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La Basilicate à la Renaissance

La Renaissance silencieuse des montagnes et des cités de pierre

La Renaissance en Basilicate

La Renaissance silencieuse des montagnes et des cités de pierre

La nuit descend sur Matera.

Dans les Sassi, les premières lampes s'allument devant les habitations creusées dans la roche. Une femme remonte un escalier irrégulier avec une cruche sur la tête. Des mulets avancent entre les murs de tuf, des enfants jouent devant une citerne et, derrière une porte, une famille partage avec ses animaux la chaleur d'une maison souterraine.

Plus haut, sur la colline, une masse sombre domine la ville : le château que le comte Giancarlo Tramontano fait construire pour surveiller ceux qu'il gouverne.

À plusieurs journées de marche, les tours du château de Venosa se reflètent dans leurs douves. Dans une salle de Valsinni, une jeune femme écrit des vers en regardant les montagnes qui la séparent du monde. À Miglionico, des barons ferment les portes d'une grande salle et conspirent contre leur roi. Dans les vallées du Pollino, des familles albanaises arrivées de l'autre côté de l'Adriatique reconstruisent leurs villages et leurs églises.

La Renaissance est bien arrivée en Basilicate.

Mais ici, elle ne ressemble ni aux palais de Florence ni aux fêtes de Ferrare. Elle progresse à travers les forteresses, les ateliers religieux, la poésie solitaire, les migrations et les luttes féodales. Elle doit composer avec une terre montagneuse, fragmentée, difficile à gouverner et profondément rurale.

C'est une Renaissance de lisière : discrète, austère et souvent tragique.

La Lucanie devient Basilicate

À l'époque de la Renaissance, le territoire correspondant à l'actuelle Basilicate appartient au royaume de Naples. Il est alors plus fréquemment désigné sous le nom de Basilicate, tandis que le mot antique de Lucanie reste présent dans la culture savante.

La région ne possède pas une capitale brillante comparable à Naples. Elle est constituée de villes fortifiées, de bourgs perchés, de domaines agricoles, de monastères et de villages séparés par des montagnes, des forêts et des cours d'eau.

Matera regarde vers les Pouilles. Melfi et Venosa sont liées au nord du royaume. Les vallées du Sinni et de l'Agri conduisent vers la Calabre et la mer Ionienne. À l'ouest, une étroite ouverture sur la mer Tyrrhénienne relie la région aux routes maritimes.

La Basilicate est donc un territoire de passage sans être un véritable centre. Les armées la traversent, les grandes familles se la disputent, les marchands y circulent, mais le pouvoir et les richesses partent souvent vers Naples.

La Renaissance y arrive par fragments.

1485 : les barons ferment les portes

À la fin du XVe siècle, le royaume de Naples est gouverné par Ferdinand Ier d'Aragon, appelé Ferrante. Le roi cherche à renforcer son autorité et à limiter le pouvoir des grands seigneurs féodaux.

Les barons, habitués à gouverner leurs domaines comme de véritables principautés, refusent cette centralisation.

En 1485, plusieurs d'entre eux se réunissent au château de Miglionico. Parmi les conjurés figurent des représentants de puissantes familles du royaume, notamment les Sanseverino, les Caracciolo, les Guevara et les Del Balzo.

La salle où ils se rencontrent prendra plus tard le nom de salle du Malconsiglio, le « mauvais conseil ».

Leur objectif est de résister au roi, voire de le renverser. Ils cherchent l'appui du pape et jouent des rivalités qui divisent la péninsule italienne. Ferrante feint un temps la conciliation, puis fait arrêter plusieurs conjurés. Certains disparaissent en prison, d'autres sont exécutés et leurs biens confisqués.

Le château de Miglionico reste associé à cette conjuration, l'un des grands épisodes de la lutte entre la monarchie napolitaine et l'aristocratie féodale. Basilicata Turistica

Cet événement annonce les tensions qui traverseront toute la Renaissance méridionale : les rois cherchent à construire un État plus puissant tandis que les seigneurs défendent leurs territoires, leurs privilèges et leurs armées privées.

Une terre entraînée dans les guerres d'Italie

À partir de 1494, les rois de France revendiquent le royaume de Naples. Charles VIII descend dans la péninsule, suivi quelques années plus tard par Louis XII.

La Basilicate se retrouve prise dans les guerres d'Italie.

