HitsMap
Les Codex — Carnets de Léonard de Vinci (facsimilés et exposition 2026)

✦ Manuscrits & dessins ✦

Les Codex — Carnets de Léonard de Vinci (facsimilés et exposition 2026)

Léonard de Vinci — originaux dans diverses bibliothèques mondiales (Bibliothèque Ambrosienne Milan, Royal Collection Windsor, BnF Paris, etc.)

v. 1478–1519 (écriture des carnets) — Exposition 2026 : dessins originaux Codex Atlanticus en prêt·Encre sur papier — écriture en miroir (de droite à gauche) — dessins à la plume, sanguine, pierre noire·Château du Clos Lucé — Musée Léonard de Vinci

Devant l'œuvre

Penchez-vous sur ces pages et vous remarquerez aussitôt quelque chose d'étrange : l'écriture est à l'envers. Léonard écrivait de droite à gauche, en miroir — il vous faudrait une glace pour le lire couramment. Pourquoi ? Sans doute parce qu'il était gaucher et que ce sens lui était plus naturel ; peut-être aussi par goût du secret, ou pure singularité. Sachez d'abord ce que vous regardez : pour l'essentiel, ce sont des facsimilés, des reproductions, car les originaux sont dispersés dans le monde entier. Le grand Codex Atlanticus est à Milan, une magnifique collection à Windsor, d'autres carnets à Paris, à Londres, à Madrid. L'un d'eux, le Codex Leicester, appartient à Bill Gates. Maintenant, observez le contenu d'une seule page : vous y trouverez peut-être un croquis d'anatomie, un calcul de géométrie, le dessin d'une machine et une étude de paysage, tout cela ensemble. C'est cela, le génie universel — non pas être le meilleur dans un domaine, mais vouloir tout comprendre à la fois. Songez enfin que Léonard n'a presque rien publié de son vivant : tout est resté dans ces carnets, qui ont failli disparaître après sa mort. Ce que vous avez sous les yeux est le laboratoire secret de l'un des plus grands esprits de l'histoire.

Éléments remarquables

Le trait le plus frappant est l'écriture spéculaire, de droite à gauche, lisible au miroir, qui donne aux pages leur étrangeté immédiate. Vient ensuite la densité des feuillets : sur une même page cohabitent calculs, croquis anatomiques, études de machines, esquisses de paysages et notes de toutes sortes, sans hiérarchie apparente. La qualité graphique des dessins — précision anatomique, finesse des hachures, sens de l'espace — en fait des œuvres d'art à part entière autant que des documents scientifiques. Les facsimilés permettent d'en feuilleter plusieurs, de comparer les formats et les thèmes, du grand Codex Atlanticus aux petits carnets de poche. Lorsque des originaux sont présentés, c'est la matière même — papier, encre, trait de la main de Léonard — qui devient l'élément remarquable.

Signification historique et artistique

Les carnets de Léonard signifient, mieux qu'aucune statue ou tableau, ce qu'on entend par « génie universel » : non l'excellence dans un seul art, mais une curiosité totale embrassant simultanément tous les champs du savoir. Leur dispersion même raconte une histoire — celle du prestige croissant de Léonard, dont chaque feuillet est devenu un trésor convoité, et celle des aléas qui ont failli anéantir cet héritage. L'écriture en miroir, les croquis jetés, les annotations en désordre disent une pensée en mouvement, qui cherche plus qu'elle ne conclut. Pour le spectateur, accéder à ces pages, fût-ce en facsimilé, c'est comprendre que la Renaissance n'a pas seulement produit des chefs-d'œuvre finis, mais aussi une nouvelle manière d'interroger le monde par l'observation, le dessin et l'expérience.

Contexte économique, social et religieux

Léonard de Vinci (1452-1519) a tenu des carnets tout au long de sa vie, de ses débuts florentins à ses années milanaises au service de Ludovic Sforza, puis en France auprès de François Iᵉʳ, qui l'installe au Clos Lucé en 1516. Ces cahiers sont son mode de pensée : il y note, dessine, calcule, revient, sans ordre thématique, mêlant sur une même page anatomie et géométrie, machines et paysages. À sa mort, il lègue l'ensemble à son disciple et héritier Francesco Melzi, qui le conserve pieusement en Italie. C'est après Melzi que commence la dispersion. Le Clos Lucé, devenu musée consacré à Léonard, présente ces carnets en facsimilés pour rendre accessible une œuvre intellectuelle éclatée entre plusieurs pays, et organise des expositions thématiques, comme en 2026 autour de l'eau, qui réunissent ponctuellement des documents originaux prêtés par les grandes institutions.

Symbolisme & lecture iconographique

L'écriture en miroir de Léonard est devenue le symbole de la pensée « inversée », celle qui voit les choses autrement que le commun. Pour lire Léonard, il faut littéralement retourner le regard : la forme même de son écriture figure une exigence intellectuelle, celle de ne pas se contenter du point de vue reçu. Le carnet, par ailleurs, symbolise une conception nouvelle du savoir : non plus la seule autorité des textes anciens, mais l'observation directe, consignée, dessinée, accumulée. Chez Léonard, le dessin n'illustre pas la pensée, il est la pensée — tracer, c'est comprendre. La dispersion des codex à travers le monde a pris à son tour une valeur symbolique : elle fait de l'œuvre de Léonard un bien partagé par l'humanité entière, fragment précieux que chaque grande bibliothèque s'honore de posséder. Enfin, le silence éditorial de Léonard — ces milliers de pages restées inédites de son vivant — symbolise le destin paradoxal d'un génie qui a tout pensé et presque rien publié, dont l'influence s'est exercée souterrainement, par la légende autant que par les textes.

