✦ Illustre ✦
Francesco della Rovere, dit Sixte IV
Pape de 1471 à 1484, bâtisseur de la chapelle Sixtine
Contributions & œuvres
Fils d'une famille modeste de Ligurie, Francesco della Rovere devient franciscain, théologien réputé et professeur avant de coiffer la tiare en 1471 sous le nom de Sixte IV. De ce lettré sort un bâtisseur d'une audace rare : il veut faire de Rome, encore médiévale et boueuse, la capitale visible de la chrétienté. Son chantier phare porte son nom, la chapelle Sixtine. Pour en couvrir les murs, il convoque la fine fleur toscane et ombrienne : Botticelli, le Pérugin, Ghirlandaio et Cosimo Rosselli y peignent le grand cycle de Moïse et du Christ, des décennies avant que Michel-Ange n'y déploie son plafond sous le neveu de Sixte, Jules II. Homme de livres, il relance la Bibliothèque vaticane par la bulle de 1475, nomme l'humaniste Platina bibliothécaire et fait immortaliser la scène par Melozzo da Forlì. Geste inédit envers le peuple romain : en donnant des bronzes antiques à la cité, il pose la première pierre des Musées du Capitole, l'un des plus anciens musées publics du monde. Urbaniste tenace, il perce des rues, restaure des églises et des hôpitaux, jette sur le Tibre le Ponte Sisto qui porte encore son nom. En treize ans, il transforme le décor d'une ville et redonne à la papauté un langage de pierre et de peinture.
Anecdote mémorable
En 1471, Sixte IV offre au peuple romain une poignée de bronzes antiques longtemps entassés au Latran : la Louve, l'Épine, la tête colossale de Constantin. Placés sur le Capitole, ces vestiges deviennent le noyau des Musées capitolins. L'idée est audacieuse pour l'époque : rendre au public des œuvres que princes et cardinaux gardaient jalousement pour eux. Un pape ancien franciscain qui restitue à la cité son passé païen plutôt que de l'enfermer dans un palais : le geste dit tout de sa manière, mêler foi, savoir et fierté civique romaine.
Influences reçues
Formation franciscaine et théologique ; humanisme romain (Platina) ; goût des antiques et des lettres classiques.
Influences exercées
Botticelli, le Pérugin, Ghirlandaio, Rosselli, Melozzo da Forlì ; la dynastie della Rovere jusqu'à Jules II ; le modèle du musée public.
Importance historique
Sixte IV a rouvert Rome au grand art et au savoir : la chapelle qui porte son nom, la Bibliothèque vaticane relancée, les premiers musées publics du Capitole comptent parmi les fondations durables de la Renaissance romaine. Mais l'homme reste contrasté. Son népotisme couvre d'honneurs et de terres ses neveux della Rovere et Riario, et sa complicité active dans la conjuration des Pazzi de 1478, visant à abattre les Médicis, aboutit à un attentat en pleine messe où Julien de Médicis est tué. Un mécène éclairé doublé d'un prince temporel prêt à la violence politique : sa grandeur et son ombre sont inséparables.
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