Les châteaux changent de garnison. Les seigneurs doivent choisir entre les Français et les Aragonais. Des fidélités anciennes se brisent tandis que d'autres se négocient. Une famille peut soutenir la France pendant qu'une branche rivale se rapproche de l'Espagne.

Après les affrontements du début du XVIe siècle, le royaume de Naples passe sous domination espagnole. Il est désormais gouverné par un vice-roi au nom de Ferdinand le Catholique, puis de Charles Quint et de Philippe II.

Pour les habitants de Basilicate, le souverain est encore plus lointain. Son pouvoir arrive sous la forme d'ordres, de taxes, de soldats et de nouveaux représentants.

Les grands domaines féodaux se renforcent. La majorité de la population demeure soumise aux charges imposées par les seigneurs, aux prélèvements ecclésiastiques et aux aléas des récoltes.

Dans ce territoire éloigné des cours, le château est moins une résidence de plaisance qu'un instrument de surveillance.

Matera : la ville creusée sous le château d'un tyran

Matera est le décor le plus saisissant de la Basilicate renaissante.

La ville se développe autour de deux ensembles d'habitations troglodytiques : le Sasso Caveoso et le Sasso Barisano. Mais les Sassi ne sont pas de simples cavernes. Ils forment un organisme urbain complexe, composé de maisons, d'escaliers, de ruelles, de citernes, de cours communes et d'églises rupestres.

Le toit d'une habitation devient la rue de celle qui se trouve au-dessus. L'eau de pluie est recueillie, conduite puis conservée dans de profondes citernes. Hommes et animaux vivent souvent à proximité immédiate.

À la Renaissance, Matera est une ville active, peuplée d'artisans, de propriétaires, de religieux, de paysans et de notables. Sa société est divisée, mais elle possède une forte conscience de ses privilèges.

Le comte Tramontano

En 1497, Matera est cédée au comte Giancarlo Tramontano, maître de la monnaie à Naples. La population, qui avait payé pour conserver son statut de ville royale, supporte très mal ce retour sous une autorité féodale.

Tramontano entreprend la construction d'une forteresse sur la colline dominant la ville. Le château possède un puissant donjon central encadré de tours rondes. Il adopte les formes militaires aragonaises adaptées à l'usage de l'artillerie.

Mais cette forteresse n'est pas seulement destinée à protéger Matera. Elle permet au comte de surveiller la population.

Pour financer ses ambitions et rembourser ses dettes, Tramontano multiplie les prélèvements. La colère grandit dans les quartiers.

Selon la tradition, des habitants se réunissent près d'une pierre appelée depuis pietra del mal consiglio, la pierre du mauvais conseil. Le 29 décembre 1514, le comte est attaqué et tué à sa sortie de la cathédrale.

Le château reste inachevé.

Ses murs deviennent le monument paradoxal d'un pouvoir qui voulait s'imposer à la ville et que la ville a finalement rejeté. Matera Welcome

L'art de la pierre

La Renaissance de Matera s'exprime davantage dans la sculpture que dans les grandes transformations urbaines.

Vers 1540, le sculpteur Altobello Persio réalise notamment des statues pour la cathédrale. À l'intérieur de l'édifice, les visiteurs peuvent encore découvrir une chapelle Renaissance, des sculptures du XVIe siècle et une remarquable crèche de pierre inspirée par les grottes et le paysage des Sassi. Italia.it

Dans la pénombre des églises, les formes nouvelles se mêlent aux architectures médiévales. Les corps deviennent plus souples, les visages plus individualisés et les décors empruntent à l'Antiquité des pilastres, des rinceaux ou des motifs végétaux.

Mais la matière reste celle du pays : une pierre claire, friable et chaleureuse, qui semble conserver la lumière.

Venosa : une petite cour au pays d'Horace

Venosa est peut-être la ville de Basilicate où l'esprit de la Renaissance apparaît avec le plus d'évidence.

Elle possède un passé antique prestigieux : le poète latin Horace y est né en 65 avant notre ère. À une époque où les humanistes redécouvrent les auteurs anciens, cette mémoire devient une source de fierté.

La cité se couvre de palais, d'églises et de monuments liés aux grandes familles féodales.

Le château de Pirro del Balzo

À partir de 1470, le duc Pirro del Balzo fait construire une vaste forteresse à l'entrée de Venosa. Quatre tours cylindriques occupent les angles d'une enceinte carrée entourée de douves.

