✦ Illustre ✦
Mathis Gothart Nithart, dit Grünewald
peintre
Contributions & œuvres
On sait peu de choses de sa vie, et c'est là une part de sa légende : il se nommait sans doute Mathis Gothart Nithart, et « Grünewald » n'est qu'une méprise d'un biographe du siècle suivant. Peintre de cour des archevêques de Mayence, il travaille à l'écart des grands foyers, en artisan solitaire, mêlant à son art des talents d'ingénieur des eaux. Vers 1512-1516, il peint pour le monastère des Antonins d'Issenheim, en Alsace, le retable qui porte son nom — aujourd'hui au musée Unterlinden de Colmar. Destiné à la salle d'un hôpital où l'on soignait le « mal des ardents », il montre un Christ couvert de plaies, au corps déchiré et verdi par la mort, afin que les malades reconnaissent leur propre calvaire dans le sien. Puis, ouvert au fil des fêtes, le polyptyque se métamorphose : un concert d'anges, une Nativité rayonnante, et une Résurrection où le Christ, dissous dans un halo incandescent, semble se changer en pure lumière — l'une des images les plus audacieuses jamais peintes. Grünewald ne cherche ni la beauté idéale ni la perspective savante des Italiens : il vise droit au cœur, par la seule puissance de la couleur et de l'émotion.
Anecdote mémorable
Grünewald fut si bien oublié qu'il faillit disparaître à jamais. Pendant près de deux siècles, on ne sut même plus son nom : c'est le biographe Joachim von Sandrart qui, au XVIIᵉ siècle, le baptisa par erreur « Grünewald » — et l'erreur fit loi. Son identité véritable, Mathis Gothart Nithart, ne fut retrouvée qu'au XXᵉ siècle, au fond des archives. L'auteur du plus grand retable de la Renaissance allemande avait perdu jusqu'à son propre nom.
Influences reçues
La grande tradition gothique rhénane, la maîtrise du dessin de son contemporain Dürer, et la piété brûlante des mystiques allemands — les visions de sainte Brigitte de Suède nourrissent directement sa Crucifixion.
Influences exercées
Oublié durant des siècles, il ressurgit au XXᵉ comme un précurseur : les expressionnistes allemands le vénèrent, Otto Dix et Francis Bacon s'en souviennent, et le compositeur Paul Hindemith lui consacre un opéra, « Mathis der Maler ».
Importance historique
Grünewald est le plus bouleversant des peintres de la Renaissance allemande. Tandis que Dürer, son contemporain exact, rapportait d'Italie l'harmonie, la mesure et la science des proportions, lui creusait la voie inverse : celle d'une intensité sans exemple, où la couleur devient cri et la peinture, vision. Son chef-d'œuvre, le retable d'Issenheim, est l'un des sommets de tout l'art occidental — un polyptyque qui passe, en quelques volets, de la nuit la plus noire d'une Crucifixion à l'explosion de lumière d'une Résurrection. Longtemps oublié au point de perdre jusqu'à son nom, il fut redécouvert au XXᵉ siècle comme un frère lointain : les expressionnistes se reconnurent en lui. Nul n'a peint la souffrance et la transfiguration avec une telle force, ni fait de la douleur une telle source de beauté.
Peintures (4)

Retable d'Issenheim — La Crucifixion (état fermé, panneau central)
1512–1516
📍 Musée Unterlinden

Retable d'Issenheim — La Résurrection (première ouverture, volet droit)
1512–1516
📍 Musée Unterlinden

Retable d'Issenheim — La Tentation de saint Antoine (deuxième ouverture, volet droit)
1512–1516
📍 Musée Unterlinden

Retable d'Issenheim — Le Concert des Anges et La Nativité (première ouverture, panneau central)
1512–1516
📍 Musée Unterlinden
