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Hercules Pomarius van Willem Danielsz. van Tetrode

✦ Sculpture ✦

Hercule Pomarius de Willem Danielsz. van Tetrode

Willem Danielsz. van Tetrode

v.1560-1570·bronze (statuette)·Rijksmuseum, Amsterdam · Amsterdam

Contexte économique, social et religieux

Willem van Tetrode (v.1525-v.1580), sculpteur de Delft, apprit le bronze en Italie, auprès de Benvenuto Cellini à Florence et dans l'atelier de la Rome antique. Cet Hercule est sa création la plus célèbre : un morceau de Renaissance italienne coulé par une main néerlandaise.

Guide du regard : le héros et la pomme

On l'appelle Hercules Pomarius — Hercule « au verger » — parce que le héros tient une pomme dans la main gauche. C'est l'allusion à son onzième travail : dérober les pommes d'or du jardin des Hespérides, gardé par un dragon. Cherche donc la pomme : ce petit détail donne son nom et son sujet à la statuette. Le reste est un hymne au corps héroïque — muscles tendus, contrapposto savant, puissance contenue.

Guide du regard : comment regarder

Tourne mentalement la figure : une statuette de bronze se regarde de tous côtés, chaque angle offrant une nouvelle ligne, une nouvelle tension. C'est tout l'art de la sculpture italienne que Tetrode importe au Nord : l'étude de l'antique et de Michel-Ange, le goût du nu musculeux, la virtuosité de la fonte. Observe le poli du métal, le rendu des chairs et des veines : ces bronzes de cabinet étaient faits pour être pris en main par les collectionneurs érudits.

Le saviez-vous ?

L'Hercule Pomarius fut l'invention la plus recherchée de Tetrode : on en connaît de nombreux exemplaires. Celui du Rijksmuseum a une histoire mouvementée — volé au musée en 1968, il fut retrouvé lors d'une vente à Zurich et rendu en 1997.

Sources

  1. 1.Rijksmuseum, Amsterdam, inv. BK-1954-43 (avec trois socles associés)

Le sculpteur

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Willem Danielsz. van Tetrode

v.1525 (Delft) – v.1580 (Westphalie ?)

Il partit apprendre chez le plus grand orfèvre-sculpteur de Florence, travailla sous les voûtes du Vatican, et rapporta au plat pays quelque chose de neuf : la statuette de bronze, ce concentré d'Antiquité que l'on tient dans la main. Willem Danielsz. van Tetrode, né à Delft vers 1525, fut le premier grand sculpteur néerlandais formé à l'italienne — au point qu'en Italie on l'appelait tout simplement **Guglielmo Fiammingo**, « Guillaume le Flamand ». ## L'élève de Cellini Parti jeune pour l'Italie, Tetrode entra dans l'atelier de **Benvenuto Cellini** à Florence, vers 1549-1550, et travailla notamment au socle de marbre du fameux *Persée tenant la tête de Méduse*. Puis il gagna Rome, où il servit **Guglielmo della Porta** et restaura des antiques pour les grands chantiers pontificaux, autour du Belvédère du Vatican. De ces années au contact direct des marbres antiques et des maîtres italiens, il tira une spécialité : les **petits bronzes** — copies réduites d'après l'antique (l'*Hercule Farnèse*, le *Laocoon*) et d'après **Michel-Ange** —, objets d'étude et de collection dont les cabinets princiers d'Europe raffolaient. On lui doit ainsi d'avoir **introduit aux Pays-Bas la sculpture de petit format en bronze**, jusque-là italienne. Certains de ces bronzes sont aujourd'hui au **Rijksmuseum** et au Metropolitan Museum. ## Le retour au pays, et l'iconoclasme Vers 1566-1567, Tetrode rentra dans sa Delft natale, où il signa le contrat d'un **nouveau maître-autel pour l'Oude Kerk**, achevé en 1573 : un grand ensemble sculpté, sa plus ambitieuse commande publique au pays. Le sort voulut qu'il travaillât au pire moment. La **fureur iconoclaste** et le basculement des Pays-Bas dans la Réforme condamnèrent l'art religieux : son maître-autel fut détruit, comme tant d'images. Le sculpteur qui avait rapporté d'Italie les dieux de marbre se retrouvait dans un pays qui brisait les statues. Il repartit vers Cologne (1574-1575), puis vers l'est ; on perd sa trace vers 1580. Il appartient, avec **Johan Gregor van der Schardt**, à cette petite cohorte de sculpteurs des Pays-Bas que l'Italie avait éblouis — la génération qui, comme le Flamand **Giambologna** au sud, portait le maniérisme international. ## La part d'ombre La tragédie de Tetrode est celle d'un homme né du mauvais côté de l'Histoire. Maître d'un art tout italien — le nu héroïque, le dieu païen, le grand retable catholique —, il revint l'offrir à une société qui, précisément, s'apprêtait à le refuser. Son œuvre monumentale néerlandaise a presque entièrement disparu : nous ne le connaissons plus que par ses petits bronzes, ces miniatures pour cabinets d'amateurs, et par des attributions souvent incertaines. Sculpteur savant, virtuose du métal, il n'eut ni la carrière de cour d'un van der Schardt ni la gloire européenne d'un Giambologna ; itinérant, dispersé, il finit dans l'ombre, laissant une rencommée que les historiens n'ont reconstituée qu'au XXᵉ siècle.

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