
✦ Illustre ✦
Piero della Francesca
Peintre et théoricien de la perspective
Sur les pas de Piero della Francesca — ses œuvres & ses lieux sur la carte →
« La pittura contiene in sé tre parti principali, quali diciamo essere disegno, commensuratio et colorare. »
Contributions & œuvres
Piero della Francesca est le peintre qui a fait entrer la géométrie dans la lumière. Devant une de ses œuvres, on est saisi par un calme presque irréel: les figures se tiennent immobiles, baignées d'une clarté égale, disposées dans l'espace avec la rigueur d'un théorème. Rien ne s'agite, rien ne crie. Cette sérénité n'est pas de la froideur, c'est le fruit d'une audace rare: Piero a voulu que la peinture obéisse aux mêmes lois que les mathématiques, et il a réussi à en tirer une beauté que personne n'avait atteinte avant lui.



Son grand chantier est le cycle de la Légende de la Vraie Croix, peint à fresque dans le chœur de l'église San Francesco d'Arezzo. Sur ces murs se déploie une histoire ample, où chaque scène est construite comme un espace mesuré, chaque personnage posé comme un volume dans la lumière. La Flagellation du Christ, petit panneau conservé à Urbino, est peut-être l'exemple le plus troublant de sa méthode: une architecture d'une perspective impeccable, un dallage calculé au millimètre, et cette énigme jamais résolue des trois personnages du premier plan. La Résurrection, à Sansepolcro, montre un Christ frontal, monumental, sortant du tombeau au-dessus de soldats endormis, avec une puissance tranquille qui a marqué durablement l'imaginaire occidental.
Ce qui distingue Piero, c'est qu'il ne s'est pas contenté de peindre: il a écrit. Il est l'auteur de traités savants, dont le plus célèbre, le De prospectiva pingendi (« De la perspective en peinture »), fait de la perspective une véritable science, avec démonstrations, figures et progression logique. On lui attribue aussi un traité sur les solides géométriques (le Libellus de quinque corporibus regularibus pour le titre latin exact) et un ouvrage sur l'abaque destiné aux marchands. Piero est ainsi l'un des rares hommes de son temps à être pleinement peintre et pleinement mathématicien, sans que l'un serve seulement de décor à l'autre: chez lui, le calcul et le pinceau sont une seule et même recherche.
Il faut aussi dire la nuance, car elle fait partie de sa grandeur. Piero est resté un provincial. Né à Borgo Sansepolcro, en Toscane, il y est revenu sans cesse et y a passé la fin de sa vie, à l'écart des grands foyers que furent Florence ou Rome. Il a travaillé pour des cours et des villes— Urbino, Arezzo, Rimini— mais il n'a jamais fait carrière au centre du monde artistique. Cette position de côté explique en partie qu'il ait été, après sa mort, largement oublié: sa peinture, trop calme, trop savante, ne correspondait plus au goût des siècles suivants.
Anecdote mémorable
La tradition, transmise par Giorgio Vasari dans ses Vies des plus excellents peintres, raconte que Piero della Francesca serait devenu aveugle à la fin de son existence. Selon ce récit, le maître de la lumière et de la mesure aurait fini ses jours privé de la vue, guidé par un enfant dans les rues de sa ville natale. L'image est belle et cruelle à la fois, et elle a nourri sa légende. Il convient toutefois de la présenter comme un récit ancien plutôt que comme un fait certain: Vasari écrit plusieurs décennies après la mort de Piero, et la réalité de cette cécité, comme sa date, restent difficiles à établir.
Influences reçues
Piero se forme dans le sillage de la première Renaissance florentine. On rattache son art aux conquêtes de la perspective mises au point par les grands maîtres du début du siècle, et la tradition mentionne un passage à Florence où il aurait travaillé aux côtés de Domenico Veneziano De cet héritage il retient la construction rationnelle de l'espace et une lumière claire, uniforme, qui pose les volumes sans les dramatiser. À cela s'ajoute, probablement, une sensibilité venue de la peinture flamande pour le rendu minutieux des étoffes et des détails.
Influences exercées
De son vivant et dans les décennies suivantes, l'art de Piero a rayonné surtout dans les régions où il a travaillé, marquant plusieurs peintres de la cour d'Urbino et de l'Italie centrale Mais son influence la plus spectaculaire est venue bien plus tard. Redécouvert et célébré à partir de la fin du XIXe siècle puis au XXe siècle, il est devenu une référence pour les artistes modernes en quête de construction, de géométrie et de sérénité: sa manière de composer l'espace et de traiter les figures comme des volumes purs a parlé directement à la peinture moderne. Sa gloire actuelle est, en ce sens, une véritable résurrection.
Importance historique
Piero della Francesca occupe une place singulière dans l'histoire de l'art : celle d'un peintre-mathématicien qui a osé fondre le calcul et la beauté. Longtemps resté dans l'ombre, provincial et savant, il a été redécouvert par la modernité qui a reconnu en lui l'un des esprits les plus rigoureux et les plus poétiques de la Renaissance. Son destin illustre une leçon rare : la vraie audace n'est pas toujours bruyante, et une œuvre peut attendre des siècles avant que le monde soit prêt à la voir.
Peintures (11)

