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Tombeau d'Ilaria del Carretto (Tomba di Ilaria del Carretto)

✦ Sculpture ✦

Tombeau d'Ilaria del Carretto (Tomba di Ilaria del Carretto)

Jacopo della Quercia

1406-1408 (parfois donné jusque vers 1413) @@AVERIFIER·Marbre·Cathédrale San Martino (Cattedrale di San Martino) · Lucca

Devant l'œuvre

Placez-vous d'abord à hauteur du visage : cherchez non la mort mais le sommeil, cette paix presque tendre. Descendez le long de la robe — remarquez les plis, la mode courtoise, le soin infini du drapé. Aux pieds, ne manquez pas le petit chien : couché, fidèle, il veille sur son sommeil. Faites le tour du sarcophage pour voir les putti aux guirlandes, tout empreints d'Antiquité retrouvée. Souvenez-vous, enfin, que ce marbre a traversé les siècles et les déplacements : ce qui vous émeut est un survivant, longtemps aimé et admiré.

Éléments remarquables

Un sarcophage de marbre surmonté d'un gisant : la jeune Ilaria, allongée, paraît dormir. Le visage est lisse, paisible, d'une beauté idéale ; la robe longue, à la mode courtoise du Nord, tombe en plis souples. Les mains sont posées, et à ses pieds un petit chien fidèle veille, symbole de fidélité conjugale. Le flanc du sarcophage porte une frise de putti nus soutenant de lourdes guirlandes — motif tout à l'antique, d'une grâce nouvelle. L'ensemble unit douceur du modelé et sérénité du sommeil.

Signification historique et artistique

Le tombeau d'Ilaria est l'une des premières grandes œuvres de la Renaissance toscane hors de Florence, et un chef-d'œuvre de l'art funéraire. Jacopo della Quercia y fond deux héritages : le gisant courtois d'inspiration nordique et gothique (la robe, la coiffe) et le vocabulaire antique retrouvé (putti et guirlandes classiques). Il ne montre pas la mort mais un sommeil paisible, une jeune femme préservée par l'art de la corruption du temps. C'est une méditation sur la beauté, la jeunesse fauchée et la mémoire, portée à un degré d'émotion inégalé.

Contexte économique, social et religieux

Ilaria del Carretto (1379-1405), seconde épouse de Paolo Guinigi, seigneur de Lucques, mourut à vingt-six ans après un accouchement. Son mari commanda aussitôt le monument à Jacopo della Quercia, réalisé vers 1406-1408. Après la chute et l'expulsion de Guinigi en 1430, le tombeau fut endommagé par les Lucquois et déplacé à plusieurs reprises au fil des siècles. Le sarcophage lui-même ne servit pas à l'inhumation : Ilaria reposerait dans la chapelle Guinigi de l'église San Francesco. L'œuvre est aujourd'hui conservée dans la cathédrale.

Symbolisme & lecture iconographique

Le gisant paisible dit l'espérance chrétienne : la mort n'est qu'un sommeil dans l'attente de la résurrection. Le petit chien aux pieds d'Ilaria est l'emblème classique de la fidélité — conjugale et posthume. Les putti nus portant des guirlandes de fruits et de feuilles, empruntés à l'art antique, mêlent l'idée de la vie qui continue à la célébration funèbre. La jeunesse et la beauté intactes du visage disent la victoire de l'art sur le temps : Ilaria ne vieillira pas, sa grâce est fixée pour l'éternité dans le marbre.

Analyse des émotions

Peu d'œuvres funéraires émeuvent autant, et par si peu de moyens. Nulle grandiloquence : une jeune femme endormie, un chien à ses pieds, et le silence. On est saisi par la douceur du visage, cette sérénité qui refuse le tragique et rend la perte plus poignante encore. On pense à la jeunesse, à la mort en couches, à l'amour d'un époux qui a voulu la garder belle à jamais. Il émane du marbre une tendresse grave, presque une intimité — on a l'impression d'être admis auprès d'un sommeil qu'il ne faudrait pas troubler.

Secrets & mystères

  • Ilaria mourut à vingt-six ans, peu après un accouchement.
  • Le chien couché à ses pieds symbolise la fidélité.
  • Le sarcophage ne servit pas à l'inhumation : elle reposerait ailleurs (chapelle Guinigi, San Francesco).
  • Après la chute de Guinigi en 1430, le tombeau fut endommagé et déplacé plusieurs fois.
  • Les putti aux guirlandes comptent parmi les premières citations franches de l'Antiquité dans la sculpture funéraire toscane.

Le saviez-vous ?

Le sort du tombeau fut mouvementé : à la chute de Paolo Guinigi en 1430, les Lucquois, hostiles au seigneur déchu, endommagèrent le monument de sa femme, et l'œuvre fut ensuite déplacée à plusieurs reprises dans la cathédrale. Au XIXe siècle, John Ruskin la contempla longuement et en fit l'un des symboles de la beauté funéraire, contribuant à sa gloire. La tradition locale, elle, s'attendrit sur le nez du gisant, poli par les caresses des visiteurs — l'histoire d'un marbre que l'on n'a cessé de vouloir toucher.

Commanditaire

Paolo Guinigi, seigneur de Lucques, pour sa jeune épouse Ilaria del Carretto

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