
Contributions & œuvres
Formé dans l'atelier d'orfèvre et de sculpteur sur bois de son père Piero d'Angelo, Jacopo della Quercia s'impose dès le début du XVe siècle comme l'un des grands rénovateurs de la sculpture. Vers 1406, il taille pour la cathédrale de Lucques le gisant d'Ilaria del Carretto, jeune épouse de Paolo Guinigi : un corps allongé d'une douceur apaisée, veillé par des putti porteurs de guirlandes empruntés aux sarcophages antiques. En 1408, Sienne lui commande la Fonte Gaia de la Piazza del Campo, fontaine monumentale ornée de Vertus et de reliefs qu'il met plus de dix ans à achever. À Lucques encore, il sculpte l'autel et les dalles de la chapelle Trenta à San Frediano. À partir de 1425, il grave la Porta Magna de la basilique San Petronio de Bologne : Genèse et Enfance du Christ en bas-reliefs d'une puissance plastique inédite. Il meurt à Sienne en 1438, après avoir dirigé le chantier de la cathédrale comme operaio.
Anecdote mémorable
En 1413, au plus fort du chantier interminable de la Fonte Gaia, Jacopo doit fuir Lucques : il y est accusé de vol, de viol et de sodomie. Il se réfugie à Sienne et ne regagne la cité qu'en 1416, muni d'un sauf-conduit. L'affaire, longtemps gênante pour sa légende, rappelle que le sculpteur loué par Ghiberti et Filarete fut aussi un homme traqué, criblé de dettes et sans cesse en retard sur ses commandes — la Fonte Gaia, promise en quelques années, lui en coûta plus de dix. Le génie, chez lui, avança toujours au bord du scandale.
Influences reçues
Il reçoit d'abord le métier dans l'atelier paternel, mêlant orfèvrerie et sculpture sur bois, et la tradition du gothique international encore vivace à Sienne. L'étude des sarcophages romains lui fournit ses putti et ses guirlandes. La confrontation avec Ghiberti, lors du concours florentin de 1401, et la connaissance des recherches de Donatello aiguisent son sens de la monumentalité, qu'il plie toutefois à un tempérament plus âpre et plus charnel.
Influences exercées
Son empreinte se lit d'abord chez Michel-Ange, qui médita ses reliefs bolonais au point d'en tirer des motifs pour la chapelle Sixtine. À Sienne, il ouvre la voie à toute une génération, du Vecchietta à Francesco di Giorgio Martini, qui héritent de son sens du relief et de la figure monumentale. Son traitement du nu héroïque et du drapé sculptural irrigue durablement l'art toscan du Quattrocento.
Importance historique
Figure de transition, Jacopo della Quercia tient à la fois du gothique tardif, par la ligne souple et le drapé ondoyant, et de la Renaissance naissante, par la monumentalité des corps et le retour aux modèles antiques. Contemporain de Ghiberti et de Donatello — il concourut d'ailleurs, sans l'emporter, au concours de 1401 pour la deuxième porte du Baptistère de Florence — il développe une voie personnelle, moins narrative et plus sculpturale, où la figure humaine prime sur le décor. Les reliefs de la Porta Magna de San Petronio, avec leurs nus robustes et leur économie de moyens, marquent un sommet : Michel-Ange les étudia longuement et reconnut y avoir puisé pour les scènes de la Genèse de la voûte Sixtine, en particulier la Création d'Ève. Son gisant d'Ilaria del Carretto est devenu l'une des images les plus aimées de toute la sculpture funéraire italienne, admiré notamment par John Ruskin. Resté fidèle à Sienne quand Florence devenait le foyer des nouveautés, Jacopo incarne une Renaissance déplacée, provinciale par la géographie mais centrale par la force : il a prouvé qu'une sculpture pouvait être pleinement moderne sans renoncer à la grâce héritée du Moyen Âge.
Œuvres (3)

Tombeau d'Ilaria del Carretto (Tomba di Ilaria del Carretto)
1406-1408 (parfois donné jusque vers 1413)
📍 Cathédrale San Martino (Cattedrale di San Martino)

Fonte Gaia — reliefs originaux
1414-1419 (commande 1408-1409)
📍 Santa Maria della Scala (complexe muséal)

Grand portail de San Petronio (Porta Magna)
1425-1438
📍 Basilica di San Petronio
