
« Je suis aymé de la plus belle », chanson à cinq voix de Thomas Crecquillon — Le Sixiesme Livre, Tielman Susato, Anvers. Son nom est imprimé en tête de page.
Contributions & œuvres
Thomas Crecquillon fut le musicien de l'empereur qui tenait l'Europe. Né vers 1505 dans les Pays-Bas méridionaux @@AVERIFIER, il devient vers 1544 maître de la chapelle de Charles Quint à Bruxelles — la chapelle la plus prestigieuse du monde, qui suivait l'empereur de Flandre en Espagne et d'Allemagne en Italie. Détenteur de prébendes à Louvain, Namur, Termonde et enfin Béthune, il mène la vie confortable d'un clerc-musicien au sommet de la hiérarchie impériale. Son œuvre, considérable, penche vers la chanson : plus de deux cents chansons françaises, où il excelle, plus d'une centaine de motets, une douzaine de messes. Sa Missa Mort m'a privé, bâtie sur l'une de ses propres chansons, illustre l'art de la messe-parodie où il excellait, tandis que ses motets servaient les grandes cérémonies de la cour impériale. Le style de Crecquillon est celui d'un classique accompli — une polyphonie dense, équilibrée, d'un métier sans faille, où l'imitation continue héritée de Gombert coule avec une régularité sereine. Ses chansons, largement imprimées et diffusées dans toute l'Europe, firent de lui l'un des compositeurs les plus joués de son siècle. Sa chanson Ung gay bergier fut l'un des succès du siècle, reprise en messe-parodie par d'autres maîtres, et ses œuvres emplissent les recueils imprimés d'Anvers, de Paris et de Louvain. La nuance tient précisément à cette perfection lisse : Crecquillon n'a ni la hardiesse expressive d'un Rore ni l'invention d'un Lassus ; on l'admire pour sa maîtrise plus qu'on ne s'enflamme, et sa réputation, immense de son vivant, a décliné faute d'audace mémorable. Il meurt à Béthune en 1557, peut-être emporté par une épidémie @@AVERIFIER.
Anecdote mémorable
La chapelle de Charles Quint que dirigeait Crecquillon n'était pas fixée en un lieu : elle suivait l'empereur, homme sans capitale qui gouvernait à cheval un empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais. Les chantres franco-flamands portaient ainsi leur polyphonie de Bruxelles à Augsbourg et de Tolède à Bologne. Quand Charles Quint abdiqua en 1555 et se retira au monastère de Yuste, il emporta, dit-on, le goût de cette musique du Nord jusque dans sa retraite espagnole. @@AVERIFIER
Influences reçues
Nicolas Gombert ; Josquin des Prez ; école franco-flamande
Influences exercées
Orlande de Lassus ; chanson franco-flamande ; polyphonie de la chapelle impériale
Importance historique
Crecquillon compte parce qu'il incarne la musique du pouvoir impérial à son apogée : c'est la bande-son de l'Europe de Charles Quint. Maillon entre Gombert et la génération de Lassus, il porte à sa perfection la chanson franco-flamande, ce genre qui circulait de Paris à Anvers et de Venise à Séville. On s'attache à ce grand professionnel discret, dont la musique voyagea partout où régnait l'aigle des Habsbourg.
