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Illustre

Giovanni Bellini

Peintre, chef de l'atelier vénitien

v.1430-1516·Peintre·Venise·peinture
« « Très vieux, et pourtant toujours le meilleur en peinture. » — Albrecht Dürer, à propos de Bellini rencontré lors de son séjour vénitien. »

Contributions & œuvres

On l'appelle, à juste titre, le père de l'école vénitienne. Là où Florence bâtissait son art sur le dessin et la ligne, Giovanni Bellini fonde tout Venise sur la couleur et la lumière. Sous ses pinceaux, le ciel, l'eau et la pierre cessent d'être des décors : ils deviennent une matière lumineuse, une atmosphère qui enveloppe les figures et les baigne d'une douceur nouvelle. Le paysage, chez lui, n'est jamais un simple fond — c'est un écho spirituel de la scène, une respiration du monde accordée au recueillement des personnages.

Son grand geste technique fut d'adopter et de porter à un sommet la peinture à l'huile, encore jeune en Italie. L'huile lui permet ces transitions insensibles d'un ton à l'autre, ces glacis transparents où la lumière semble venir de l'intérieur du tableau. Ses innombrables Vierges à l'Enfant et ses Conversations sacrées imposent un modèle qui rayonnera sur tout le siècle : une composition calme, une couleur chaude, une émotion retenue mais profonde.

Bellini fut aussi le chef d'un immense atelier familial, véritable foyer de l'art vénitien. Fils du peintre Jacopo, frère de Gentile, beau-frère de Mantegna par le mariage de sa sœur, il tient dans sa main les fils d'une dynastie et d'un réseau. C'est de son atelier que sortent les deux géants de la génération suivante : Giorgione et surtout Titien, ses élèves. Peindre à Venise après lui, c'est peindre à partir de lui.

Ce qui frappe enfin, c'est son évolution. Formé dans la manière plus dure et anguleuse héritée de son beau-frère Mantegna, il n'a cessé de s'assouplir, de gagner en ampleur et en chaleur, absorbant les nouveautés de ses cadets sans jamais se figer. À plus de quatre-vingts ans, il peint encore des œuvres neuves, tournées vers l'avenir plutôt que vers l'habitude.

Anecdote mémorable

Lors de son passage à Venise, le jeune maître allemand Albrecht Dürer, déjà célèbre et fier de son art, reconnaît en Bellini le premier des peintres de la ville — « très vieux, et pourtant toujours le meilleur ». L'hommage est d'autant plus fort qu'il vient d'un rival venu du Nord, dans une cité où l'orgueil des ateliers ne faisait pas de cadeaux. Le vieux Vénitien, lui, continuait d'apprendre de ceux qu'il avait formés. @@AVERIFIER : formulation exacte de la lettre de Dürer.

Influences reçues

La discipline du dessin et le sens de la perspective de son beau-frère Andrea Mantegna, dont il partit puis s'affranchit. L'atelier paternel de Jacopo Bellini, matrice de son métier. La leçon de la couleur et de l'huile, à laquelle on associe le passage à Venise d'Antonello de Messine. @@AVERIFIER : nature et étendue précises de l'échange avec Antonello de Messine. Plus tard, en retour, l'audace de ses propres élèves Giorgione et Titien, qu'il su intégrer sans se renier.

Influences exercées

Fondateur de l'école vénitienne de la couleur et de la lumière, il oriente tout l'art de la lagune pour un siècle. Ses élèves directs — Giorgione et Titien — prolongent et dépassent sa manière atmosphérique. Au-delà, sa façon de faire du paysage un espace spirituel et de la lumière une émotion irrigue toute la peinture vénitienne du XVIᵉ siècle et bien au-delà.

Importance historique

Giovanni Bellini est la charnière par laquelle Venise entre pleinement dans la grande Renaissance. Sans lui, ni Giorgione, ni Titien, ni la longue lignée des coloristes vénitiens. Son importance ne tient pas seulement à ses œuvres, mais à ce qu'il a rendu possible : une manière entière de concevoir la peinture, où la couleur et la lumière portent le sens.

Son contraste n'est pas un vice caché — la vie privée de cet homme discret et serein est restée peu documentée, et rien n'autorise à lui inventer une part d'ombre. Le vrai relief de sa figure est ailleurs : dans une audace tranquille et tenace. L'audace de se renouveler jusqu'à plus de quatre-vingts ans, d'adopter des techniques nouvelles, d'apprendre de ses propres élèves. Et l'ombre portée, non d'un défaut, mais d'une famille de rivaux — un père, un frère, un beau-frère tous peintres — sur laquelle sa longévité créatrice a fini par l'emporter, faisant du plus discret le plus grand.

Peintures (4)

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