L'extérieur demeure résolument militaire. Pourtant, la cour intérieure et les espaces résidentiels annoncent progressivement le passage du château médiéval à la résidence Renaissance.

Pirro del Balzo appartient lui-même à cette aristocratie méridionale tiraillée entre service du roi et défense de son autonomie. Impliqué dans la conjuration des barons, il est arrêté et meurt en captivité.

Son château survit à sa chute. Il demeure l'un des témoignages majeurs de l'architecture aragonaise et renaissante en Basilicate. Basilicata Turistica

Les Gesualdo

Venosa passe ensuite sous le contrôle de la famille Gesualdo.

Cette famille donnera naissance à l'une des personnalités les plus fascinantes et les plus inquiétantes de la fin de la Renaissance : Carlo Gesualdo, né à Venosa en 1566.

Prince, compositeur et musicien, Gesualdo développe un langage musical d'une audace exceptionnelle. Ses madrigaux multiplient les dissonances, les ruptures et les changements harmoniques, au point de paraître parfois avoir été écrits plusieurs siècles trop tôt.

Mais son nom reste également lié à un drame. En 1590, il découvre son épouse Maria d'Avalos avec son amant Fabrizio Carafa dans un palais de Naples et les fait tuer.

Musique sublime et violence aristocratique se rejoignent dans sa légende.

Gesualdo appartient à la fin du siècle, au moment où l'harmonie équilibrée de la Haute Renaissance se fissure et laisse place au maniérisme, à l'inquiétude religieuse et à une exploration plus tourmentée de l'âme humaine.

Le souvenir juif de Venosa

Venosa possède également l'un des patrimoines juifs les plus importants du sud de l'Italie.

Sa communauté juive est très ancienne, comme l'attestent les catacombes et les nombreuses inscriptions hébraïques, grecques et latines découvertes à proximité de la ville. Cette présence rappelle que le sud de l'Italie fut pendant des siècles un espace de rencontre entre religions et cultures.

À la fin du XVe et au début du XVIe siècle, les expulsions successives ordonnées dans les territoires espagnols bouleversent cependant les communautés juives du royaume de Naples. Après plusieurs périodes de tolérance et de rappel, l'expulsion définitive des Juifs du royaume est décidée au XVIe siècle.

La Renaissance italienne, souvent présentée comme une époque d'ouverture, est également un temps de persécutions, d'exils et de ruptures.

Melfi : la forteresse qui conserve la mémoire du pouvoir

Le château de Melfi domine une ville installée sur les pentes du mont Vulture.

Bien que ses origines soient normandes et souabes, il reste un centre politique et militaire important pendant la Renaissance. Ses murailles, ses tours et ses espaces intérieurs sont modifiés par les dynasties successives.

Melfi porte surtout la mémoire de l'empereur Frédéric II, qui y avait promulgué en 1231 les Constitutions de Melfi. Pour les hommes de la Renaissance, cette tradition juridique et impériale conserve une force considérable.

Le château sert également de centre administratif, de dépôt fiscal et de prison. Il rappelle que, dans la Basilicate du XVIe siècle, la puissance politique s'incarne d'abord dans les forteresses.

Le territoire du Vulture est aussi une terre fertile. Sur les pentes de l'ancien volcan prospèrent les vignes produisant l'Aglianico, un vin déjà profondément enraciné dans l'économie et la culture locales.

Valsinni : la prison de pierre d'Isabella Morra

Dans un château accroché aux pentes dominant la vallée du Sinni vit une jeune femme nommée Isabella Morra.

Née vers 1520 dans une famille noble, elle grandit dans l'ancien village de Favale, aujourd'hui Valsinni. Son père, opposé au parti espagnol, doit se réfugier en France. Isabella reste au château sous la surveillance de ses frères.

Elle apprend à lire les poètes italiens et commence à écrire.

Dans ses textes, la Renaissance n'a rien d'une célébration triomphante. Isabella évoque sa solitude, les montagnes qui l'enferment, le fleuve qui semble emporter ses espoirs et l'absence d'un monde auquel elle n'a pas accès.

Elle échange des poèmes avec Diego Sandoval de Castro, un noble espagnol vivant non loin de là. Ses frères interprètent cette correspondance comme une relation amoureuse et une atteinte à l'honneur familial.

