il devient un récit d'honneur chevaleresque puis, au XIXe siècle, un symbole patriotique de l'unité italienne.
Un duel né au milieu des rivalités entre puissances étrangères est ainsi transformé, plusieurs siècles plus tard, en mythe national.
Castel del Monte : précurseur, mais pas monument Renaissance
Castel del Monte doit figurer dans tout récit consacré aux Pouilles, mais il ne faut pas le présenter comme un monument Renaissance.
Il est construit au XIIIe siècle sous Frédéric II. Son plan octogonal, sa rigueur géométrique et la synthèse qu'il réalise entre traditions antiques, cisterciennes et islamiques en font une œuvre exceptionnelle de l'architecture médiévale. L'UNESCO insiste sur la précision mathématique et astronomique de sa conception.
Castel del Monte annonce cependant certaines préoccupations qui fascineront les architectes humanistes : géométrie, centralité, rapports entre architecture, nombre et cosmos.
Il doit donc être présenté comme un précurseur médiéval réinterprété par le regard renaissant.
Une économie de céréales, d'huile et de laine
Les Pouilles sont une région agricole majeure du royaume de Naples.
La Capitanata produit des céréales et accueille de vastes pâturages. La Terre de Bari et le Salento cultivent les oliviers, la vigne, les amandiers et les arbres fruitiers. Le territoire exporte également de la laine, du sel, du vin et de l'huile.
La création, en 1447, de la Regia Dogana della Mena delle Pecore à Foggia organise et taxe la grande transhumance. Chaque année, d'immenses troupeaux descendent des montagnes des Abruzzes et du Molise vers les pâturages hivernaux du Tavoliere.
Les tratturi ne sont pas de simples sentiers pastoraux. Ce sont des axes économiques sur lesquels circulent animaux, laine, argent, informations et pratiques culturelles.
Les ports complètent ce réseau terrestre. Bari, Barletta, Monopoli, Brindisi, Otrante, Gallipoli et Tarente expédient les productions agricoles et accueillent des navires venus de toute la Méditerranée.
Les Arbëreshë : une Renaissance née de l'exil
À partir du XVe siècle, des populations albanaises fuient l'avancée ottomane dans les Balkans et s'installent dans le royaume de Naples.
Plusieurs communautés s'établissent dans les Pouilles, notamment dans la région de Tarente. Elles fondent ou repeuplent des villages, conservent leur langue et maintiennent parfois le rite religieux byzantin.
Les Arbëreshë participent à la défense du royaume, cultivent les terres et enrichissent la diversité linguistique et religieuse de l'Italie méridionale.
Leur présence rappelle que la Renaissance n'est pas uniquement produite par les princes et les artistes. Elle est aussi façonnée par les guerres, les migrations et les déplacements de populations.
Les artistes, ingénieurs et humanistes
Stefano da Putignano
Actif entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle, il réalise des sculptures religieuses en pierre polychrome. Ses figures associent traditions locales, observation humaine et nouveautés renaissantes.
Nuzzo Barba
Originaire de Galatina, il participe au passage du gothique tardif à la Renaissance. Il est notamment associé à des monuments funéraires et à des sculptures religieuses.
Gian Giacomo dell'Acaya
Architecte et ingénieur militaire, il est la figure centrale de l'architecture défensive pugliese du XVIe siècle. Son œuvre relie Lecce, Acaya et le programme de fortification voulu par Charles Quint.
Evangelista Menga
Spécialiste de la fortification, il est traditionnellement associé au château de Copertino. Son activité montre que les ingénieurs du sud de l'Italie participent pleinement aux réseaux techniques méditerranéens.
Antonio de Ferrariis, dit le Galateo
Né à Galatone en 1444, Antonio de Ferrariis est médecin, géographe et humaniste. Il fréquente les milieux intellectuels napolitains et le cercle de Giovanni Pontano. Il écrit sur l'éducation, la médecine, la politique et le territoire pugliese.
Son De situ Iapygiae décrit les paysages, les villes, les langues, les coutumes et les monuments du Salento. Avec lui, les Pouilles deviennent un territoire capable de produire son propre regard savant.
Matteo Tafuri
Né à Soleto, il devient médecin, philosophe et astrologue. L'étendue de ses connaissances nourrit une légende populaire qui le transforme progressivement en magicien.
Scipione Ammirato
Né à Lecce en 1531, il devient historien et penseur politique. Son parcours, qui le conduit notamment à Florence, témoigne de l'intégration des élites pugliesi aux grands réseaux intellectuels italiens.
La vie quotidienne
Pour la majorité des habitants, la Renaissance ne se vit pas dans les bibliothèques et les palais.
Elle se vit dans les oliveraies, sur les quais, dans les ateliers de pierre, le long des tratturi ou derrière les murailles.
Dans les villes portuaires se croisent marins, pêcheurs, négociants, soldats, interprètes et pèlerins en route vers la Terre sainte. Des marchands génois, vénitiens, catalans, grecs et dalmates fréquentent les ports.
Dans les campagnes, les paysans cultivent céréales, vigne et oliviers sous le contrôle de propriétaires féodaux et d'institutions religieuses.
L'entretien des murailles et des garnisons impose une charge importante aux habitants. Il faut participer aux travaux, financer les défenses, loger les soldats et vivre avec la peur des alertes.
