À voir
Histoire
La cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême est l'un des chefs-d'œuvre absolus du roman saintongeais — sa façade occidentale sculptée de plus de 70 statues (XIIe siècle) est considérée comme « le plus beau livre de pierre du roman français ». Construite principalement entre le XIe et le XIIe siècle, elle conserve une rare cohérence stylistique romane, enrichie d'éléments Renaissance aux XVIe siècle.
L'édifice fut commandé vers 1110 par l'évêque Girard II d'Angoulême (1102-1136), architecte-théologien influent à la cour de Louis VI. Le chantier rapide (achevé vers 1128, seulement 18 ans) explique la cohérence stylistique de la cathédrale — exceptionnelle pour une cathédrale française.
L'architecture déploie un plan basilical à trois coupoles successives sur la nef (technique byzantino-romane, héritée de l'influence orientale des croisades) — similaire à Saint-Front de Périgueux ou Saint-Étienne de Cahors (voir fiche #30).
L'élément Renaissance se concentre dans :
- les chapelles latérales ajoutées entre 1490 et 1560 sous Charles VIII, Louis XII, François Ier et Henri II
- les vitraux Renaissance (XVIe siècle), partiellement conservés
- le tombeau de Marguerite d'Angoulême (vers 1545-1550), sœur de François Ier, dans la chapelle Notre-Dame
La cathédrale fut fortement restaurée au XIXe siècle par Paul Abadie (1812-1884, futur architecte de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre), qui « re-romanisa » l'édifice en supprimant certains ajouts gothiques et baroques. Cette restauration controversée « inventa » partiellement la façade actuelle.
À voir absolument
- La façade occidentale romane (XIIe siècle), sculptée de plus de 70 statues — chef-d'œuvre absolu du roman saintongeais
- Les « Travaux de la Vie » sculptés sur le tympan (Christ en Majesté entouré des évangélistes et anges)
- Les trois coupoles successives sur la nef, technique byzantino-romane
- Les chapelles latérales Renaissance (1490-1560), ornées de retables XVIe
- Le tombeau de Marguerite d'Angoulême (sœur de François Ier, vers 1545-1550)
- Les vitraux Renaissance (XVIe siècle), partiellement conservés
- Les stalles Renaissance (XVIe siècle)
- Le buffet d'orgue classique
- L'ascension de la tour-clocher (payante, panorama exceptionnel sur la vallée de la Charente)
- L'emplacement urbain : au cœur d'Angoulême, à 5 min du musée de la Bande Dessinée (Angoulême = « capitale française de la BD »)
Anecdotes & secrets
Marguerite d'Angoulême (1492-1549), sœur aînée de François Ier, reine de Navarre (par son second mariage avec Henri II d'Albret), est l'une des plus grandes figures intellectuelles de la Renaissance française. Née à Angoulême le 11 avril 1492, baptisée à la cathédrale Saint-Pierre, elle reçut une éducation humaniste exceptionnelle (latin, grec, hébreu, philosophie néoplatonicienne) qui en fit « la première femme de lettres française ». Auteure de l'Heptaméron (recueil de 72 nouvelles publié posthume en 1559), du Miroir de l'âme pécheresse (1531, traduit en anglais par la future Elizabeth Ire d'Angleterre alors âgée de 11 ans !), de poésies religieuses, elle fut une mécène majeure de la Renaissance française : protectrice de Clément Marot, Rabelais, Bonaventure Des Périers, Bernard Palissy. Marguerite mourut le 21 décembre 1549 et fut enterrée à la cathédrale d'Angoulême, dans la chapelle Notre-Dame. Sa fille Jeanne d'Albret (1528-1572) fut la mère d'Henri IV.
François Ier (1494-1547), roi de France de 1515 à 1547, figure tutélaire de la Renaissance française, naquit à Cognac (à 30 km d'Angoulême) le 12 septembre 1494 et fut baptisé à la cathédrale Saint-Pierre d'Angoulême quelques jours après sa naissance. Une plaque commémorative dans la chapelle des fonts baptismaux rappelle cet épisode. La famille d'Angoulême (branche cadette des Valois) monta sur le trône en 1515 à la mort de Louis XII sans héritier mâle direct. François Ier, par son mécénat artistique (Léonard de Vinci, Rosso Fiorentino, Primatice, château de Chambord, Fontainebleau, Louvre), fonda l'identité Renaissance de la France royale.
Paul Abadie (1812-1884), architecte-restaurateur d'origine bordelaise, fut le principal restaurateur du roman saintongeais au XIXe siècle. Élève de Viollet-le-Duc, architecte en chef des Monuments Historiques, il restaura Saint-Front de Périgueux (à 100 km), Saint-Pierre d'Angoulême (1852-1875), Notre-Dame-la-Grande de Poitiers, et conçut la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre (1875-1914) en s'inspirant directement des modèles saintongeais romans qu'il avait restaurés. Son œuvre angoumoisine reste controversée : il « inventa » partiellement la façade actuelle en supprimant les ajouts post-XIIIe siècle.
Conseils de visite
Cathédrale ouverte tous les jours de 9h à 19h, entrée libre. Ascension de la tour : payante (4€). Combiner avec la visite du musée de la Bande Dessinée d'Angoulême (payant, « capitale française de la BD »), du musée des Beaux-Arts (gratuit le 1er dimanche), et des remparts médiévaux. Festival international de la BD d'Angoulême : fin janvier. Angoulême accessible depuis Paris-Montparnasse en TGV (2h).