Vers 1545 ou 1546, Isabella est assassinée. Diego Sandoval de Castro est tué à son tour.

Elle avait environ vingt-cinq ans.

Redécouverte plusieurs siècles après sa mort, Isabella Morra est aujourd'hui considérée comme l'une des voix les plus originales de la poésie féminine du XVIe siècle. Son œuvre transforme l'isolement géographique de la Basilicate en paysage intérieur.

Son château demeure visible au-dessus de Valsinni, entre le mont Coppolo et le fleuve Sinni. Basilicata Turistica

Les Arbëreshë : reconstruire une patrie dans les montagnes

Entre la fin du XVe et le XVIe siècle, des populations albanaises traversent l'Adriatique pour fuir l'avancée ottomane.

Certaines s'installent en Basilicate, notamment dans les régions montagneuses du Vulture et du Pollino. Elles fondent ou repeuplent plusieurs villages, parmi lesquels Barile, Maschito, San Costantino Albanese et San Paolo Albanese.

Ces communautés, appelées aujourd'hui Arbëreshë, conservent leur langue, leurs costumes, leurs traditions et, dans certains cas, le rite byzantin.

Leur arrivée transforme le paysage humain de la région. Des soldats deviennent agriculteurs. Des familles déplacées reconstruisent des maisons, cultivent les terres abandonnées et créent de nouvelles communautés.

Entre 1470 et 1540, plusieurs vagues de réfugiés albanais gagnent ainsi les territoires de Calabre et de Basilicate pour échapper à la conquête de leur pays. Italia.it

La Renaissance méridionale est aussi cette histoire : non seulement celle des artistes qui voyagent, mais celle de populations entières contraintes de recommencer leur vie ailleurs.

Une économie de terre, de bois et de troupeaux

La majorité des habitants de Basilicate ne fréquente ni les cours princières ni les ateliers savants.

Ils cultivent les céréales, la vigne, les oliviers et les légumineuses. Ils élèvent des moutons, des chèvres et des porcs. Les forêts fournissent du bois, du charbon, des fruits et des pâturages.

Dans certaines zones, les troupeaux suivent les routes de la transhumance entre montagnes et plaines. Les foires permettent d'échanger animaux, laine, céréales, outils, tissus et objets domestiques.

Les familles vivent dans des maisons modestes, parfois partagées avec les animaux. Le pain est au centre de l'alimentation. Les années de mauvaise récolte provoquent rapidement disette, dettes et départs.

Les routes sont difficiles, les villages éloignés les uns des autres et les déplacements soumis aux saisons.

Pourtant, la Basilicate n'est pas immobile. Des marchands viennent des Pouilles et de Campanie. Les artisans circulent d'un chantier à l'autre. Les religieux apportent des livres et des images. Les soldats reviennent avec des récits de Naples, de Rome ou d'Espagne.

Les nouveautés atteignent la région lentement, mais elles l'atteignent.

La religion entre grottes et Contre-Réforme

Le paysage spirituel de Basilicate est particulièrement dense.

Autour de Matera, de nombreuses églises sont creusées directement dans la roche. Leurs parois portent des fresques superposées au fil des siècles. Certaines représentations médiévales continuent d'être vénérées au moment où les artistes introduisent ailleurs les règles de la perspective et les formes inspirées de l'Antiquité.

Cette coexistence est essentielle.

La Renaissance ne détruit pas les traditions précédentes. Elle vient se poser sur elles.

Après le concile de Trente, achevé en 1563, l'Église renforce son contrôle sur les images, les pratiques religieuses et la formation du clergé. Les évêques visitent les paroisses, inspectent les autels et imposent de nouvelles règles.

Les œuvres doivent être plus lisibles, plus dignes et plus efficaces dans la transmission de la foi.

Dans les villages, cependant, le christianisme officiel continue de cohabiter avec les pèlerinages, les cultes locaux, les croyances protectrices et une relation ancienne aux grottes, aux sources et aux montagnes.

