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Portrait gravé de Philippe de Monte, vieil homme barbu coiffé d'un haut bonnet.

Philippe de Monte à soixante-treize ans — gravure de Raphael Sadeler l'Ancien, 1594.

Illustre

Philippe de Monte

Compositeur

1521-1603·Compositeur·musique

Contributions & œuvres

Philippe de Monte est le plus prolifique compositeur de madrigaux de toute la Renaissance, et le dernier grand Franco-Flamand au service des empereurs. Né en 1521 à Malines (Mechelen), il se forme au Nord puis passe, comme tant des siens, par l'Italie et jusqu'en Angleterre, avant de trouver sa place au sommet : en 1568, il devient maître de la chapelle impériale de Maximilien II, charge qu'il conservera sous Rodolphe II, entre Vienne et Prague, jusqu'à sa mort. De Monte est un homme de synthèse. Nourri de Willaert et de Rore, il écrit quelque douze cents madrigaux italiens — chiffre inouï —, plus des messes et des centaines de motets, mêlant la grâce mélodique italienne à la solidité contrapuntique du Nord. Outre ses madrigaux, il laissa près de quarante messes et plus de trois cents motets, dont des madrigali spirituali d'une piété profonde. Son art, tout de mesure et d'élégance, est celui d'un classique tardif : moins audacieux que Rore, moins spectaculaire que les Gabrieli, il cultive une perfection sereine, une profondeur discrète. La nuance tient à cette discrétion même. De Monte fut un homme effacé, diplomate autant que musicien, dont l'immense production a paradoxalement nui à la mémoire : noyé dans sa propre abondance, éclipsé par Lassus son contemporain plus flamboyant, il reste aujourd'hui sous-estimé au regard de sa maîtrise. Loin des grands foyers, à Prague, il fut le dernier maillon d'une lignée qui, de Dufay à lui, avait porté deux siècles durant la polyphonie du Nord à travers toute l'Europe.

Anecdote mémorable

En 1583, depuis Prague, Philippe de Monte envoya en Angleterre un motet à huit voix sur le psaume Super flumina Babylonis — Au bord des fleuves de Babylone —, destiné au catholique William Byrd, musicien d'une reine protestante. Byrd lui répondit l'année suivante par un Quomodo cantabimus : comment chanterions-nous le chant du Seigneur en terre étrangère ? Deux catholiques, l'un à la cour impériale, l'autre en pays hostile, se parlaient ainsi par-dessus l'Europe, en latin et en musique, du seul exil qui les unissait. @@AVERIFIER

Influences reçues

Adrian Willaert ; Cipriano de Rore ; Orlande de Lassus ; école franco-flamande

Influences exercées

madrigal italien ; polyphonie de la cour impériale ; William Byrd (échange) ; école germanique

Importance historique

De Monte compte parce qu'il ferme, dans le temps, la grande lignée franco-flamande : né l'année où Josquin disparaissait, mort en 1603 à l'orée du baroque, il en est le dernier représentant impérial. Pont entre l'école de Willaert et de Rore et le monde germanique de Prague, madrigaliste sans égal par la quantité, il incarne l'aboutissement et le crépuscule d'une tradition. On s'attache à ce maître discret, resté fidèle jusqu'au bout à un art que le siècle nouveau allait dépasser.

Le courant : l’École franco-flamande

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