
Contributions & œuvres
À son époque, être savant en Europe, c'était souvent correspondre avec Leyde — et à Leyde, c'était écrire à Daniel Heinsius. Philologue, poète, bibliothécaire, il fut l'une des plus grandes gloires intellectuelles des Provinces-Unies, l'héritier du prince des érudits Scaliger, et l'un de ces humanistes dont la renommée franchissait sans peine les frontières.
L'enfant réfugié devenu prince des lettres
Né à Gand en 1580 — d'où le flag —, dans une famille protestante que la guerre chassa des Pays-Bas espagnols, Heinsius connut jeune l'exil et l'errance. Il vint étudier à l'université de Leyde, où il eut pour maître le plus grand philologue de l'époque, Joseph Juste Scaliger, qui décela aussitôt son génie. Prodige, il commença à enseigner à peine sorti de l'adolescence : professeur de poétique en 1603, de grec en 1605, puis bibliothécaire de l'université en 1607, et enfin, en 1612, titulaire de ce qui est parfois décrit comme la première chaire de « science politique » au monde. Éditeur savant, il donna des éditions critiques d'Hésiode, Théocrite, Horace, Térence, Aristote, dont beaucoup firent autorité pendant des générations, et conseilla la célèbre maison d'édition Elzevier.
Le poète des deux langues — et sa part d'ombre
Heinsius fut aussi un poète considérable, dans les deux registres de son temps. En latin, il écrivit une poésie néolatine admirée dans toute l'Europe. En néerlandais, son recueil Nederduytsche Poemata (1616) joua un rôle de modèle pour la poésie savante en langue vulgaire, influençant jusqu'à Opitz en Allemagne. Sa part d'ombre est celle de bien des grands érudits : d'un caractère difficile, vaniteux, jaloux de sa gloire, il se brouilla avec plusieurs contemporains ; son fils Nicolaas, philologue lui aussi, éclipsa parfois le père ; et son engagement dans les querelles théologiques (il fut secrétaire du synode de Dordrecht, du côté des calvinistes stricts contre les remontrants) le montre partie prenante de l'intolérance dont d'autres, comme Coornhert ou Grotius, furent victimes. Surtout, sa gloire même a mal vieilli : l'immense édifice de l'érudition philologique baroque, si prestigieux en son temps, est aujourd'hui l'affaire des seuls spécialistes. L'astre qui éclairait l'Europe savante ne brille plus que pour quelques-uns.
Infos / repères
Daniel Heinsius naquit à Gand en 1580 et mourut à La Haye en 1655. Philologue et poète de renommée européenne, élève de Scaliger, professeur et bibliothécaire à Leyde, il édita de nombreux classiques et écrivit en latin comme en néerlandais (Nederduytsche Poemata, 1616).
Anecdote mémorable
En 1612, l'université de Leyde créa pour Daniel Heinsius une chaire de Politices — l'étude du gouvernement et de l'État à partir des textes antiques (Aristote, Tacite). Cet enseignement est souvent cité comme l'ancêtre lointain de nos actuelles « sciences politiques ». Bien avant que la discipline n'existe sous ce nom, un humaniste de Leyde enseignait donc déjà l'art de penser l'État — signe de la modernité intellectuelle de la jeune République.
Importance historique
À son époque, être savant en Europe, c'était souvent correspondre avec Leyde — et à Leyde, c'était écrire à Daniel Heinsius. Philologue, poète, bibliothécaire, il fut l'une des plus grandes gloires intellectuelles des Provinces-Unies, l'héritier du prince des érudits Scaliger, et l'un de ces humanistes dont la renommée franchissait sans peine les frontières.