Les principaux lieux de la Renaissance en Basilicate

Matera

Les Sassi et leur organisation urbaine Le château Tramontano, commencé au début du XVIe siècle et resté inachevé La cathédrale avec ses sculptures et sa chapelle Renaissance La crèche de pierre du XVIe siècle Les églises rupestres et leurs fresques Les palais Bernardini et Ferraù

Venosa

Le château de Pirro del Balzo La cathédrale Sant'Andrea Le complexe de la Santissima Trinità et l'Incompiuta Les palais liés aux familles féodales Les catacombes juives La mémoire d'Horace et de Carlo Gesualdo

Miglionico

Le château du Malconsiglio La salle associée à la conjuration des barons de 1485

  • L'église Santa Maria Maggiore et son polyptyque de Cima da Conegliano

Valsinni

Le château des Morra Les lieux liés à Isabella Morra

  • La vallée du Sinni, omniprésente dans son imaginaire poétique

Melfi

Le château normand-souabe, transformé au fil des siècles Les quartiers historiques

  • Le paysage viticole du Vulture

Acerenza

La cathédrale, profondément remaniée à la Renaissance La crypte commandée au début du XVIe siècle, attribuée à un atelier influencé par les formes napolitaines

Montescaglioso

L'abbaye San Michele Arcangelo Les cloîtres et les décors réalisés ou transformés entre la fin du XVe et le XVIe siècle

Ferrandina

L'ensemble urbain développé à la fin du XVe siècle Les églises et couvents liés à l'expansion de la ville sous les Aragonais

Barile, Maschito, San Costantino Albanese et San Paolo Albanese

Les villages arbëreshë La langue, les traditions et la mémoire des migrations albanaises

Ce qu'il faut regarder aujourd'hui

En Basilicate, la Renaissance ne s'offre pas immédiatement au regard.

Il faut observer une tour ronde construite pour résister aux canons. Entrer dans une cathédrale médiévale et chercher une sculpture du XVIe siècle. Traverser la cour d'un château pour comprendre comment une forteresse devient progressivement une résidence.

À Matera, il faut regarder simultanément vers le haut et vers le bas : vers le château inachevé du comte Tramontano et vers les maisons creusées dans la roche où vivait la majorité de la population.

À Venosa, il faut rapprocher le château aragonais, la mémoire du poète Horace et les dissonances musicales de Carlo Gesualdo.

À Miglionico, il faut imaginer les barons parlant à voix basse dans la salle du Malconsiglio.

À Valsinni, il suffit de regarder les montagnes depuis le château pour comprendre la solitude d'Isabella Morra.

Le paysage lui-même devient un document historique.

Pourquoi la Basilicate mérite sa place dans la Renaissance italienne

La Basilicate n'est pas un foyer majeur de la Renaissance européenne. Elle ne prétend pas rivaliser avec la Toscane, la Lombardie ou la Vénétie.

Mais l'écarter reviendrait à réduire la Renaissance à ses chefs-d'œuvre les plus célèbres.

La région permet au contraire de comprendre comment la transformation du monde atteint les territoires périphériques :

par les guerres et le renforcement des monarchies par les rivalités entre souverains et barons par les fortifications adaptées à l'artillerie par les artistes venus de Naples ou des Pouilles par les modèles diffusés dans les églises par la redécouverte de l'Antiquité à Venosa par les migrations arbëreshë par la poésie d'Isabella Morra

  • par la musique visionnaire de Carlo Gesualdo.

La Basilicate révèle une Renaissance vécue loin des grandes cours, là où les idées nouvelles rencontrent la pauvreté, l'isolement, les traditions et la dureté du pouvoir féodal.

L'esprit de la Basilicate renaissante

Le soleil disparaît derrière les montagnes du Vulture.

À Venosa, les douves du château deviennent noires. Dans une salle, un musicien cherche un accord que personne n'a encore entendu. À Valsinni, Isabella Morra pose sa plume et regarde le Sinni couler vers une mer qu'elle ne verra peut-être jamais.

À Matera, les habitants referment leurs portes. Au-dessus des Sassi, la silhouette inachevée du château Tramontano rappelle qu'un peuple peut se soulever contre celui qui prétend l'écraser.

Dans les montagnes du Pollino, une famille arbëreshë allume son foyer devant une maison nouvellement construite. Elle a perdu une patrie, mais sa langue survivra cinq siècles.

Ici, la Renaissance ne proclame pas la victoire de l'homme sur le monde.

Elle raconte quelque chose de plus fragile : le désir de penser, de créer, de transmettre et de rester libre dans un territoire dominé par les montagnes, les seigneurs et la distance.

Figures

  • Pirro del Balzo
  • Giancarlo Tramontano
  • Isabella Morra
  • Carlo Gesualdo
  • Altobello Persio

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