Devant l'œuvre
En 1482, Léonard de Vinci se présente à la cour de Ludovic Sforza, duc de Milan, avec une lettre de recommandation dans laquelle il liste ses capacités. Parmi elles : 'Je ferai des chars couverts, sûrs et inattaquables, équipés de canons dont la puissance enfoncera les lignes ennemies et derrière lesquels les fantassins pourront progresser sans obstacle.' Ce char d'assaut, inspiré par la carapace d'une tortue, est le premier 'tank' de l'histoire. Sa forme conique basse rend les projectiles adverses inefficaces. Des canons pointent dans toutes les directions sur sa circonférence.
Symbolisme & lecture iconographique
Le char d'assaut de Léonard préfigure une logique militaire qui triompherait quatre siècles plus tard : la protection blindée qui permet à l'infanterie d'avancer. La Première Guerre mondiale donna raison à Léonard quand les chars britanniques brisèrent enfin les lignes allemandes en 1917. Cinq siècles séparent le dessin de la réalisation — le destin habituel des inventions de Léonard.
Analyse des émotions
Ce char d'assaut dans le parc du Clos Lucé provoque un frisson particulier : c'est une arme imaginée par un homme qui voulait aussi peindre la Joconde. Léonard n'était pas pacifiste — il se présentait aux princes comme ingénieur militaire avant de se présenter comme artiste. Mais ses carnets révèlent un homme qui méprisait la guerre tout en en finançant l'étude. Cette contradiction n'est pas résolue.
Secrets & mystères
Le bug mystérieux : dans le dessin du Codex Arundel, les engrenages de transmission sont dessinés de façon à faire tourner les roues en sens inverse — ce qui rendrait le char immobile. Sabotage délibéré de Léonard pour protéger son invention ? Erreur de dessin ? Ou le char était-il en réalité conçu pour être tiré par des chevaux, et les engrenages représentés à l'envers étaient une simplification schématique ? Les ingénieurs modernes débattent encore.
Le saviez-vous ?
La maquette du char d'assaut au Clos Lucé est construite avec les matériaux de l'époque Renaissance : bois de chêne pour la structure, corde de chanvre, ferronnerie forgée à la main. Elle pèse plusieurs tonnes. Si on corrige le bug des engrenages inversés, certains ingénieurs estiment qu'une version motorisée fonctionnerait — un char d'assaut du XVe siècle viable à l'ère de la poudre à canon.

