
✦ Illustre ✦
Rosso Fiorentino
Fondateur de la Première École de Fontainebleau
Contributions & œuvres
Giovanni Battista di Jacopo, dit Rosso Fiorentino pour sa chevelure rousse, débarque en France en 1530, appelé par François Iᵉʳ après avoir fui le sac de Rome et erré à travers l'Italie. Le roi le nomme peintre du roi, le loge, le comble, et fait de lui le premier maître d'œuvre de la décoration du château de Fontainebleau : c'est de sa main que naît l'école qui portera ce nom. Son chef-d'œuvre est la galerie François Iᵉʳ, longue salle d'apparat qu'il conçoit et dirige à partir de 1535 comme un ensemble total, où fresques peintes et encadrements de stuc dialoguent en un programme allégorique à la gloire du souverain. Là, Rosso invente le motif qui fera fortune dans toute l'Europe : le cuir découpé et enroulé, ces bandes de stuc aux bords retroussés comme du parchemin coupé, qui encadrent les scènes et deviennent l'un des ornements les plus copiés du siècle, du meuble à la gravure. Il compose un univers de figures élancées, de nudités élégantes et de mythologies cryptées, mêlant la rigueur florentine à une fantaisie ornementale inédite. Peintre mais aussi ordonnateur des fêtes, dessinateur de vaisselle, de costumes et d'entrées royales, il met tout son art au service du prestige de la cour. La nuance assombrit cette réussite éclatante : le succès n'apaisa pas un homme au tempérament tourmenté. Rosso meurt à Paris en 1540, à quarante-cinq ans, dans des circonstances obscures. Vasari, son premier biographe, affirme qu'il se serait empoisonné, rongé de remords après avoir faussement accusé de vol un ami ; le récit est aujourd'hui largement récusé par les historiens, faute de preuve, et sa fin demeure une énigme @@AVERIFIER.
Anecdote mémorable
Dans la galerie François Iᵉʳ, Rosso ne se contenta pas de peindre : il inventa une manière de faire déborder l'ornement sur le récit. Ses cadres de stuc ne sont pas de sages bordures mais des créatures à part entière, guirlandes, putti, figures nues et surtout ces lanières de « cuir » qui semblent découpées au couteau et roulées aux angles. L'illusion est si convaincante qu'on croirait de vraies peaux clouées au mur. Ce trouvé d'atelier, né pour habiller les murs d'un roi, devint l'un des motifs les plus imités de la Renaissance : un simple encadrement transformé, par la fantaisie d'un Florentin exilé, en signature d'une époque.
Influences reçues
Michel-Ange ; maniérisme florentin ; Andrea del Sarto ; sac de Rome
Influences exercées
Première école de Fontainebleau ; Le Primatice ; ornement du cuir découpé ; maniérisme décoratif européen
Importance historique
Rosso est le fondateur : sans lui, pas d'école de Fontainebleau. C'est lui qui, le premier, transpose sur le sol français le maniérisme italien et lui donne un cadre monumental, la galerie François Iᵉʳ, matrice de tout ce qui suivra. Son invention du cuir découpé essaime dans l'ornement européen bien au-delà de la peinture, marquant l'orfèvrerie, le mobilier et la gravure pour des décennies. En dix ans à peine, il aura fait de Fontainebleau le foyer d'où rayonne une Renaissance française enfin dotée de son propre style, que le Primatice n'aura plus qu'à prolonger.
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