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Hôtel d'Étampes — architecture civile à Rouen (76), monument historique (Classé MH)

Monument

Hôtel d'Étampes

v. 1535-1545·Architecture civile·Rouen (76)·Classé MH

Contes, légendes & anecdotes

Rouen au XVIe siècle était le berceau de nombreuses familles de magistrats et de marchands qui avaient enrichi la ville par le commerce avec l'Angleterre et les Flandres. L'un de ces marchands raconta dans ses mémoires (conservés aux Archives départementales de Seine-Maritime) que son père avait acheté une maison dans la rue de l'hôtel d'Étampes en 1541 — 'une rue si noble et si bien bâtie qu'on se croyait à Paris ou à Lyon.' La Rouen Renaissance était à la hauteur des grandes villes françaises dans la qualité de son architecture civile.

Histoire

L'hôtel d'Étampes est l'un des hôtels particuliers Renaissance les mieux conservés de Rouen, dans cette ville qui possédait au XVIe siècle une densité exceptionnelle d'architecture civile de qualité. Construit vers 1535-1545 pour un notable rouennais lié à la cour du roi (peut-être Jean de Brézé, comte d'Étampes, ou un de ses successeurs à Rouen), il présente une façade en calcaire de Vernon — la pierre blanche de la Seine utilisée pour les constructions de prestige rouennaises — articulée par des pilastres et ornée de médaillons sculptés. La cour intérieure présente une galerie à arcades dont les piliers sont ornés de pilastres composites, avec des chapiteaux d'une finesse caractéristique des ateliers normands du milieu du XVIe siècle. L'hôtel a été partiellement transformé mais conserve l'essentiel de sa façade d'origine.

À voir

Récit incarné

Rouen, une ville aux cent clochers — dit la formule consacrée. Ses ruelles médiévales préservées, ses colombages normands, ses façades de calcaire blanc. Et dans ce tissu dense, l'hôtel d'Étampes — sa façade blanche sur la rue, sobre et distinguée.

Rouen avait au XVIe siècle une bourgeoisie marchande et judiciaire parmi les plus actives de France. Le Parlement de Normandie, les marchands du port, les armateurs atlantiques — tous construisaient des hôtels particuliers qui rivaliseraient avec ceux de Paris. L'hôtel d'Étampes s'inscrit dans ce mouvement.

La façade est caractéristiquement normande : le calcaire de Vernon blanc, les pilastres sobres, les fenêtres à meneaux encadrées de moulures. Pas la fantaisie de Toulouse, pas l'exubérance sculptée de Caen. La Renaissance normande est classique, mesurée, protestante dans son rapport à l'ornement — même si Rouen était catholique.

Lecture architecturale

L'hôtel d'Étampes est en calcaire de Vernon (calcaire blanc de la vallée de la Seine, extrait à Vernon-sur-Eure). La façade sur rue présente deux niveaux d'ordres superposés — ionique au rez-de-chaussée, corinthien au premier étage. Les pilastres plats encadrent des fenêtres à meneaux surmontées de frontons. La cour intérieure (partiellement accessible) révèle une galerie à arcades en plein cintre portées par des piliers à pilastres composites.

Symboles à observer

1. Le calcaire de Vernon : la pierre blanche de la Seine, plus compacte que le tuffeau de Loire, plus fine que le calcaire grossier de l'Île-de-France. C'est la pierre de Rouen — celle de la cathédrale, du Palais de Justice, du Gros-Horloge.

2. Les frontons alternés : dans les fenêtres du premier étage, des frontons triangulaires et curvilignes alternent — la composition serlienne standard de la Renaissance française.

3. Les chapiteaux composites de la cour : dans les galeries intérieures, les chapiteaux mêlent les volutes ioniques aux feuilles corinthiennes — l'ordre composite romain de prestige.

Anecdote mémorable

Gustave Flaubert (1821-1880) naquit à Rouen et y passa une grande partie de sa vie. Dans ses carnets, il décrit régulièrement les hôtels particuliers Renaissance du Vieux-Rouen avec une précision photographique. L'hôtel d'Étampes, dans sa rue, est l'archétype de ces maisons bourgeoises normandes que Flaubert aimait et détestait à la fois — leur élégance froide, leur conservatisme, leur confort discret. Emma Bovary rêvait d'architecture italienne. Flaubert lui donnait le calcaire normand.

Contexte historique dense

Rouen au XVIe siècle était une ville à deux vitesses : une élite parlementaire et marchande cultivée, ouverte aux idées nouvelles (réforme, humanisme), et un peuple catholique conservateur. Les guerres de religion (1562-1598) y furent particulièrement meurtrières. L'hôtel d'Étampes fut construit avant ces troubles — dans la prospérité de la première moitié du XVIe siècle, quand Rouen était encore la deuxième ville de France.

Échos artistiques

Musique : L'Alouettede Clément Janequin (1545) — la chanson de la nature qui correspondait au goût normand pour la campagne et les oiseaux. Peinture :La Vue de Rouen (gravure de Nicolas Chastillon, v.1630) — une vue panoramique de la ville au XVIIe siècle. Architecture : l'hôtel de Bourgtheroulde (Rouen, XVIe s.) — à 200 mètres, avec ses bas-reliefs du Camp du Drap d'Or.

Pour aller plus loin

  • Gros-Horloge (Rouen) — à 300 mètres, l'arche Renaissance de la ville.
  • Palais de Justice de Rouen — à 200 mètres, le chef-d'œuvre du gothique civil normand.
  • Musée des Beaux-Arts de Rouen — avec ses peintures normandes du XVIe au XXe siècle.

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Jouissance vous donneray
Claudin de Sermisy · c.1520–1540

Hôtel d'Étampes (v.1535-1545) à Rouen, hôtel de la famille d'Étampes liée à Anne de Pisseleu, maîtresse de François Ier : Sermisy, maître de la chapelle royale, compose pour le milieu de la cour dont Anne d'Étampes était l'une des figures. Jouissance vous donneray est la chanson galante de cette cour.

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