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Autel Piccolomini (Altare Piccolomini)

✦ Sculpture ✦

Autel Piccolomini (Altare Piccolomini)

Andrea Bregno (architecture), Michelangelo (quatre saints) et autres

1481-1485 (structure) ; 1501-1504 (statues de Michel-Ange)·Marbre de Carrare·Duomo di Siena (bas-côté gauche) · Siena

Devant l'œuvre

Prenez l'ensemble d'abord, puis oubliez-le : le vrai trésor est dans les niches basses. Repérez les quatre saints de Michel-Ange — Pierre et Paul en bas, Pie et Grégoire au-dessus Comparez-les au décor de Bregno alentour : autant celui-ci est brodé, minutieux, ornemental, autant les figures de Michel-Ange sont ramassées, pensées comme des corps sous l'étoffe. Cherchez surtout le saint Paul, à droite : c'est le plus abouti, et l'on y a vu le premier autoportrait du sculpteur. Vous regardez les tout premiers pas d'un colosse.

Éléments remarquables

Un grand retable-architecture de marbre blanc adossé au mur du bas-côté : plusieurs registres de niches encadrées de pilastres, candélabres et ornements finement ciselés, dans le goût raffiné du dernier Quattrocento. Il porte l'inscription qui date l'œuvre d'Andrea Bregno (1485). Dans quatre des niches inférieures, quatre statues de saints — Pierre, Paul, Grégoire, Pie (à l'origine Augustin) — dues au jeune Michel-Ange. Au sommet, une Vierge à l'Enfant plus ancienne. L'ensemble mêle donc plusieurs mains et plusieurs époques : un décor élégant de Bregno où s'insèrent, presque en secret, les débuts d'un géant.

Signification historique et artistique

L'autel Piccolomini vaut moins par son unité que par ce qu'il abrite : quatre saints du tout jeune Michel-Ange, saisis avant le David. Conçu comme monument funéraire du cardinal Piccolomini, il devait recevoir une riche population de statues ; le destin en décida autrement. Il témoigne du passage de relais entre deux âges : la manière ornementale et lombarde de Bregno, virtuose du marbre décoratif, et l'irruption d'un art nouveau, celui de Michel-Ange, où la figure prime sur l'ornement. C'est un carrefour de l'histoire de la sculpture, planté dans la pénombre du Duomo.

Contexte économique, social et religieux

La structure fut élevée par Andrea Bregno entre 1481 et 1485. Le 19 juin 1501, par l'entremise du banquier Jacopo Galli, Michel-Ange signa un contrat pour peupler les niches restées vides : il s'engageait à livrer une série de statues (les sources parlent de quatorze ou quinze). Il n'en réalisa que quatre, entre 1501 et 1504 — dans les mêmes années que le David et la Madone de Bruges — et « avec l'aide d'assistants ». Les autres ne vinrent jamais ; le contrat fut annulé dans les années 1530. Le cardinal, devenu pape sous le nom de Pie III, mourut après un pontificat de quelques semaines et fut enterré à Rome, non ici.

Symbolisme & lecture iconographique

Le programme réunit les saints chers à la maison Piccolomini et à l'Église : Pierre et Paul, colonnes de la foi ; Grégoire le Grand et Pie, docteurs et pontifes — Pie renvoyant au nom pris par le cardinal, en hommage à son oncle Pie II. L'autel funéraire dit l'espérance de résurrection et la piété d'un prince de l'Église. La Vierge au sommet couronne l'ensemble sous la protection mariale, si chère à Sienne. La densité des ornements de Bregno — candélabres, rinceaux, grotesques — célèbre l'abondance et la magnificence, marques de statut d'un grand commanditaire.

Analyse des émotions

L'autel joue sur un contraste qui touche : la profusion élégante et un peu froide de Bregno, et, nichées dedans, quatre figures d'une autre gravité. On éprouve l'émotion des commencements — savoir que la main qui taillera bientôt le David s'exerce ici, encore contrainte, déjà puissante. Il y a aussi la mélancolie de l'inachevé : ces niches conçues pour un peuple de saints, restées à demi vides, disent un projet trop grand pour une vie. Devant l'ensemble, on ressent le vertige du temps : un décor du Quattrocent finissant traversé par l'aube de la Haute Renaissance.

Secrets & mystères

  • Le contrat prévoyait une série de statues (14 ou 15 selon les sources) : Michel-Ange n'en livra que quatre.
  • Le saint Paul passe pour le premier autoportrait de Michel-Ange.
  • Le commanditaire devint pape Pie III, mais mourut quelques semaines après son élection et fut enterré au Vatican.
  • Les quatre saints furent taillés dans les mêmes années que le David et la Madone de Bruges.
  • Le contrat fut annulé dans les années 1530 ; l'autel resta inachevé.
  • La Vierge du sommet est plus ancienne, aujourd'hui attribuée à Giovanni di Cecco (autrefois à Jacopo della Quercia).

Le saviez-vous ?

En 1501, un cardinal fortuné rêvait d'un autel peuplé de saints et engagea, par contrat, un sculpteur de vingt-six ans à peine sorti de la Pietà romaine. Michel-Ange promit une longue série ; il n'en livra que quatre. Happé par le David, par Rome, par ses chantiers colossaux, il négligea la commande siennoise, la sous-traita en partie, puis l'abandonna. Le cardinal, lui, devint pape pour vingt-six jours seulement. De ce double rendez-vous manqué — un pontife éphémère, un génie ailleurs — il reste un autel superbe et suspendu, gardien de quatre statues arrachées de justesse à l'oubli.

Commanditaire

Cardinal Francesco Todeschini Piccolomini (futur pape Pie III)

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