
Contributions & œuvres
Guillaume de Morlaye est l'homme qui a donné ses lettres de noblesse à la musique intime de la Renaissance, celle du luth et de la petite guiterne qu'on joue près d'une fenêtre plutôt que dans les cérémonies. Luthiste, compositeur et éditeur parisien né vers 1510, il fut l'élève du grand luthiste italien Albert de Rippe (Alberto da Ripa), virtuose attaché à la cour de François Ier. En 1552, Morlaye obtient d'Henri II un privilège de dix ans pour imprimer de la musique. De 1553 à 1558, en association avec l'imprimeur Michel Fezandat, il publie quatre recueils pour luth de sa main et six recueils rassemblant l'œuvre de son maître Ripa, sauvant ainsi de l'oubli la musique de l'un des plus grands luthistes du siècle, qui n'avait presque rien fait paraître de son vivant. Son audace propre est ailleurs : en 1552-1553, il fait paraître trois livres de pièces pour la guiterne à quatre chœurs, fantaisies, gaillardes, pavanes, branles, parmi les tout premiers imprimés dédiés à ce petit instrument populaire, ancêtre de la guitare. Il y ajoute des arrangements de chansons de Certon et de Sermisy, rendant accessibles au musicien amateur les succès de son temps. Sa part d'ombre est celle du passeur : son œuvre personnelle, gracieuse mais mince, pèse moins que son rôle d'éditeur, et sa réputation repose autant sur la musique des autres, celle de Ripa surtout, que sur la sienne. Homme d'affaires autant qu'artiste, il incarne le musicien-entrepreneur d'un siècle où l'imprimé changeait tout. En publiant les pièces de son maître Albert de Rippe, il sauva de l'oubli l'œuvre du plus grand luthiste de la cour de François Iᵉʳ — passeur autant que créateur. @@AVERIFIER
Anecdote mémorable
Le geste le plus précieux de Morlaye ne fut peut-être pas de composer, mais de publier : sans les six volumes qu'il fit paraître après 1552, l'œuvre d'Albert de Rippe, luthiste prodige qui n'avait presque rien imprimé de son vivant, aurait sans doute disparu. L'élève sauva ainsi la mémoire du maître. C'est tout le paradoxe de Morlaye : sa plus grande audace fut un acte d'éditeur, celui de fixer sur le papier une musique jusque-là confiée aux seuls doigts des virtuoses. @@AVERIFIER les dates exactes (naissance et mort situées vers 1510-1558).
Influences reçues
Albert de Rippe (Alberto da Ripa) ; Claudin de Sermisy ; Pierre Certon
Influences exercées
répertoire pour luth et guiterne ; édition musicale parisienne ; guitare Renaissance
Importance historique
On s'attache à Morlaye pour la Renaissance qu'il révèle : non celle des grandes messes, mais celle, tendre et domestique, du luth qu'on pince chez soi. Grâce à lui, la musique de son maître Ripa nous est parvenue, et la guiterne, ce petit instrument du peuple, est entrée dans l'histoire imprimée. Ses fantaisies et ses danses restent aujourd'hui un répertoire de choix pour les luthistes et les guitaristes qui cherchent l'âme intime du XVIe siècle.