Les tours côtières deviennent des éléments familiers du paysage. Lorsqu'une voile suspecte apparaît, des signaux lumineux ou sonores transmettent l'alerte le long du rivage.
La mer apporte la richesse, mais elle impose une vigilance permanente.
Légendes et récits
Les martyrs d'Otrante
La défaite militaire de 1480 est progressivement transformée en victoire spirituelle. La ville est tombée, mais ses habitants auraient préservé leur foi face à l'envahisseur.
La Disfida di Barletta
Le combat de 1503 devient une légende chevaleresque puis patriotique. Ettore Fieramosca incarne l'honneur italien, même si le duel appartient à un conflit dominé par les monarchies française et espagnole.
Les mystères de Castel del Monte
La répétition du chiffre huit, la perfection du plan et l'absence de certaines fonctions militaires habituelles ont suscité de nombreuses interprétations : observatoire, temple du savoir, couronne de pierre ou représentation du cosmos. Ces hypothèses restent souvent spéculatives, mais elles témoignent de la force symbolique du monument.
Matteo Tafuri, le magicien de Soleto
La tradition populaire attribue à l'humaniste des pouvoirs surnaturels. Derrière le magicien légendaire se trouve surtout un savant caractéristique de la Renaissance, époque où médecine, philosophie naturelle et astrologie restent étroitement liées.
Les lieux majeurs
Bari et la Terre de Bari
Castello Svevo de Bari basilique Saint-Nicolas et mausolée de Bona Sforza Palazzo Sylos-Calò à Bitonto cathédrale d'Acquaviva delle Fonti château de Conversano port et fortifications de Monopoli
- Putignano et sa tradition sculpturale.
La Capitanata
Foggia et la mémoire de la Regia Dogana château de Lucera château de Manfredonia sanctuaire de Monte Sant'Angelo
- tratturi du Tavoliere.
Barletta, Andria et Trani
château de Barletta Cantina della Disfida colosse de Barletta palais et églises de Trani
- Castel del Monte, précurseur médiéval.
Tarente et le Salento
château aragonais de Tarente château de Charles Quint à Lecce Palazzo Adorno premières phases de Santa Croce ville fortifiée d'Acaya château de Copertino château et murailles d'Otrante fortifications de Gallipoli ports de Brindisi et Gallipoli Galatone, patrie du Galateo
- Soleto, liée à Matteo Tafuri.
Chronologie essentielle
1442 — Alphonse d'Aragon devient roi de Naples. 1447 — création de la Regia Dogana à Foggia. 1480 — prise d'Otrante par les Ottomans. 1481 — reconquête d'Otrante. 1487-1492 — reconstruction du château aragonais de Tarente. 1494-1503 — guerres pour le contrôle du royaume de Naples. 1503 — Disfida di Barletta et début de la domination espagnole. 1518 — Bona Sforza épouse Sigismond Ier de Pologne. 1537-1550 environ — transformation du château de Lecce. Vers 1540 — achèvement de la forteresse de Copertino. 1556 — retour de Bona Sforza à Bari. 1557 — mort de Bona Sforza. 1568 — fresques de la chapelle Saint-Marc de Copertino. Fin du XVIe siècle — développement du réseau des tours côtières.
Ce qui distingue la Renaissance des Pouilles
La Renaissance pugliese ne doit pas être évaluée seulement selon les modèles de Florence ou de Rome.
Elle possède sa propre cohérence :
elle conserve de puissantes traditions romanes, gothiques et byzantines elle adopte les innovations de la Renaissance par l'architecture militaire elle transforme les châteaux médiévaux en forteresses et en résidences elle est influencée par Naples, Milan, Venise, l'Espagne et les Balkans elle associe agriculture, transhumance et commerce maritime elle accueille des populations déplacées, notamment les Arbëreshë
- elle prépare progressivement l'explosion du baroque leccese.
Dans les Pouilles, la Renaissance n'est pas seulement une redécouverte de l'Antiquité. Elle est une adaptation au danger et aux bouleversements du monde.
Conclusion — Une Renaissance tournée vers l'horizon
Imaginez le crépuscule sur les murailles d'Otrante.
La mer devient sombre. Un guetteur tente de distinguer une galère marchande d'un navire ennemi. Plus au nord, les salles du château de Bari accueillent la cour d'Isabelle d'Aragon et de Bona Sforza. À Lecce, Gian Giacomo dell'Acaya calcule l'angle d'un bastion. À Copertino, les tailleurs de pierre élèvent une forteresse capable de résister au canon. Dans le Tavoliere, les troupeaux avancent lentement sur les tratturi. Dans son cabinet, Antonio de Ferrariis décrit sa terre afin qu'elle ne soit plus seulement regardée depuis Naples.
Voilà la Renaissance des Pouilles.
Une Renaissance moins triomphante que vigilante, moins centrée sur le palais que sur la frontière. Une civilisation de ports, de pierres claires et de bastions, construite entre la peur de l'invasion et le désir de demeurer ouverte au monde.
Les Pouilles regardent vers l'est. C'est de là que vient le danger, mais aussi la rencontre.
Et c'est cette tension — entre accueillir et se défendre, commercer et combattre, préserver son identité et absorber les influences étrangères — qui donne à leur Renaissance sa profondeur particulière.
Figures
- Isabelle d’Aragon
- Bona Sforza
- Charles Quint
- Ferrante d’Aragon
- Scipione Ammirato

