
Contributions & œuvres
Il ne pouvait ni entendre ni parler, et il peignit le plus bavard des mondes : la Hollande gelée, ses canaux pris de glace couverts de centaines de petits personnages qui patinent, glissent, tombent, jouent et se rencontrent. Hendrick Avercamp, « le Muet de Kampen », inventa presque à lui seul le paysage d'hiver comme genre autonome.
Le monde sur la glace
Né à Amsterdam en 1585, Avercamp grandit à Kampen, sur l'IJssel, où sa famille s'installa — d'où son surnom, de Stomme van Kampen(« le Muet de Kampen »), car il était sourd-muet de naissance. Formé à Amsterdam, il puisa dans la tradition du paysage flamand (l'ombre lointaine de Bruegel) pour créer sa spécialité : de larges vues d'hiver, souvent circulaires, sous un ciel bas et laiteux, où la glace devient une scène de théâtre populaire. On y trouve tout un peuple minuscule et précis : patineurs élégants et gens du commun, marchands, joueurs dekolf, enfants, chevaux, parfois un couple qui a chu, parfois une scène plus crue. Ses couleurs douces, ses lointains vaporeux et son sens du détail firent le succès de ces tableaux, très recherchés.
Le silence et sa part d'ombre
Le handicap d'Avercamp fut, humainement, une épreuve : privé de parole, il vécut sa vie durant sous la protection de sa famille, à Kampen, et l'on sait peu de sa vie intérieure. Certains ont voulu lire dans son art le refuge d'un homme coupé du bruit du monde — l'hypothèse est séduisante mais invérifiable, et sans doute projetons-nous trop. Ce qui est sûr, c'est que ce silence n'appauvrit en rien son regard : nul n'a mieux que lui saisi la sociabilité de tout un peuple, l'exact mélange de grâce et de maladresse d'un corps sur la glace. Sa production, relativement limitée et longtemps peu documentée, a parfois été confondue avec celle de son neveu Barent Avercamp, son élève et continuateur.
Infos / repères
Hendrick Avercamp naquit à Amsterdam en 1585 et mourut à Kampen en 1634. Sourd-muet, surnommé « le Muet de Kampen », il fut le premier grand spécialiste néerlandais du paysage d'hiver, genre qu'il porta à sa maturité. Son neveu Barent Avercamp continua sa manière.
Anecdote mémorable
Les hivers du temps d'Avercamp étaient bien plus rudes que les nôtres : l'Europe traversait le « Petit Âge glaciaire », une période de refroidissement où canaux et rivières gelaient chaque année, parfois des mois durant. Les scènes de patineurs d'Avercamp ne sont donc pas une fantaisie pittoresque mais un document : elles montrent une Hollande où la glace était, chaque hiver, une place publique — voie de circulation, terrain de jeu et lieu de rencontre de tout un peuple.
Importance historique
Il ne pouvait ni entendre ni parler, et il peignit le plus bavard des mondes : la Hollande gelée, ses canaux pris de glace couverts de centaines de petits personnages qui patinent, glissent, tombent, jouent et se rencontrent. Hendrick Avercamp, « le Muet de Kampen », inventa presque à lui seul le paysage d'hiver comme genre autonome.