Polyptyque de la Miséricorde (Polittico della Misericordia)
commandé en 1445, achevé bien plus tard (vers 1460-1462)
📍 Le Museo Civico de Sansepolcro (Piero della Francesca)

Le Baptême du Christ (Battesimo di Cristo)
vers 1448-1450
📍 National Gallery, Londres (NG665)

Saint Jérôme et un donateur (San Girolamo e un devoto)
v. 1450-1460 (datation discutée)
📍 Les Gallerie dell'Accademia

La Légende de la Vraie Croix (Leggenda della Vera Croce)
vers 1452-1466
📍 Basilique San Francesco, chœur (Cappella Maggiore

La Madone de l'accouchée (Madonna del Parto)
v. 1455-1465
📍 La Madonna del Parto de Piero della Francesca à Monterchi

La Flagellation du Christ
v. 1455-1470 (datation très débattue)
📍 La Galerie nationale des Marches

La Résurrection (Resurrezione di Cristo)
v. 1460 (datation débattue)
📍 Le Museo Civico de Sansepolcro (Piero della Francesca)

Le Polyptyque de saint Antoine (Polittico di Sant'Antonio)
v. 1467-1470 (datation débattue)
📍 La Galleria Nazionale dell'Umbria à Pérouse

La Madone de Senigallia
v. 1470-1474
📍 La Galerie nationale des Marches

Pala di Brera (Pala Montefeltro) — Sacra Conversazione
vers 1472-1474
📍 Pinacoteca di Brera

Double portrait des ducs d'Urbino (Dittico dei duchi di Urbino)
vers 1473-1475
📍 La Galerie des Offices
Monuments associés (12)

Palais des Prieurs
Pérouse ()
cité — leria Nazionale dell'Umbria** : monte dans les salles du musée — chefs-d'œuvre de Duccio, Piero della Francesca, Beato Angelico, Pérugin, Pinturicchio. Le palais contient à lui seul un panorama de l'art ombrien. - **La Sa

Palais Passionei Paciotti
Urbino ()
cité — Montefeltro (1444-1482) l'un des foyers les plus purs de la Renaissance : sa cour attira Piero della Francesca, Laurana, Francesco di Giorgio Martini, et vit naître Raphaël. Autour du célèbre Palais Ducal, la ville se co

San Francesco d'Arezzo et les fresques de Piero della Francesca
Arezzo ()
cité — # San Francesco d'Arezzo et les fresques de Piero della Francesca De l'extérieur, San Francesco n'annonce rien : une façade de brique nue, laissée inachevée, sur une place di

La Chapelle Brancacci
Florence ()
cité — space, de la lumière et de l'émotion humaine constitue le socle de tout ce qui suivra, de Piero della Francesca à Michel-Ange. La répartition exacte des scènes entre les deux maîtres reste discutée par les historiens (*a

La Chapelle San Brizio à Orvieto
Orvieto ()
cité — er la voûte, puis de couvrir l'intégralité des murs. Le peintre, formé dans le sillage de Piero della Francesca et déjà réputé pour sa maîtrise du corps humain, y travaillera jusqu'en **1504**, produisant son chef-d'œuvre

La cathédrale d'Arezzo (Duomo di San Donato)
Arezzo ()
cité — res colorées, veille un chef-d'œuvre d'un autre âge : la **Marie-Madeleine** peinte par **Piero della Francesca** vers 1460, figure monumentale et calme qui suffirait à justifier la montée. La cathédrale se lit ainsi comm

Le Duomo d'Atri et les fresques d'Andrea De Litio
Atri ()
cité — perspective et une certaine gravité solennelle des figures ont conduit à le rapprocher de Piero della Francesca, dont l'art impose une géométrie sereine et une lumière égale ; on a également évoqué la culture padouane, ce

Le Palais ducal de Gubbio
Gubbio ()
cité — indissociable de l'image du prince humaniste : son profil au nez busqué, immortalisé par Piero della Francesca, son studiolo tapissé de livres et d'instruments, sa bibliothèque parmi les plus riches d'Europe. À Gubbio, v

San Bernardino (Mausolée des Ducs)
Urbino ()
cité — n, et notamment **Federico da Montefeltro** (1422-1482), le condottiere lettré, mécène de Piero della Francesca et de Luciano Laurana, dont le célèbre profil au nez brisé demeure l'un des visages emblématiques du Quattroc

Santa Maria della Verità à Viterbe (la Cappella Mazzatosta)
Viterbe ()
cité — larté géométrique de Lorenzo, sa lumière limpide et sa gravité monumentale, de l'art de **Piero della Francesca**, dont le rayonnement gagnait alors l'Italie centrale. La science de la perspective et la sécheresse incisiv

Santa Maria presso San Satiro à Milan
Milan ()
cité — son Sforza. Formé au contact de la culture perspectiviste de l'Italie centrale — celle de Piero della Francesca, de Mantegna et de la cour d'Urbino — il apporte en Lombardie une conception savante de l'espace architectura

Le Tempio Malatestiano à Rimini
Rimini ()
cité — de contrepoint léger à la gravité romaine de l'architecture d'Alberti. ## La fresque de Piero della Francesca Le temple conserve aussi une œuvre majeure de la peinture : la fresque signée et datée de 1451 par Piero del
