HitsMap
Éloge de la Folie (Moriae Encomium) d'Érasme — exemplaire de 1522

Imprimé

Éloge de la Folie (Moriae Encomium) d'Érasme — exemplaire de 1522

Érasme de Rotterdam (Rotterdam, 1466 ou 1469–Bâle, 1536) — exemplaire annoté de la bibliothèque de Beatus Rhenanus

1509 (texte) — 1522 (édition conservée à Sélestat)·Imprimé sur papier, typographie en caractères romains — édition bâloise de Froben·Bibliothèque Humaniste de Sélestat

Devant l'œuvre

L'Éloge de la Folie est le livre le plus célèbre de la Renaissance — une satire mordante des abus du clergé, de la noblesse et de l'humanité en général, mise dans la bouche de la Folie personnifiée. Érasme l'écrivit en 1509 dans la maison de son ami Thomas More à Londres, le rédigeant en quelques jours dans un état de grâce créatrice. Le titre latin Moriae Encomium est lui-même un jeu de mots : 'Moria' désigne la folie en grec, mais aussi le nom de More — 'l'éloge de More' et 'l'éloge de la Folie' sont le même titre. L'exemplaire de Sélestat date de 1522 — onze ans après la première impression à Paris en 1511 — et provient de la bibliothèque personnelle de Beatus Rhenanus, ami et correspondant d'Érasme.

Symbolisme & lecture iconographique

La Folie comme narratrice de l'Éloge d'Érasme est un dispositif rhétorique brillant : en faisant parler la Folie à la première personne, Érasme peut dire des vérités inacceptables sous toute autre forme. La Folie dit ce que la Raison ne peut pas dire — elle est le déguisement de la vérité la plus dangereuse.

Analyse des émotions

Lire l'Éloge de la Folie en 1522, dans l'Europe où Luther vient de placarder ses Thèses (1517) et où la Réforme est en train d'exploser, c'est lire un texte qui a changé d'intensité depuis sa première édition. Ce qui était une satire littéraire en 1509 est devenu en 1522 une arme politique dans la guerre des idées religieuses. Érasme le savait — et s'en inquiétait : il ne voulait pas que son livre soit utilisé comme un manifeste réformateur.

Secrets & mystères

Érasme visita Sélestat à quatre reprises entre 1515 et 1522. Sa relation avec Beatus Rhenanus était l'une des amitiés intellectuelles les plus fructueuses de l'humanisme européen — Beatus édita posthumément plusieurs œuvres d'Érasme après sa mort en 1536, et rédigea sa biographie. Cette amitié est documentée par 255 lettres conservées à la bibliothèque. Ces lettres sont elles-mêmes des documents de l'histoire intellectuelle de l'Europe — elles montrent comment les idées circulaient, se discutaient, se combattaient dans le réseau des humanistes rhénans.

Le saviez-vous ?

Le titre Moriae Encomium joue sur le nom de Thomas More — et More lui-même répondit par un jeu de mots dans sa dédicace de l'Utopie (1516) : 'Nulle part' (u-topos) et 'Nulle part bien' (eu-topos). Ces deux amis, Érasme et More, s'échangeaient des jeux de mots à travers leurs livres. More fut décapité en 1535 — un an avant la mort d'Érasme — pour avoir refusé de reconnaître Henri VIII comme chef de l'Église anglicane.

Autres sculptures à découvrir