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Miniature médiévale : Gilles Binchois à droite avec une harpe, Guillaume Du Fay à gauche près d'un orgue portatif.

Gilles Binchois, à droite près de la harpe, avec Guillaume Du Fay — miniature du « Champion des Dames » de Martin le Franc, vers 1440

Illustre

Gilles Binchois

Compositeur

1400-1460·Compositeur·musique

Contributions & œuvres

Gilles Binchois est le poète mélancolique de la première Renaissance. Né vers 1400 à Mons, en Hainaut, il aurait d'abord porté les armes avant d'entrer dans les ordres — un soldat devenu prêtre et musicien. Vers 1430, il rejoint la chapelle de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, la cour la plus fastueuse d'Europe, et il y restera jusqu'à sa retraite. Là où Dufay embrasse le motet monumental et la grande messe, Binchois se fait miniaturiste : c'est le maître incontesté de la chanson courtoise, du rondeau surtout, dont il laisse une cinquantaine de bijoux — De plus en plus, Dueil angoisseux, Adieu m'amour. On lui doit aussi des pièces sacrées — sections de messe, Magnificat, motets —, mais c'est dans la chanson que son génie s'épanouit pleinement. Sa manière est faite de retenue : une ligne de chant d'une pureté immédiate, une tendresse contenue, l'art de dire beaucoup avec très peu. Cette économie fut sa force et sa limite. Binchois a fui les grandes architectures sonores où Dufay excellait ; il n'a pas cherché à révolutionner la messe ni à théoriser. On lui a parfois reproché de rester un homme de cour, tourné vers le divertissement raffiné plutôt que vers l'ambition — un talent parfait dans un cadre étroit. Mais ce cadre, il l'a porté à une perfection que ses contemporains vénéraient : Ockeghem lui-même composa une déploration à sa mort, et le poète Martin le Franc, dans son Champion des dames, l'associe à Dufay comme aux deux gloires de leur temps.

Anecdote mémorable

À la mort de Binchois, en 1460, Johannes Ockeghem composa une déploration, Mort tu as navré de ton dart, où la musique pleure le musicien. Fait rare pour l'époque, un maître y rendait hommage à un aîné en le nommant : preuve que Binchois, de son vivant déjà, était tenu pour un modèle. Le poète Martin le Franc l'avait chanté vers 1440 aux côtés de Dufay, tous deux éclipsant, disait-il, la génération précédente. Deux hommages, l'un en vers, l'autre en notes, pour fixer une gloire que le temps a failli oublier. @@AVERIFIER (attribution de la déploration à Ockeghem)

Influences reçues

école bourguignonne ; ars nova française ; Guillaume Dufay (émulation)

Influences exercées

Johannes Ockeghem ; Antoine Busnois ; école franco-flamande ; chanson bourguignonne

Importance historique

Binchois compte parce qu'il fixe, avec Dufay, le ton de l'école bourguignonne : la chanson polyphonique française comme art de cour par excellence. Il est le versant intime de la Renaissance naissante — non pas le bâtisseur, mais le mélodiste dont les rondeaux ont formé l'oreille de toute une génération. On s'attache à sa mélancolie, à cette voix douce et grave qui traverse cinq siècles sans rien perdre de son émotion. Sa présence sur la Route des polyphonistes rappelle que Mons, aujourd'hui belge, fut l'un des berceaux de cette musique.

Le courant : l’École franco-flamande

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