Analyse des émotions

Regarder les pages des codex de Léonard — l'écriture serrée en miroir, les croquis d'anatomie mêlés aux figures de géométrie, les machines voisinant avec les études de paysage — c'est éprouver physiquement ce que signifie une curiosité sans limites. Non l'excellence dans un domaine, mais la fringale de tous les domaines à la fois. Il s'en dégage une admiration teintée d'humilité : devant cette intelligence universelle, on mesure l'écart entre une telle soif de comprendre et nos savoirs morcelés. Une émotion rare, faite de vertige et de respect.

Secrets & mystères

Francesco Melzi conserva les carnets toute sa vie ; à sa mort, ses héritiers, indifférents, les laissèrent vendre à la pièce, dispersant l'œuvre intellectuelle de Léonard aux quatre coins de l'Europe. Le Codex Atlanticus (1 119 feuillets) échoua à Milan, le fonds de Windsor dans la collection royale britannique, le Codex Leicester enfin entre les mains de Bill Gates, qui l'acheta en 1994 pour 30,8 millions de dollars. Une incertitude demeure sur le volume exact de ce qui a survécu : on évoque souvent plusieurs milliers de feuillets conservés sur un ensemble bien plus vaste aujourd'hui perdu. En 2026, des pages originales sont présentées en prêt exceptionnel au Clos Lucé pour l'exposition « Maître de l'Eau ».

Le saviez-vous ?

En 1994, Bill Gates acheta le Codex Leicester pour 30,8 millions de dollars — le manuscrit le plus cher jamais vendu aux enchères. Il le fait régulièrement numériser et exposer au public. Ce carnet traite principalement d'hydraulique et d'astronomie, précisément les sujets au cœur de l'exposition « Maître de l'Eau » présentée au Clos Lucé.

Sources

  1. 1.Clos Lucé — Léonard de Vinci et ses carnets
  2. 2.Codex Leicester — Wikipedia
  3. 3.Codex Atlanticus — Veneranda Biblioteca Ambrosiana

Le sculpteur

Léonard de Vinci

Léonard de Vinci

1452-1519

Artiste / Savant / Ingénieur

À l'automne 1516, âgé de soixante-quatre ans, Léonard franchit les Alpes à dos de mulet avec son disciple Francesco Melzi et son serviteur milanais Battista de Villanis. François Iᵉʳ, qui l'a rencontré près de Bologne et que fascine le vieux maître, l'installe au manoir du Cloux, aujourd'hui le Clos Lucé, à un jet de pierre du château royal d'Amboise.![L'Annonciation](/media/place-photos/optimized/peinture/lannonciation-annunciazione-leonardo-da-vinci-florence-800.webp)![L'Adoration des mages](/media/place-photos/optimized/peinture/ladoration-des-mages-adorazione-dei-magi-leonardo-da-vinci-florence-800.webp)![La Vierge, l'Enfant Jésus et sainte Anne](/media/place-photos/optimized/peinture/la-vierge-lenfant-jesus-et-sainte-anne-reference-au-tableau-leonard-de-vinci-amboise-800.webp)![Saint Jean-Baptiste](/media/place-photos/optimized/peinture/saint-jean-baptiste-reference-au-tableau-du-clos-luce-leonard-de-vinci-amboise-800.webp) Il lui accorde un titre inédit, « premier peintre, ingénieur et architecte du roi », et une rente que les écrits situent autour de sept cents écus d'or par an: une fortune, pour une charge qui n'exige presque rien sinon la présence et la conversation. Car le roi ne veut pas des tableaux de Léonard, il veut Léonard. L'Italien apporte dans ses coffres trois panneaux qu'il ne cédera jamais et qui, par lui, deviennent français: une Joconde, une sainte Anne, un saint Jean-Baptiste, socle lointain des collections du Louvre. À Amboise, sa main droite se paralyse peu à peu; il peint peu, mais il pense sans relâche. Il remplit ses carnets de projets pour le roi: l'assèchement de la Sologne et un vaste canal reliant la Loire à la Saône, un palais neuf et une ville idéale à Romorantin, jamais bâtis mais rêvés jusqu'au moindre escalier. Il règle les fêtes de cour, met en scène le lion mécanique qui s'ouvre sur un parterre de lys, dessine des décors et des machines de spectacle. Son ombre plane aussi sur le grand chantier ouvert non loin: l'escalier à double révolution de Chambord, ces deux vis qui montent sans se croiser, porte une signature toute léonardesque, mais aucun document ne prouve sa participation et l'attribution reste débattue. La nuance est là, dans cette dernière saison: la France ne reçut pas le peintre à son apogée mais un vieil homme diminué, plus précieux comme oracle que comme exécutant, dont l'héritage tient moins à une œuvre nouvelle qu'à trois tableaux emportés et à une aura offerte à un royaume.

Voir la fiche complète →

Autres sculptures à découvrir

À voir aussi