
Contributions & œuvres
Guillaume Costeley (né vers 1530-1531, mort à Évreux en 1606) fut l'un des grands chansonniers de la cour de France et, plus surprenant, l'un des tout premiers compositeurs d'Europe à s'aventurer dans la microtonalité. Organiste et valet de chambre du roi Charles IX à partir de 1560, puis au service d'Henri III, il publie en 1570, chez Le Roy et Ballard, un vaste recueil intitulé Musique — cent trois chansons qui firent sa réputation. On y trouve sa page la plus célèbre, Mignonne, allons voir si la rose, mise en musique du sonnet de Ronsard, modèle de la chanson polyphonique française : élégante, souple, épousant chaque inflexion du vers. Proche du cercle humaniste de Baïf, de Belleau et de Courville, Costeley participa au mouvement qui donna naissance en 1570 à l'Académie de poésie et de musique. Mais son audace la plus étonnante est théorique : dans la chanson Seigneur Dieu ta pitié, il exige que le ton soit divisé en trois parts exactement égales — les « tiers de ton » — ce qui revient à un tempérament de dix-neuf degrés par octave, expérience microtonale inspirée des théories italiennes de Nicola Vicentino, unique dans son œuvre et rarissime au XVIᵉ siècle. La nuance tempère l'éclat de l'inventeur. Ce chercheur de sons resta un homme de cour dépendant du bon vouloir royal, et son expérience des tiers de ton demeura sans lendemain immédiat, curiosité de savant plus que voie ouverte : la musique de son temps n'était pas prête à l'entendre, et il faudra attendre l'ère moderne pour que l'audace de Seigneur Dieu ta pitié soit vraiment reconnue.
Anecdote mémorable
La chanson Seigneur Dieu ta pitié porte une consigne stupéfiante pour son époque : le ton doit y être partagé en trois intervalles rigoureusement égaux. Concrètement, cela suppose une échelle de dix-neuf notes par octave, là où la musique occidentale en compte douze. Longtemps tenue pour une curiosité théorique impraticable, la pièce a été reconstituée et enregistrée à l'époque moderne en tempérament de dix-neuf tons, révélant les couleurs inouïes qu'avait imaginées Costeley. @@AVERIFIER : datation de la pièce (associée à 1558, publiée en 1570) et détail du tempérament à 19 degrés.
Influences reçues
Chanson parisienne ; cercle humaniste de Jean-Antoine de Baïf ; théories microtonales de Nicola Vicentino
Influences exercées
Air mesuré et chanson savante ; Académie de poésie et de musique ; postérité de la microtonalité
Importance historique
Costeley compte doublement : par la grâce de ses chansons, qui comptent parmi les plus belles réussites de la poésie mise en musique — Mignonne allons voir si la rose reste un classique du répertoire choral —, et par sa curiosité de pionnier, qui fit de lui, cinq siècles avant les compositeurs microtonaux, un explorateur des intervalles impossibles. On s'attache à cet homme qui unissait le métier du courtisan et la hardiesse du chercheur.
Œuvres (23)
- ›Allons gay bergères · c.1550–1580
- ›Allons gay gay bergeres · c.1550–1570
- ›En ce beau mois délicieux · c.1550–1580
- ›Frère Thibault · c.1550–1570
- ›Grosse garce noire et tendre · c.1550–1580
- ›Je prens congé de mes amours · c.1550–1580
- ›Je prens en gré la dure mort · c.1550–1570
- ›Je voy de glissantes eaux · c.1550–1580
- ›Las je n'eusse jamais pensé · c.1550–1570
- ›Las, je n’irai plus · c.1550–1580
- ›Las, je suis mis en aventure · c.1550–1580
- ›Las voulez vous qu'une personne chante · c.1550–1570
- ›Le Rossignol plaisant et gracieulx · c.1550–1580
- ›Mignonne allons voir si la rose · c.1550–1570
- ›Mignonne, allons voir si la rose · c.1550–1580
- ›Noblesse gist au cœur du vertueux · c.1550–1580
- ›O combien est heureuse · c.1550–1580
- ›O combien est heureuse · c.1550–1570
- ›Puisque vivre en servitude · c.1550–1580
- ›Quand j’estois libre · c.1550–1580
- ›Seigneur Dieu ta pitié · c.1550–1570
- ›Seigneur Dieu, ta pitié · c.1550–1580
- ›Sus, debout mon gentil cœur · c.1550–1580
