
Contributions & œuvres
Roland de Lassus — Orlando di Lasso pour les Italiens, Orlandus Lassus pour les Latins — est le géant cosmopolite de la Renaissance finissante. Né à Mons en 1532, enfant de chœur dont la voix, dit la légende, fut si belle qu'on l'aurait enlevé plusieurs fois, il sillonne jeune l'Italie, dirige la musique de Saint-Jean-de-Latran à Rome, puis répond en 1556 à l'appel du duc Albert V de Bavière. Munich sera sa ville pour les trente-huit dernières années de sa vie ; il y devient maître de chapelle de cour, adulé, anobli, fêté dans toute l'Europe. Son génie est l'universalité : là où ses contemporains se spécialisent, Lassus embrasse toutes les langues et tous les registres. On lui attribue plus de deux mille compositions — motets latins par centaines, madrigaux italiens, chansons françaises, lieder allemands, messes, Magnificat, passions. Il passe du rire aux larmes avec une aisance stupéfiante : le badinage d'une chanson comme Bonjour mon cœur sur un poème de Ronsard, la truculence de Matona mia cara où un soldat allemand écorche l'italien pour séduire une belle, puis, sans transition, la ferveur brûlante d'un motet sacré. Cette polyvalence extrême, ce sens du mot juste dans chaque idiome, font de lui le compositeur le plus imprimé et le plus célèbre de son temps. Mais l'homme comblé s'assombrit. Rongé sur la fin par la mélancolie et une santé déclinante, il compose son testament spirituel : les Lagrime di San Pietro, vingt et un madrigaux spirituels à sept voix sur les larmes de saint Pierre reniant le Christ, achevés en 1594, quelques semaines avant sa mort. Cette œuvre d'une austérité déchirante, tout entière tournée vers le remords et la pénitence, dit l'autre visage du prince de la musique : celui d'un vieil homme face au péché et à la mort.
Anecdote mémorable
La tradition rapporte que le jeune Roland avait une voix d'enfant si extraordinaire qu'il aurait été enlevé à trois reprises par des maîtres de chapelle rivaux désireux de s'attacher ce trésor vivant. Vraie ou embellie, l'histoire dit l'essentiel : dès l'enfance, la beauté de Lassus était une denrée que les cours d'Europe se disputaient. À l'autre bout de sa vie, ce même homme dédiait au pape ses Lagrime di San Pietro, testament de larmes achevé aux portes de la mort. @@AVERIFIER
Influences reçues
École franco-flamande ; madrigal italien ; Cipriano de Rore ; tradition romaine
Influences exercées
Chapelle de Munich ; Giovanni Gabrieli ; Hans Leo Hassler ; polyphonie européenne de la fin de la Renaissance
Importance historique
Lassus compte parce qu'il est, avec Palestrina, le sommet de la polyphonie de la seconde moitié du XVIe siècle — mais un sommet mobile, capable de tout dire, dans toutes les langues, du grivois au sublime. Sa musique n'a jamais cessé d'être chantée, et les Lagrime di San Pietro connaissent aujourd'hui une seconde vie sur les scènes du monde entier. On s'attache à lui pour cette humanité totale : un homme qui rit fort et prie fort, et dont l'immense joie de vivre s'achève sur le plus noir des repentirs.
Le courant : l’École franco-flamande
Œuvres (13)
- ›Bonjour mon cœur · c.1530–1580
- ›Dessus le marché d'Arras · c.1530–1580
- ›Dessus le marché d’Arras · c.1550–1585
- ›Je l’ayme bien · c.1550–1585
- ›La nuict froide et sombre · c.1530–1580
- ›La nuit froide et sombre · c.1550–1585
- ›Las, voulez vous qu’une personne chante · c.1550–1585
- ›Margot labourez les vignes · c.1550–1585
- ›Matona mia cara · c.1530–1580
- ›O la, o che bon eccho · c.1550–1585
- ›Quand mon mary vient de dehors · c.1550–1585
- ›Susanne un jour · c.1550–1585
- ›Un jeune moine · c.1530–1580
